« Avoir le courage d’être libre »

Photographie de l’entrée de Sciences Po, au 27 rue Saint-Guillaume. @Le nouvel économiste.

Par Elia Meschin

Nous sommes une génération qui a la chance incroyable d’avoir le choix. Que cela soit en allant faire nos courses dans un hypermarché, dans nos interactions sociales, ou encore lorsqu’il s’agit de définir quelle direction donner à nos études, si tant est que l’on veuille en faire, nous sommes constamment amenés à prendre des décisions – à choisir. Cette possibilité de faire des choix réfléchis est incontestablement un privilège ; comme tout privilège, cette chance de pouvoir choisir n’est pas accessible par tous. 

Pour philosopher un peu et citer un certain boulanger mentonnais, on peut même dire qu’avoir le choix, « c’est un problème de riche ». Bien entendu, on ne parle pas ici d’une richesse économique, mais plutôt d’une richesse sociale et culturelle – on ne manquera cependant pas de constater qu’il existe un lien étroit entre ces trois variables.

Toujours est-il que la liberté d’avoir le choix peut parfois nous paralyser. Le champ des possibles est devenu tellement vaste que l’on a tendance à s’y perdre. Pour couronner le tout, nous sommes dans une période de notre vie où chaque décision que l’on prend paraît si importante, comme si elle allait déterminer le restant de notre vie future. Cela est d’autant plus vrai dans notre contexte d’étudiants ayant la vingtaine : choisir telle ou telle université, telle ou telle destination de 3A, c’est important, en effet. Cela paraît gros parce que c’est la première fois que l’on se retrouve vraiment dans la position de celui qui fait les choix pour lui-même. Elle est finie, cette enfance où Papa et Maman décidaient des choses importantes. Nous devenons progressivement des adultes, et le choix devient nôtre

Alors forcément, le doute s’installe. Que faire ? Choisir un parcours conforme aux attentes du modèle dominant, ou bien prendre le risque de s’en écarter et de faire – enfin – ce dont on a envie ? Chacun dira ce qu’il en voudra, mais le choix-même de faire Sciences Po montre que nous sommes tous soumis au dictat de notre société : faire partie du système, et surtout ne jamais en sortir. 

Alors c’est vrai, Sciences Po procure un certain confort et une impression de sécurité, problématiques qui occupent déjà nos esprits alors même que nous commençons tout juste nos vies d’adultes. En fait, pour beaucoup d’entre nous, nous nous sommes auto-convaincus d’intégrer Sciences Po en se disant que de toute façon, « cela mène à tout », et que donc forcément, c’était le meilleur choix à faire. Certes. Pourtant, quand on regardera en arrière, avec le recul d’une vie entamée et de l’expérience accumulée, toutes ces décisions que l’on pense majeures aujourd’hui n’auront-elles pas été que des étapes dans une vie tellement plus riche ?

À un moment où nous voulons faire les bons choix et réussir sa vie, posons-nous une seconde et réfléchissons au sens même de ce qu’est une vie réussie. J’y ai beaucoup réfléchi et discuté, et je suis arrivée à la conclusion suivante : la réussite que nous recherchons ne pourra être satisfaisante que si nous restons fidèles à nous-mêmes – que si nous entretenons notre liberté. Seulement quand nous serons libres pourrons-nous dire que nous avons réussi, et serons-nous satisfaits de notre vie.

Une vie entière ne peut se résumer à des lignes sur un CV, encore moins à un statut social. Une vie est faite de choix, de doutes et de questionnements, mais aussi de joies partagées et d’instants précieux. Ce sont ces éléments qui priment avant tout. Ce sont eux dont l’on se souviendra et ce sont eux qui compteront le plus.

Toutefois, cela demande beaucoup d’efforts, et surtout du courage. Du courage pour oser et assumer nos décisions. Pour sortir de notre zone de confort et prendre des risques. Pour arrêter de s’auto-convaincre de vouloir appartenir à un quelconque groupe prédéfini, pour rendre floues les frontières entre ces moules dans lesquels la société tente de nous faire entrer. Pour s’affranchir de ces discours policés. Pour s’affirmer, refuser une proposition et en accepter une autre, pour créer des opportunités, pour affûter nos esprits et s’en servir pour faire bouger le monde. Pour donner un sens à ce que nous faisons. Pour rester libre. 

Alors bien sûr, il est difficile de s’affranchir de la pression du groupe et de suivre sa propre voie ; c’est d’ailleurs pour cela que l’autonomie et la liberté demandent bel et bien du courage. Mais comme m’ont dit deux personnes formidables qui me sont chères, la vie nécessite du courage.

Ayons donc le courage de persévérer, et surtout ayons le courage de suivre notre instinct, quand bien même celui-ci nous pousse à remettre en question tout ce que nous avons accompli jusque-là. Ayons donc le courage d’être libre.

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