D’une géhenne à l’autre

Photo : Des prisonniers sous surveillance militaire américaine dans la prison de Guantanamo, à Cuba, le 11 janvier 2002. SHANE T. MCCOY/AP/SI

-Par Victoria Bruné

Sous les coups des pieds enserrés dans des bottes,

Les ravages des obus qui lui grêlent la peau,

La terre, assourdie par le cri des fusils, s’ébranle et s’alarme.

Dans ma retraite maudite et forcée, enfiévrée par la soif de sang et d’argent,

les cris, les pleurs,

les rires chthoniens et les os qui explosent,

forment un maelström et une mélopée stridente dans ma tête.

Dans le feu de ma geôle, mes poignets déchiquetés me rappellent encore

la poigne terrible des bourreaux qui me traînèrent jusqu’au Tartare où croupissent les purs.

Les stries et les dartres qui balafrent ma peau à la saigner,

me replongent dans un tunnel sombre, où les bourreaux s’emparent de mon frêle corps, y font pleuvoir un orage d’horions,

malgré mes cris

malgré mes larmes

malgré mes supplications.

Le sol nu et roide qui équarrit ma peau alanguie, me renvoie au Tartare où croupissent les purs sacrifiés sur l’autel d’intérêts contraires,

fauchés par la mauvaise heur de pourrir sur une terre de guerre.

La porte d’enfer fait entendre son grincement goguenard,

Pour expectorer un régiment de robots sanguinaires.

L’un me brûle d’un regard concupiscent, tel l’ogre excité par la chair fraîche.

Tandis que son œil se consume, une force maudite me traîne sur le sol écorcheur.

Je sens le souffle maudit des bourreaux sur mon visage,

Je sens mes chairs se déchirer, brûler et exploser tandis que je hurle la pitié,

Je sens l’odeur du sang âcre jaillir, dans un accouchement sanguinolent où naissent la douleur et la honte,

Les bourreaux déchirent et lacèrent ma dignité rétrécie et mon innocence,

Opposant mes larmes, mes douleurs à leurs éclats sardoniques, me jettent en pâture, la peur au ventre sous d’autres cieux tout aussi funestes.

Mes bourreaux s’en vont dans leur logis, auréolés par les lauriers de l’honneur et de l’impunité.

Tandis que la chaleur familiale s’évanouit pour se muer en une froideur embrasée par la honte

d’avoir une fille déshonorée par des mains hostiles…

Le regard de ma mère se vitre d’un voile de larmes de déchéance,

L’œil de mon père s’enflamme de colère, sa bouche m’accable et me bombarde d’injures féroces,

tandis que le ciel hostile continue de tempêter des tornades de bombes,

avant l’abandon ultime qui vient clore la victoire des geôliers sanguinaires sur mon adolescence souillée, perdue à jamais

 

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