A la recherche du boom subsaharien

Par Myriam Amri

Alors que le monde occidental subit jusqu’au aujourd’hui les conséquences de la crise de 2008, l’Afrique subsaharienne semble, quant à elle, avoir échappé au pire. Si elle est passée à travers les mailles de la récession, c’est, paradoxalement, grâce à sa moindre intégration à la mondialisation (notamment dans le système bancaire) et à la hausse du prix des matières premières. C’est ainsi que d’après le rapport conjoint de l’OCDE et de la banque africaine de développement (BAD) la croissance africaine « devrait rebondir à 4,5% en 2012 et 4,8 % en 2013 ».

Néanmoins, jusqu’à aujourd’hui on ne peut encore parler d’un véritable décollage économique dans la région (excepté l’Afrique du Sud). Dans ces pays, malgré des chiffres encourageants, une croissance économique durable tarde à se mettre en place et les spectres du sous-développement sont encore présents. Pour permettre un boom africain, il faudra que le continent dépasse la simple croissance et s’intéresse aux « courants profonds », aux structures de son économie.

Si, l’on se centre sur les trois pays d’Afrique dont la croissance économique a été la plus élevée en 2011, le Ghana, le Congo et le Botswana, on constate que leur économie est d’abord issue de l’exportation de produits agricoles (comme le cacao pour le Ghana) ou de ressources fossiles (pétrole). Or l’instabilité des cours des matières premières et de la demande internationale offrent peu de perspectives au développement africain. L’Ethiopie par exemple a connu une croissance de plus de 8% depuis 2009 mais, fortement dépendante des aléas du secteur agricole, elle a subit, paradoxalement, des problèmes de famine récurrents.

Si le continent veut sortir du sous-développement, il devra ainsi encourager l’entreprenariat et le développement de son secteur privé. Or, aujourd’hui, dans quasiment tous les pays d’Afrique le secteur privé reste fragile et soumis au bon vouloir des autorités publiques, pour la plupart, corrompus et accaparant les richesses. Les exemples de « familles-mafias » et de corruption publique abondent le continent et sont un des facteurs empêchant le développement d’entreprises locales, et d’initiatives économiques.

Pour inciter l’innovation et la créativité d’entrepreneurs il s’agit d’abord de leur offrir une sécurité. Sécurité politique d’abord, celle où aucun Léviathan ne viendra prendre le fruit de leur labeur, mais aussi plus généralement la sécurité d’être soutenu dans leurs initiatives par les pouvoirs publics. Ainsi aussi paradoxal que cela puisse paraitre l’Etat doit à la fois se retirer de l’économie et y rester comme acteur de 1er plan. Se retirer car les pouvoirs publics doivent laisser le secteur privé se développer en offrant la garantie aux entrepreneurs locaux voir même internationaux que les conduits de l’économie sont sains et intouchables par la corruption politique. Rester comme acteur de premier plan car la transformation des structures économiques à le développement du savoir, le soutien à l’innovation locale, le rééquilibrage entre les régions et l’intégration des jeunes ne peuvent passer qu’à travers les mains d’une autorité nationale.

Contrairement à l’Asie ou l’économie a prospéré au sein de régimes autoritaires, le décollage africain passera -ou passe déjà- par une amélioration des conditions politiques des différents pays. Les dictatures captatrices des ressources ont rompu cet élément primordial dans les échanges marchands qu’est la confiance et n’ont pas favorisé la mutation d’une économie préindustrielle à une économie industrielle, voire de services. De plus les conflits ethniques, régionaux qu’a subit et que subit encore le continent sont un frein à l’investissement international. Le Ghana est passé du statut de PMA il y a 50 ans à celui d’un pays intermédiaire en croissance grâce à la démocratisation et à l’appui de l’Etat notamment à travers le leadership de l’ex président John Kufuor au pouvoir entre 2001 et 2009. C’est aussi à travers une démocratisation et une meilleure redistribution des ressources que les pays africains pourront surmonter l’immense problème de la pauvreté et répondre à cet objectif du millénaire.

Enfin, alors que l’Union Africaine a tenu un sommet annuel historique au cours du mois de juillet dernier, il convient de ne pas oublier l’importance de l’intégration régionale, garantie d’une stabilité politique et du développement des échanges entre les pays, afin que peut-être, la prochaine décennie porte les couleurs subsahariennes.

Source : Plantu, Le Monde 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.