Berlusconi Acte Final

par Roberto Saverio Caponera

Quelqu’un là-haut  a vraiment du écouter les prières du Financial Times lorsqu’il invoquait le départ de Berlusconi. Mercredi 9 Novembre, à 11h 50 (heure italienne), l’annonce de sa démission a fait le tour du monde.

En effet, le tableau lumineux qui domine le parlement parle très clairement : la formation berlusconienne n’est plus majoritaire dans l’assemblée nationale. 308 voix sont favorables au plan gouvernemental pour l’assainissement des finances, alors qu’elles devraient être de 316. L’opposition est volontairement absente ce jour là, ce qui revient à 321 votes abstenus. C’est un message clair : l’opposition ne vote pas pour ne pas compromettre le futur du pays, mais Berlusconi a désormais perdu sa dernière bataille. C’est la fin de l’ère berlusconienne : vingt ans après son « entrée en jeu », il va définitivement abandonner la vie politique italienne. Trop vieux pour se présenter de nouveau, l’homme qui a hanté les esprits de tous les italiens, ennemis et fidèles, a jeté l’éponge. Son successeur est le technocrate Mario Monti, ancien conseiller de Goldman Sachs.

Les évènements se sont déroulés très rapidement : quatre jours avant le vote, une fronde à l’intérieur même du Peuple de la Liberté (PDL – le parti de Berlusconi), divise une majorité désormais trop fragile. Le 9 Novembre, jour du vote, huit députés manquent à l’appel : ce sont les huit traitres/sauveurs qui mettent en difficulté la majorité.

Cependant cette impasse politique à la sauce italienne n’a rien de nouveau : le 14 Octobre de cette année, Berlusconi avait remis sa confiance au parlement obtenant précisément 316 voix, pas une de plus. Depuis le départ inattendu de Gianfranco Fini, qui sort de l’alliance berlusconienne en Avril, le front berlusconien ne pouvait plus soutenir une course « d’équilibristes » : sous les pressions de son autre allié, la Ligue du Nord, et abandonné par un de ses plus fidèles collaborateurs, l’année 2011 devait tôt ou tard voir l’écroulement définitif de la formation berlusconienne.

Et maintenant ?

Une moitié du pays est en fête, l’autre pleure son chef. Il faudrait faire les deux en même temps. Pourquoi se réjouir ? Car l’homme qui a dominé la vie politique depuis vingt ans est enfin parti, l’immobilisme de son ère prend fin, l’Italie recommence à respirer et c’est l’aboutissement d’une longue épopée de style « bas empire ». Pourquoi pleurer ? Parce que si derrière Berlusconi on ne peut voir que des ruines, devant lui on n’a qu’un désert humain et politique.

La droite italienne est perdue : la Ligue du Nord n’a pas pu satisfaire la base de son électorat et recommence à parler de « sécessionnisme » du Nord. Le PDL est en déroute : le chef tombé, aucun homme ne semble avoir le charisme et la volonté de se dresser comme successeur. Le timide Angelino Alfano semble trop petit pour les vestes de secrétaire du parti.

A gauche, une lutte entre requins a commencé pour savoir qui va prendre la tête du parti (intéressantes similitudes franco – italiennes de ce point de vue). D’une part, la gauche libérale fédérée autour du PD (Parti Démocrate), principal parti d’opposition, ne présente plus aucune solution : Berlusconi tombé  (et donc avec lui le seul point de leur programme), on ne peut que prendre acte du vide politique qui caractérise ce parti. Plus à gauche, nous avons la formation « Gauche – Ecologie et Liberté », dirigée par Nicky Vendola, qui de fait ne fait que diviser l’électorat « progressiste ».

Enfin, l’omniprésente démocratie chrétienne, « l’Union du Centre »,  ne peut qu’attendre et voir vers quel port pouvoir diriger ses efforts.

Or, le pays a besoin de stabilité. Les attaques financières ont redoublé ces jours ci, et pendant que les italiens fêtent allègrement le départ du président du conseil, un nuage de tempête apparaît à l’horizon. Parce que le technocrate Mario Monti, le prochain président du Conseil des ministres, est inconnu au peuple italien, et n’a qu’un seul objectif : satisfaire les mesures de charcuterie financière voulues par l’Union Européenne.

Pour l’Italie, on est loin de voir la proverbiale lumière à la fin du tunnel.

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