Ciro Gomes, le panier optimal de consommation

-Par Nicolas Netto Souza, un étudiant de Sciences Po, campus de Poitiers

Il est temps de choisir son candidat au Brésil et de ressortir l’homo economicus qui hiberne dans les profondeurs du cortex cérébral.

Yann Algan nous apprend que tout agent rationnel vise à maximiser son profit face à une prise de décision. Cependant, il est indispensable de connaitre les contraintes. Dans le cas du Brésil, elles sont essentiellement circonstancielles, le marché politique peu varié ne donne pas à notre économiste junior un grand ensemble de possibilités.

Dans un pays inégal comme le Brésil, avec un SMIC inférieur à 200 euros, un ISF presque inexistant, de forts impôts indirects creusant d’avantage la situation, à moins que notre électeur soit un entrepreneur milliardaire, je suppose qu’en tant que personne rationnelle il vote à gauche. A moins qu’il soit un braqueur anarchiste, il lui reste donc trois candidats possibles : Guilherme Boulos, Fernando Haddad et Ciro Gomes.

Guilherme Boulos est le candidat du « Partido Socialismo e Liberdade », parti de Marielle Franco. Il s’agit d’un des leaders du Mouvement des sans-toit dont l’objectif central est de résoudre le problème du logement urbain au Brésil. Son discours a propos des inégalités est très fort. Il condamne les privilèges dans le milieu public, milite pour des impôts plus progressifs, une vraie persécution de l’évasion fiscale et pour les droits de la femme. Cependant, son parti, créé en 2005, est encore jeune et n’a pas les conditions de propulser sa candidature, il n’atteint ni les 5% même dans les sondages faits par les instituts « gauchistes ». Un autre grand problème est son soutien ferme à la candidature de « Lula Livre ». En plein 2018, soutenir Lula c’est décrédibiliser toutes les institutions juridiques du pays et croire aveuglement à la religion du PT. Je ne viens pas ici critiquer la qualité des politiques menés par le parti, mais il m’est très difficile de défendre sans méfiance un parti, parmi d’autres, dont la moitié des leaders sont en prison.

« Haddad é Lula », ainsi s’annonce la candidature du Parti des Travailleurs au Brésil. Malgré l’excellence académique, Haddad ne persuade pas l’électorat brésilien frustré par la corruption, surtout à São Paulo où sa réélection en tant que maire a été vouée à l’échec au premier tour, fait inédit dans la plus grande métropole du pays. Avec Jair Bolsonaro, ce sont les deux candidats avec le plus grand taux de rejet, et, ironiquement, les deux passent au 2nd tour d’après les sondages, le résultat est incertain.

D’où notre alternative : Ciro Gomes. 38 ans de carrière politique sans aucun procès par corruption, des études d’économie à Harvard, un mandat de maire avec 77% de satisfaction populaire et un vrai projet de développement économique contraire à toute politique néolibérale, Ciro est le candidat avec le plus petit taux de rejet. Avant l’officialisation d’Haddad, il avait plus de 20% d’intention de vote selon les sondages. Habitué au jeu politique, il est favorable aux alliances politiques et cherchait l’appui du Parti des Travailleurs pour compenser la faiblesse parlementaire de son parti.

Il s’agit d’un leader du Nordeste populaire qui séduit les électeurs tant de droite que de gauche. Il se vend comme la solution à la bipolarisation du scénario politique, et, il semble, de plus en plus, l’être. Il compte avec un bon pack de réformes nécessaires pour le développement du pays. D’entre elles, une réforme de la Loi Travail qui, contrairement à celle de Temer qui autorise le paiement de travailleurs agricole en nourriture et logement, protège le travailleur et assure une meilleure négociation avec les patrons ; ainsi qu’une réforme du système de retraite brésilien en faillite suivant un modèle de capitalisation. Comme tout autre candidat, il promet augmenter les investissements en santé et éducation, cependant, il se détache des autres car explique les directives de son gouvernement par des projets concrets.

Ainsi, il semble que Ciro Gomes puisse maximiser l’utilité politique sous contrainte parlementaire, répondant aux besoins de notre agent rationnel. Reste à savoir quel sera le poids de l’asymétrie d’information lors des élections.

 

Caricature par Mushkila Cartoon

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