Chaque lecteur, un Vietnam


par Aina De Lapparent Alvarez

Chaque table, un Vietnam de Enrique González regroupe plusieurs essais où de nombreux journalistes s’expriment sur les combats cruciaux que comporte la profession. Au premier abord on peut avoir l’impression que le journalisme fait face à une situation apocalyptique. Dans ce livre, le photo-journaliste espagnol Manu Brabo essaye de résumer la précarité du métier par l’image suivante : “Accepte-le, tu n’inviteras jamais ta copine passer des vacances à Menton”.

Internet nous facilite l’accès à une quantité telle d’information que l’internaute arrive à l’illusion de la gratuité de celle-ci. A cause de ce déséquilibre, on voit la dégradation du journalisme qui devient un « piège à clic ».

Attirer un maximum de lecteurs devient primordial afin de maximiser les revenus dérivés de la publicité ce qui est souvent au détriment de la qualité et surtout de l’éthique. À cette crise, on peut ajouter une forte décrédibilisation des médias. Ainsi, ils sont diffamés avec nonchalance, parfois par calcul politique. The Guardian dénonçait il y a quelques semaines que le terme « fake news » est utilisé par des leaders politiques pour réfuter des atteintes aux droits humains.

Comment arrêter cela ?
Le journalisme se pose cinq questions: les 5W (Who? When? Why? How? Where?).Une révolution, pour l’instant discrète, mais de plus en plus étendue, propose d’en rajouter une sixième: « Et maintenant ?».

La guerre sans fin en Syrie, l’absence de solution pour les réfugiés, l’instabilité de la démocratie, et un long et caetera. Une fois qu’on en prend conscience, qu’allons-nous faire?
L’idée est de combattre le sentiment d’impuissance que nous avons en lisant les actualités en répondant à cette sixième question. Par exemple au lieu d’assommer le lecteur avec des statistiques sur le gaspillage alimentaire, Il est aussi possible de parler d’initiatives comme les Frigos Solidaires ou les Disco Soupes.

Pour autant, le “journalisme des solutions” n’est pas un journalisme positif, il n’esquive pas le problème ou évite de parler des limitations aux réponses trouvées.

Ce ne sont pas les bonnes intentions, mais la rigueur et les détails qui sont au centre des préoccupations du journaliste.

La finalité est de mettre en valeur des initiatives, souvent assez méconnues et aussi d’encourager les lecteurs à s’engager contre les problèmes qui les révoltent.

Mais ce qui est le plus surprenant dans ce journalisme est sa rentabilité. Pour prendre un exemple local, Nice Matin a pris il y a deux ans le tournant de cette évolution nécessaire. Le point de départ était un rachat du quotidien par ses salariés. Le pari, mis à part l’orientation vers les solutions, consistait à faire cela en version payante et de laisser le lecteur décider les sujets à traiter. Face à l’incrédulité générale, le nombre d’abonnés a augmenté de 70% en un an, le temps de lecture s’est multiplié et une véritable communauté s’est développée.

Une renaissance?

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