Entretien: Du campus de Poitiers, nous avons monté un projet humanitaire en Afghanistan

Propos recueillis par Aina de Lapparent Álvarez

 

Peux-tu me présenter votre projet en quelques phrases?

Kilkin est un projet d’art participatif fait avec les enfants de Kaboul. Le projet naît comme une idée pour transformer l’espace public de Kaboul qui est très marqué par les murs anti-explosifs appelés T Walls. Ceux-ci ont été construits ces dernières années, ils enferment les voies publiques et rappellent constamment le danger. La première action consistera à faire des muraux en forme de fenêtre sur ces murs là pour transformer les rues. Après nous allons numériser les peintures murales, les imprimer et les coller sur les fenêtres du palais Darul Aman (espace de paix) ouvert et accessible à tout le monde et iconique de la ville de Kaboul.

Quelles ont été vos inspirations pour votre projet?

Nous l’avons construit dans un cours appelé “Transparency and accountability in post-conflict environments” qui est enseigné par Laurent Delesgues sur le campus de Poitiers. Pour notre projet nous nous sommes inspirées d’un projet créé au Costa Rica à Tirrases, un quartier marginal assez violent qui a conservé une barrière de contention qui a été transformé en un très bel espace communautaire. Ce projet s’appelle Pintando Tirrases et a été réalisé par le collectif espagnol BoaMistura, en partenariat avec la municipalité de Curridabat.

Pourrais-tu me parler davantage du projet dont vous vous êtes inspirés?

Ce sont des projets un peu différents. Ils sont faits par un collectif espagnol qui voyage, qui reste un peu dans un village, construit une communauté autour d’activités mais qui finit par partir. Les résultats sont très esthétiques et cela permet aux habitants de s’approprier plus de l’espace public. Par contre, cela ne forme partie de la communauté qu’après avoir été fait et peu dans la phase de conception. Nous nous sommes inspirées dans la partie de la transformation qu’apporte l’art mais nous avons insisté sur l’implication active de la communauté. Par ailleurs, nous nous sommes centrées sur les enfants afghans parce que l’art n’est pas enseigné dans l’école publique. Tu n’apprends jamais à utiliser l’art pour t’exprimer. Donc nous voyons dans les muraux communautaires une opportunité pour introduire les enfants dans le monde de l’expression artistique.

Et pourquoi Kaboul?

Au début notre projet était plus abstrait, nous n’avions pas de ville en tête. Laurent Delesgues, qui a travaillé 15 ans en Afghanistan nous a posé la question: pourquoi pas Kaboul? Alors nous avons commencé à découvrir l’Afghanistan. À la fin du cours, après la présentation du projet, notre professeur nous a offert de le présenter à l’ONG afghane Integrity Watch Afghanistan pour essayer de la faire vivre.

Comment avez-vous géré le financement?

À travers des Skype hebdomadaires avec notre partenaire local Integrity Watch Afghanistan, convaincu de la valeur de notre projet, nous avons développé tous les détails: le budget, le calendrier, etc. et à partir de cela nous l’avons présenté à deux concours de Sciences Po. D’abord celui de projet du campus auquel nous avons été sélectionnés par le vote des élèves. Le deuxième était pour recevoir plus de financement et donc on a dû l’expliquer mille fois ce qui nous a aidé à le perfectionner. Nous avons aussi eut de l’argent de la fondation afghane. Et récemment, nous avons lancé une campagne de crowdfunding pour compléter le budget et diffuser le projet afin de créer une communauté de partage.

L’idée c’est aussi de créer une expérience de partage en exportant le projet. Une fois les peintures murales seront faites, nous voulons aussi ouvrir une fenêtre vers l’étranger. En Afghanistan les enfants représentent aussi la paix et l’espoir.

Lara Haoudi, Azilis Pierrel et Libertad Sobrado, les porteuses du projet  

Pour contribuer à leur crowdfunding, c’est par ici

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