Lady Bird

[Pour en savoir plus sur la chronique “Cineparadiso” par Irene Fodaro]

« Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendra poussière ». Cette phrase du Mercredi des Cendres résonne comme une rengaine dans les oreilles de Christine lorsqu’à l’église elle se fait marquer le front avec de la poudre noire. Mais quelle est pour Christine cette poussière qui la retient et la suffoque ?

C’est à la fois l’école, la maison, la famille, la ville natale, les origines, le nom. Le nom ? Pourquoi accepter une identité que quelqu’un d’autre a choisi pour nous, dit Christine qui depuis des années se fait appeler avec orgueil « Lady Bird ».

Goethe disait qu’il y a deux choses qu’un adulte devrait donner à ses enfants : des racines et des ailes. Il est des moments dans la vie où l’on se sent opprimé et hanté par nos racines ; on ne recherche alors que des ailes pour s’enfuir de sa propre « poussière ». L’adolescence fait partie de ces moments. C’est alors là la période de la confrontation, que Christine développe avant tout avec sa mère et, plus globalement, avec la ville où elle a grandi, Sacramento. Les deux, semblent à ses yeux vouloir l’enchainer à elles pour toujours. Elle désire alors avec ferveur sortir de ce cadre, rompre ses chaines et casser avec un présent dans lequel elle n’a jamais vu de futur. C’est pour elle la voie pour enfin être libre de choisir son destin. Mais cet « American dream » se heurte inévitablement aux conditions dont elle dépend et qui la renvoient toujours à ses origines. Faire les comptes avec la réalité devient son combat quotidien qui se concrétise dans les discussions, souvent animées, avec sa mère.

Le rapport entre Christine et sa mère renvoie à un modèle dans lequel il est facile de se reconnaitre. Les disputes, les incompréhensions, les excès verbaux sont l’expression d’un amour sincère et d’une affection qui ne savent s’exprimer qu’à travers la sévérité des mots et des gestes. Mais les cris et les gros mots, bien que frappants dans leur constante dureté, s’effacent derrière la tendresse des larmes qui coulent simultanément sur les visages des deux femmes assises à coté dans la voiture. Même les rêves les plus enfantins, bien que plus vifs dans les yeux fébriles de la jeune Lady Bird, sont partagés par la plus réaliste maman. Ainsi, elles s’amusent à parcourir ensemble en voiture les plus belles rues de la ville et à imaginer leur propre vie, et celle de leur famille, dans l’une des magnifiques villas aux jardins soignés et aux teintes joyeuses.

L’adolescence dont parle « Lady Bird » tourne constamment autour de la simulation et de la dissimulation. Christine, comme ses amis et copains, joue des rôles qu’elle porte comme des vêtements de scène pour cacher une couche plus lourde et interne. Dans ce sens également, l’origine, les sources, l’héritage sont répudiés comme des secrets que l’on ne voudrait jamais révéler. Au contraire, les rêves et les aspirations futures sont criés au monde, car le présent n’existe qu’en vue de ce qui va arriver. Les aspirations sont multiples, parfois contradictoires, elles laissent apercevoir l’incertitude de quelqu’un qui ne sait pas vraiment ce qu’ils veut. Un écrivain italien, Italo Calvino, disait que parfois on se sent incomplet mais on est juste jeune.

Loin d’être une adolescente stéréotypée dans ses désirs et obstinations, le personnage que la réalisatrice Greta Gerwig crée parait plutôt réaliste et universel dans la mesure où il permet une forte identification. Le final, peut être prévisible, reste d’une grande charge émotive lorsque Christine, qui désormais se fait appeler par « son » prénom, quitte la petite ville de Sacramento et arrive à New York. Et ce n’est que là, dans la ville dont elle avait toujours rêvé de partir un jour, qu’elle se souvient pour la première fois avec nostalgie de sa « poussière » à laquelle elle va sans aucun doute revenir.

Petit conseil : si possible, allez regarder le film avec votre maman, ça sera plus émouvant.

par Irene Fodaro

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