« On n’est pas orphelin d’avoir perdu père et mère, mais d’avoir perdu l’espoir. »

par Juliette Delaveau

« On n’est pas orphelin d’avoir perdu père et mère, mais d’avoir perdu l’espoir. » Proverbe africain

O je me souviens… Cela fait trois ans maintenant que nous étions là, à Fana, au Mali, sous l’arbre à palabres, tard la nuit, à nous raconter des devinettes et surtout à rire. Cela fait trois ans maintenant que nous étions là, à la bibliothèque de ce village malien, à lire des contes aux enfants avides de nos paroles, les doigts en l’air, les cris d’excitation “moi m’sieur, moi m’sieur” emplissant toute la pièce. Cela fait trois ans maintenant, que nous regardions ces enfants, la soif d’apprendre se lisant dans leurs yeux. Cela fait trois ans que nous étions là bas, maliens, français, amis, à gratter le mur défraîchi du dispensaire du village. Cela fait trois ans maintenant que la toumbabou (Blanc en bambara) que j’étais est tombée amoureuse d’un pays, d’un peuple.

Bien que discret, le Mali post-dictatorial était pour certains un modèle africain, reconnu pour sa (relative) stabilité. Mais après que plusieurs éléments se soient cristallisés, entraînant le crise politique actuelle, le pays est devenu la star des JT et de la presse.

Le 21 mars 2012, le président Amadou Toumani Touré (ATT) est évincé du pouvoir suite à un coup d’état militaire fomenté par un groupe de soldats envoyé au nord du pays pour contrer les offensives touareg indépendantistes. Ce coup d’état orchestré par le capitaine Sanago plonge le pays dans le trouble, un mois avant la date prévue pour les élections présidentielles. Beaucoup de maliens soutiennent les putschistes, regrettant certes l’instabilité et le trouble occasionné, mais s’accordant néanmoins pour dire qu’ATT avait été trop laxiste avec les Touaregs.
Le Nord-Mali était, avant même l’indépendance du pays, agité par des troubles indépendantistes (conséquence de frontières un peu trop carrées …?). Aujourd’hui, le Mouvement National de Lutte Armée (MNLA) -touaregs- se dresse contre le pouvoir central de Bamako, l’accusant de colonialiste. A ces mouvements indépendantistes s’ajoutent des mouvements jihadistes et salafistes implantés depuis peu au Sahel et dont l’objectif est d’instaurer un Etat islamique radical. Ce sont les combattants d’Ansar Al Din (littéralement, les partisans de la religion) ou encore les combattants d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI).L’intervention occidentale en Libye a permis à ces groupes rebelles du Nord de s’armer. Pour les contrer, l’armée malienne était déployée au nord du pays depuis janvier 2012. Ainsi sont les éléments clés pour comprendre la crise politique et la guerre que connait le Mali.

Les derniers évènements, nous les connaissons. La presse française ne cesse d’en parler. Pas un journal, pas une “Une” qui ne parle du Mali et de l’intervention des forces françaises. En effet, depuis vendredi 11 janvier, la France est en guerre pour stopper les rebelles islamistes et groupes “jihadistes”, à la demande du président par intérim Diocounda Traoré. C’est toute la question de l’ingérence qui est posée ici. Fidèle à sa position de 2003, lors de la guerre en Irak, Dominique de Villepin fait partie des voies minoritaires opposées à cette intervention. Pour lui, “aucune des conditions de la réussite n’est réunie”. Cette guerre au nom de la lutte contre le terrorisme pourrait bien s’enliser, notamment du fait de la solitude française. D’autres, notamment François Bayrou, regrette le manque d’engagements européens.

Et maintenant, on va où ?

Deux modèles se dessinent : le modèle de l’Afghanistan (le négatif) et le modèle de la Côte d’Ivoire (plutôt positif). Les dernières prises de paroles du gouvernement socialiste annonçant que la France restera sur le terrain aussi longtemps que nécessaire ,peut effectivement faire craindre un enlisement de l’intervention. En outre, cette option est accentuée par la solitude, sur le terrain de la France (malgré les quelques déclarations de soutiens et notamment par l’Allemagne et la Grande Bretagne qui pourraient fournir une aide logistique).
Mais le Mali n’est pas l’Afghanistan.

A l’inverse l’expérience sur le territoire africain et les précédentes interventions notamment en Côte d’Ivoire peuvent démentir la première thèse. En 2010, l’armée française était intervenue pour ramener l’ordre après les troubles occasionnés par les élections présidentielles et le refus du président sortant, Laurent Gbagbo, de laisser sa place.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que la France ne se détache pas de son rôle d’ancienne puissance coloniale et reste encore très liée à l’Afrique. Malgré la volonté française de mettre un terme à son passé colonial, les faits et la volonté de protéger un peuple, une unité territoriale héritée de la colonisation empêchent ce détachement.

Cela fait maintenant trois ans que nous étions là, à Fana, inconscients de la situation au Nord qui nous empêchait déjà de s’approcher de Tombouctou. Cela fait maintenant trois ans que nous suivons l’actualité malienne. Cela fait maintenant un an, depuis le coup d’état et le début des violences dans le Nord, des viols, des mutilations, des pillages. Cela fait maintenant 43 ans que les Maliens (l’Afrique?) ne récoltent que les fruits pourris de la colonisation…

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