Dans un Monde sans Diversité

[Pour en savoir plus sur la chronique Dans un Monde sans… par Benjamin Wucher]

Gabriel vit dans un monde sans différences. Avec les progrès considérables de la génétique, les ADN de chaque fœtus sont contrôlés et modifiés avant la naissance pour que l’enfant puisse ressembler le plus possible aux idéaux masculins et féminins établis par le gouvernement. Ainsi, Gabriel ressemble autant à son père, qu’à son grand-père, son cousin, son patron, son voisin et à tous les autres hommes qu’il peut croiser. Même couleur de peau, mêmes cheveux, mêmes yeux, même forme du visage et même carrure. Il possède également les mêmes passions que les autres, les mêmes talents, les mêmes centres d’intérêt et les mêmes goûts. Toutes ces caractéristiques ont été définies par un comité spécial sous les ordres du gouvernement et énoncées dans la Charte de Conformité. Pour assurer sa domination sur les individus, tous les nourrissons dont la modification génétique aurait été défaillante sont exécutés à la naissance.
Tous les soirs, à 19h précises, Gabriel regarde le journal télévisé sur la chaîne gouvernementale, la seule disponible. Le dimanche, il se rend, comme tous ses semblables, à la célébration de l’unique religion autorisée. Il est heureux, parce qu’on l’a crée parfait, à l’image de Dieu. Il est heureux parce qu’il est marié à une femme qui l’aime et qui est comme toutes les autres femmes.

Il est heureux, parce qu’on lui répète tous les jours qu’il doit l’être.

Comment cela pourrait-il en être autrement ? Le monde de Gabriel ne connaît pas de conflits, pas de guerres, pas de désaccords, pas de chômage, pas d’inégalités, pas de célibat, et pas de discriminations. Mais ce monde est surtout rempli de clones manipulés.
Cependant, malgré les discours que Gabriel entend tous les jours à la télévision, dans la rue et au travail, sur la perfection du monde et son impossibilité à être meilleur qu’il ne l’est déjà, il lui arrive de douter. Comme cette fois où des hommes armés ont débarqué chez une famille voisine et ont embarqué tous ceux qui se trouvaient dans la maison. Celle-ci a été saccagée et plus jamais on ne revit les voisins et leurs amis. Sur le moment, Gabriel n’avait pas compris ce qu’il se passait dans sa rue. C’est en regardant le journal du soir qu’il obtint sa réponse : ses voisins avaient organisé une réunion avec des amis pour discuter de politique. Quelqu’un les avait alors dénoncés aux services de gendarmerie et avait prétendu qu’ils avaient critiqué le gouvernement et qu’ils avaient teint leurs cheveux. Le reportage finit par des félicitations réitérées au dénonciateur et par un appel à se comporter pareillement pour toutes situations similaires. Ce jour-là, Gabriel commença à se poser des questions.
Une autre affaire avait fait grand bruit. C’était celle du village de Lembourg. Un jour, on apprit aux informations qu’un homme était recherché par la police gouvernementale. Ce « dangereux criminel », comme il avait été appelé, était parvenu à photographier un endroit que l’image officielle et parfaite avait pris soin de dissimuler. Cet homme avait alors publié clandestinement des clichés de ce qui ressemblait fort à un camp de concentration. On pouvait apercevoir des ombres cadavériques de prisonniers qui avait tous été déportés en ces lieux, soit parce qu’ils avaient tenté de résister à l’oppression, soit parce que leur génétique était défaillante et qu’ils ne correspondaient pas à la perfection prônée. Lorsque le photographe fut retrouvé dans son village de Lembourg, on lui trouva des complices dans les environs. Le gouvernement envoya alors l’armée qui extermina les habitants et rasa le village tout entier. Tous comprirent ce jour ce qu’il advenait de ceux qui osaient dévier du chemin tracé avant même leur naissance.
Les affaires se multipliaient et les doutes de Gabriel grandissaient à mesure que les scandales éclataient. Un collègue l’introduit dans un réseau clandestin et il fit la rencontre de résistants. Le discours de diversité, auquel il n’était bien sûr pas accoutumé, le séduisait et l’attirait, d’une attirance coupable.

Un jour, il sauta le pas et se fit tatouer sur le cœur le mot Liberté.

Il savait que si cela se découvrait, la police viendrait le chercher et ses proches ne le reverraient jamais plus. Mais il avait besoin de cet acte de résistance pour se prouver à lui-même « Je ne suis pas celui que l’on me force à être ».

Benjamin Wucher

From the fairytale city of Colmar, don’t let Benjamin’s sweet and smiley face fool you – under the surface, his wit and sass make him a sharp and savvy journalist. Le Zadig isn’t Benjamin’s only journalism gig – he also writes for Combat on his way toward journalistic fame. French Anderson Cooper 2.0? Stay tuned. When he’s not investigating, he is great company, always willing to have a great conversation, and share a laugh. Maybe if you befriend him you could find yourself with some Alsace wine…
Benjamin Wucher

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