Carnets de Palestine: 21 Juillet

Palestine 2014: Tout l’été, de Jérusalem à Hébron, de Nablus à Ramallah, je suis le témoin d’une violence qui nous dépasse tous. Mais également d’instants de grâce, de bonheur au coeur de la haine réciproque. Je vous écris de Palestine.

Texte et photographies par Diego Filiu

L’aube se lèvera sur la Palestine. Moins de 24 heures après l’écriture des lignes précédentes, les Forces de « Défense » Israéliennes ont pénétré dans Gaza. Le but affiché de l’opération ? Détruire les tunnels par lesquels le Hamas et ses alliés tentent régulièrement de s’infiltrer dans le sud d’Israël. La conséquence immédiate ? Plus de 40 morts palestiniens dans les premières heures de l’opération. Des « terroristes » claironnent les médias israéliens. Ce n’est pas l’avis des palestiniens qui m’entourent, sur les portables desquels des images de plus en plus sanglantes circulent en permanence.

Le camp de la haine a donc vaincu. Même, Benyamin Netanyahu –pourtant un faucon notoire– était contre cette guerre. Mais c’est Avidgor Liberman, ministre des affaires étrangères d’origine moldave au passé de militant raciste au sein du parti Kach, qui a fait pencher la balance vers l’escalade. Son parti ultra-belliciste, Israel Beytenou, compte notamment parmi ses rangs la jeune ingénieure Ayelet Shaked, fameuse pour sa déclaration du 11 juillet appelant à l’assassinat des mères palestiniennes : « Elles devraient suivre leur fils, rien ne serait plus juste. Elles doivent partir, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Sinon, d’autres petits serpents verront le jour ».

Le matin du vendredi 18 juillet, la Palestine découvre le meurtre de dizaines de ses fils. La journée s’annonce particulièrement violente. Un dirigeable survole en permanence Jérusalem, assisté de plusieurs hélicoptères surveillant les quartiers s’étant illustrés au cours des semaines précédentes par la violence des affrontements – Shoafat, Bethaniya, Islamiya, Silwan, et enfin Ras El Amoud, où je suis basé.

Le prêche de midi est particulièrement violent. J’avoue ne pas avoir saisi l’ensemble de la diatribe de l’imam. J’ai néanmoins capté quelques fragments d’un discours appelant clairement à résister « aux juifs », au nom de l’Islam, au nom de l’arabité, et au nom de la Palestine. Un intense mélange d’islamisme, de panarabisme et de nationalisme donc. Le sommet du prêche est atteint lorsque l’imam proclame, devant la foule réunie dans la mosquée et jusque dans l’avenue attenante : « Mais où sont les armées Arabes ? Où est l’armée Egyptienne ? L’armée Syrienne ? L’armée Jordanienne ? L’armée Algérienne ? ». C’est en effet ce sentiment d’abandon, par les nations-frères du monde arabe mais également par l’ensemble de la communauté internationale, qui domine. Il y a non-assistance à peuple en danger : les palestiniens sont seuls à se battre contre l’occupation et la guerre.

Chaque vendredi, la foule afflue vers la mosquée Muhamad Al Fatih de Ras El Amoud. Si bien que la plupart des personnes en viennent à prier sur l'asphalte. Sous bonne garde israélienne. Jérusalem-Est, 18 Juillet 2014. Par Diego Filiu

Chaque vendredi, la foule afflue vers la mosquée Muhamad Al Fatih de Ras El Amoud. Si bien que la plupart des personnes en viennent à prier sur l’asphalte. Sous bonne garde israélienne. Jérusalem-Est, 18 Juillet 2014. Par Diego Filiu

Mais, ce vendredi, la foule de Ras El Amoud a choisi le calme. Pas une pierre n’est tirée, pas un chant crié, et pas un soldat israélien insulté. C’est pour moi la surprise. Alors que toutes les conditions étaient réunies pour une montée de violence à Jérusalem, la ville reste calme. Les grenades assourdissantes que j’entendrais cet après-midi se comptent sur les doigts d’une main. Et cela va de même pour toute la Cisjordanie, surprenamment calme en ce début d’offensive terrestre.

J’ai alors décidé de me rendre en Israël, afin de prendre le pouls d’un peuple qui vient d’envoyer 70 000 de ses fils sur le front –pour la plupart des jeunes hommes de mon âge effectuant leur service militaire. Je m’attendais à de la tension, à des crispations et à de la colère. Mais Tel Aviv est égale à elle-même, rayonnante. La cité est aussi animée, joyeuse et colorée que lorsque je m’y étais rendu il y a plus de deux semaines, avant le début de l’opération « Bordure de Défense ».

Néanmoins, certains signent ne trompent pas. Ashdod, la première ville israélienne à la sortie de Gaza, devenue la cible principale des missiles du Hamas, est visible depuis la plage centrale. Les séquelles d’affrontements entre pacifistes et bellicistes sur la place de l’Opéra national la veille sont encore présentes. Les radios, journaux, et télévision bombardent le public israélien d’informations sur l’opération en cours. Et chaque immeuble est équipé de son bunker blindé –avec douche et télé.

Néanmoins, l’atmosphère tranche avec la très sécurisée Jérusalem. Ici, très peu de militaires dans les rues. De simples policiers collant des PV sur les capots des voitures. La vie suit son cours, et la présence de la guerre est discrète à moins de vouloir la chercher. Il faut se rendre dans les transports en commun pour se rendre compte de l’étendue de la mobilisation coté israélien. En effet, l’immense majorité des voyageurs sont armés, en habit de militaire et képi sur l’épaule.

C’est d’ailleurs dans l’autobus du retour que je fais une rencontre inattendue. Une israélienne entre deux âges m’explique que l’occupation doit cesser, que la guerre est illégitime et que tous les israéliens ne sont pas des « fascistes comme Nétanyahu ». Ouf. J’avais besoin de l’entendre, enfin.

Mais, tout de suite, ma voisine se fait plus inquiète : n’ai je pas peur de subir un passage à tabac en arborant un t-shirt où les mots « Shalom » en hébreux et « Salam » en arabe se mêlent ? Je pense tout d’abord que le problème réside dans l’écriture bilingue, puisque la plupart des israéliens se disent pacifistes –mais ne veulent écrire la paix qu’en hébreux, selon leurs propres conditions. Mais non, m’affirme la dame : c’est véritablement le concept de paix qu’il devient dangereux d’arborer, « surtout à Jérusalem Ouest ». Je reste sous le choc. Dans la nuit noire de la campagne israélienne, j’ai compris la haine. La haine entre deux peuples. La guerre ne fait que commencer.

Diego Filiu

Diego Filiu

Diego is a French nationalist at heart who also happens to have the American citizenship, therefore he is caught between the two worlds of socialism - and swagness. He has an acute sense of spirit when it comes to supporting... “valeurs de la Republique”
Diego Filiu

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