Confinement, ou comment le “revenge porn” s’impose comme outil majeur du harcèlement

@Les Poupées en Pantalon

Par Elza Goffaux.

Depuis le début du confinement, le nombre de comptes fisha se multiplient sur les réseaux sociaux. Le groupe de militantes #StopFisha sur Instagram, les traque et apporte de l’aide aux victimes.

Les comptes fisha sont des groupes sur les réseaux sociaux qui partagent des photos et vidéos privées, souvent des nudes, sans le consentement de la personne qui les a envoyées. Ils s’inscrivent dans une logique de revenge porn, puisque le « diffuseur a pour but de se venger » selon les membres de #StopFisha. Les diffuseurs partagent aussi les informations d’identité des jeunes filles et les membres des groupes fisha harcèlent la victime sur les réseaux sociaux. Il s’agit donc d’une dynamique de cyberharcèlement et de slut-shaming. Ils pullulent sur les réseaux tels que Snapchat et Telegram et le groupe le plus important réunissait plus de 230 000 personnes. Ces comptes diffusent plus de contenus et drainent plus d’utilisateurs avec le confinement. Selon l’avocate Rachel-Flore Pardo, qui accompagne le groupe #StopFisha dans la lutte contre le revenge porn, « le confinement a un triple effet multiplicateur » : l’augmentation du trafic internet augmente la quantité d’images diffusées et donne un plus grand public aux comptes, et l’impact du cyberharcèlement est plus important sur les victimes puisqu’elles sont elles-mêmes isolées. Sur le compte Instagram de #StopFisha, un.e abonné.e ajoute : 

 à défaut de la rue, les réseaux sociaux sont devenus des plateformes de domination

En effet, ce sont les mécanismes qui entrent en jeu puisque le harcèlement, qu’il ait lieu en ligne ou dans la rue, est une question de violence et vise à humilier les jeunes filles et les femmes. 

« Nous luttons contre le revenge porn grâce aux signalements sur différentes plateformes telles que Pharos, Net Ecoute et Point Contact, ces plateformes traitent de cyberharcèlement dans toute la France. Nous signalons aussi directement sur l’application qui a été utilisée pour diffuser le contenu » explique le compte #StopFisha. Le groupe appelle aussi les utilisateurs des réseaux sociaux à signaler en masse et à ne pas entrer dans les groupes où les photos sont diffusées. Depuis le début du confinement, plus de 200 comptes ont été fermés. Un des posts de #StopFisha rappelle la loi : la diffusion d’un contenu à caractère sexuel sans consentement est punie de deux ans d’emprisonnement et 60 000€ d’amende. Le collectif a aussi déposé un dossier de signalement au parquet, en expliquant la situation et en espérant une action des autorités.

#StopFisha vient en aide aux victimes en les écoutant, conseillant et les dirigent vers leur avocate si elles souhaitent porter plainte. Comme mis en avant par l’avocate, le confinement rend les conséquences du revenge porn sur les victimes encore plus violentes, du fait qu’elles soient isolées, physiquement, mais aussi psychologiquement. Il est difficile de porter plainte, par peur de violences intrafamiliales ou par renfermement dans la honte. Le collectif #StopFisha souligne que « les impacts sur les victimes sont la honte, le renfermement sur soi, la dépression, des tentatives de suicide. Ces impacts peuvent être mortels, il y a déjà eu deux suicides depuis le début du confinement ». Cette forme de cyberharcèlement a de lourdes conséquences sur le rapport au corps, comme l’affirme le collectif : « on affiche quelqu’un avec l’intention de l’humilier, de détruire sa perception d’elle-même, son corps, son rapport avec sa sexualité. C’est mettre la honte sur son corps ». 

C’est mettre la honte sur son corps

Leur compte Instagram : stop.fisha

Contact : jenesuispasseule@protonmail.com

Pour signaler un contenu illicite (liens publiés par #StopFisha) : 

D’autres articles : 

« Quand le revenge porn s’adapte au confinement » https://www.vice.com/fr/article/bvg4pz/quand-le-revenge-porn-sadapte-au-confinement 

« Harcèlement sexuel : avec le confinement, le retour en force des comptes ‘fisha’ sur les réseaux sociaux » https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/07/harcelement-sexuel-avec-le-confinement-le-retour-en-force-des-comptes-fisha-sur-les-reseaux-sociaux_6035853_4408996.html 

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