Coexister

By Justine Detraz

Coexister ? Sous ce terme un peu générique, et à premier abord sans grande signification, chacun d’entre nous oscille entre adhésion spontanée, mais sans grande conviction, et interrogation sur le sens réel de ce mot. Que signifie réellement coexister ? Et pourquoi une association nationale a choisi ce verbe pour se décrire ? (Ils auraient pu trouver un peu mieux non ?)

Coexister est souvent associé à l’idée du vivre-ensemble, de la tolérance et de l’acceptation de l’autre. Ces belles valeurs largement implantées dans un idéal français républicain ne peuvent que séduire la majorité (un peu sensée soit-elle) des jeunes. Néanmoins, on ne peut pas nier, ni même leur reprocher le caractère utopique de telles valeurs qui ont parfois du mal à s’illustrer concrètement dans nos vies, nos conversations, les décisions politiques et le débat public.

Alors, loin de céder au pessimisme et gardant toujours au fond de soi un espoir innocent « qu’un jour ça ira mieux », on y adhère naturellement et on stigmatise ceux qui les refusent. À bien y réfléchir, on reste passif: on n’a rien contre les catholiques, les protestants, les musulmans, les juifs, les hindouistes, les bouddhistes, les agnostiques ou les athées et on se sent fier quand on reprend un proche qui fait une blague raciste. On cherche à fuir une culpabilité, celle du.de la mauvais.e citoyen.ne du monde se jouant des stéréotypes.

Certes on ne fait rien contre, mais surtout on ne fait rien pour la coexistence ! On reste dans un immobilisme latent qui cherche bien plus à lisser toute diversité pour éviter tout conflit plutôt qu’à l’ériger comme vecteur d’intégration et de richesse. Coexister, c’est passer de la coexistence passive à la coexistence active, à la reconnaissance et à l’affirmation intelligente de sa singularité, qui n’exclut pas mais participe à une cohésion sociale effervescente.

La place des religions et de la laïcité ne cesse de nourrir les débats. Pour éviter toutes analyses caricaturales ou simplistes, une réflexion de fond est nécessaire. Cette réflexion, Coexister la propose car l’association a conscience du rôle structurant de l’interconvictionnalité. Loin de la voir comme source de conflits et génératrice de communautarisme, l’association adopte un prisme optimiste faisant de la diversité une tremplin pour créer du lien social.

Aux antipodes de l’utopiste réclus.e dans une tour d’ivoire, le coexistant entend agir dans la société et faire du terme coexister un verbe d’action. Alors prêt.e à Coexister ?

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