Des citoyens en quête de représentants

par Juliette Delaveau

« Voter ? Pourquoi ? Que nous le fassions ou pas, rien ne change. Notre vote ne sert pas, il est seulement là pour nous donner l’illusion de notre souveraineté. Quoi que l’on vote, les résultats seront truqués». C’est ainsi qu’un malien parle du vote et des élections dans son pays.

Ces quelques phrases rappellent que le libre choix des représentants est un privilège et l’une des composantes même de la démocratie. Alors que des pays sont en révolution pour pouvoir accéder à la démocratie, en France, l’exercice de cette dernière semble de moins en moins assidu.

En effet, un désintérêt des français pour la politique est visible. Désintérêt ou désaccord, mécontentement, incompréhension ? Les dernières élections cantonales ont montré un taux d’abstention des plus élevés (environ 56% à chaque tour). Avec un tel absentéisme électoral, la victoire ne semble pas appartenir aux socialistes (48,97%, toutes gauches confondues). Comment pouvoir affirmer qu’il s’agissait de la volonté du peuple alors qu’à peine 1 français sur 2 est allé voter ? Cette faible participation confirme la tendance entrevue lors des élections européennes de 2009 (59% d’abstention) et régionales de 2010 (54%).

Les élections cantonales, historiquement, avaient tendance à mobiliser le peuple puisqu’elles permettent d’élire des représentants locaux, plus proches des préoccupations quotidiennes des français.

Ce recul important du nombre de votants est un signal. De même, le passage au second tour du leader Front National, Jean-Marie Le Pen, en 2002 semble être un message adressé aux politiques. Les français ne se reconnaissent pas dans les grands représentants des partis traditionnels (UMP/ PS) et appellent aux changements, au renouveau.  Les français n’ont plus confiance en leurs élus. Pour qu’il y ait démocratie, les électeurs doivent se reconnaître dans leurs représentants et avoir l’impression d’être compris et écoutés.

Comment expliquer cette montée de l’individualisme, de l’hédonisme, du repli sur soi et du désintérêt de la chose publique (ce qui semblerait donner raison à Tocqueville qui analyse dans son ouvrage De la démocratie en Amérique, la démocratie, ses instances, ses principes mais aussi ses risques et ses dégénérescences) ?

Assistons-nous à  une « crise de la citoyenneté », les individus ne s’intéressant plus aux affaires de la cité, ou plutôt, à une « crise de la représentation », les élus ne comprenant plus les citoyens et n’agissant plus dans leur intérêt ?

Divers sondages ont été menés afin d’essayer de comprendre ces bouleversements. L’un d’entre eux met bien en relief le dysfonctionnement. A la question « Les hommes politiques se préoccupent t-ils de ce vos problèmes, de ce que vous pensez? » : 42% répondent « très peu » ou « pratiquement pas » en 1977, contre 59% en 1997 et plus de 60% aujourd’hui.

Depuis vingt ans, il semblerait que ce ne soit non pas une crise du politique qui touche le système politique français, mais bien une crise de la représentation. En effet, l’attachement aux acquis de la démocratie reste encore fort comme le montrent les mouvements sociaux, la mobilisation des jeunes sur les questions de société… La méfiance des français touche le personnel politique et non pas les principes du système.

De plus, un élément ne doit pas être négligé. Sont-ce vraiment les élus qui prennent les décisions ? La Belgique, sans gouvernement depuis plus d’un an, continue à fonctionner normalement. Ainsi, le pouvoir appartiendrait davantage aux technocrates qu’aux représentants élus du peuple. Les fonctionnaires, les grandes administrations publiques s’approprient une partie du pouvoir exécutif en tant qu’experts et conseillés des décideurs et ce, jouissant d’une stabilité de carrière qui leur permet de survivre malgré les alternances politiques.

Outre ces explications théoriques, un changement dans l’exercice du pouvoir a largement contribué à ce désintérêt. On ne peut tenter d’expliquer la crise de la représentation politique en France, sans parler des conflits d’intérêt interne qui touche les partis entre eux mais aussi au sein même de leurs camps.

La politique s’est professionnalisée, surtout dans la seconde moitié du XXème siècle. « L’objectif politique » est rapidement de faire carrière, être réélu et ce, au détriment de la défense de l’intérêt public.

Comment apparaître crédible auprès des français lorsque le Parti Socialiste agit comme un groupe d’enfants incapables de se mettre d’accord, chacun souhaitant « tirer la couverture à soi »? Comment croire en son gouvernement lorsque ce dernier se retrouve plongé dans les frasques financières, où corruption, « magouilles » s’entremêlent ?  Comment se sentir proche de son président, comment penser qu’il défend les intérêts du peuple quand, en pleine crise économique et financière, ce dernier jouit de ses avantages financiers et montre son net penchant pour l’argent et le clinquant ?

Le sarkozysme a su achever la morale publique, la noblesse de la politique et l’égalité entre les instances démocratiques en malmenant le pouvoir juridictionnel.

Confucius le rappelait il y a 2 500 ans,les dirigeants ne peuvent demander au peuple d’être juste et vertueux s’ils n’en donnent eux-même l’exemple.

Le dynamisme et la jeunesse des révoltes arabes doivent être un souffle de renouveau pour nos « vieilles démocraties ». Nous, électeurs, ne devons pas oublier le privilège du vote et de l’exercice de notre citoyenneté. Que cette « crise » ne se transforme pas en caprice de pays développé. Que nos représentants comprennent les français et répondent à leurs attentes. Qu’ils renouent avec la noble politique qui fait tant rêver les pays non-démocratiques.

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