Espoir


[Pour en savoir plus sur la chronique “Coup de Gueule” par Fatine Maussang]

Aujourd’hui est un grand jour : tu accueilles un nouveau membre dans ta famille. Ta cousine, qui est âgée de quelques années de plus que toi, vient d’accoucher de son premier enfant. C’est une petite fille. Tu trépignes d’impatience à l’idée de rencontrer le bébé. Tu penses à ta cousine et à son sourire radieux, à quel point la grossesse lui allait bien, au bonheur de son mari et de ta famille qui se réjouissait d’avance.

Tu passes chez le fleuriste et te munit du plus beau bouquet. Tu ne te préoccupes même pas du prix. L’occasion est unique, après tout. Tu choisis plein de fleurs, plein de couleurs, tu sais que ça lui plaira.

Des roses plein les bras, tu entres donc dans l’hôpital où ta cousine a accouché. A l’accueil, c’est une réceptionniste au regard las qui te dévisage des pieds à la tête. Après avoir répété le nom de ta cousine deux fois et l’avoir épelé deux fois de plus, elle pianote sur son ordinateur et t’indique le numéro de la chambre.

Tu t’empresses de monter dans l’ascenseur et appuyer sur le numéro de l’étage indiqué. Tu débouches sur un couloir tellement blanc qu’il t’aveugle. Tu reconnais ton oncle, tes parents, et quelques amis de la famille.

Tu t’avances, le sourire aux lèvres. Sourire qui s’efface dès que tu constates qu’ils arborent tous un visage grave, triste.

« Nous avons une mauvaise nouvelle », te dit-on d’une voix fatidique. Inquiète, tu pousses la porte de la chambre. Ta cousine est allongée sur son lit, elle a l’air épuisée. Son mari lui tient la main. Ta tante est également à son chevet. Ton cœur bat la chamade, redoutant le pire. Tu parcours la pièce des yeux, et ton regard tombe sur petit lit sur lequel repose un adorable bébé, un body rose sur le corps –cadeau de ta tante, tu reconnaitrais ses goûts entre mille-, les yeux fermés.

Tu sens des larmes d’émotion te monter aux yeux. Tu es tellement heureuse et fière. Tu cherches le regard de ta cousine, tente d’y déceler un peu de joie. Pourtant, tout ce que tu vois dans ses yeux, c’est de la tristesse.

Tu t’approches d’elle, lui demandant ce qui se passe.

Alors, la nouvelle tombe. C’est ta tante qui lâche ça d’une traite, s’emmêlant dans ses mots. Le bébé n’a pas crié à la naissance. Les médecins pensent qu’elle est atteinte d’un handicap. De l’autisme, d’après les diagnostiques. On ne peut rien y faire. Elle devra faire avec toute sa vie. Ta tante se lamente, se demande comment on va faire. Elle soupire : pourquoi est-ce qu’il fallait que ça arrive à sa fille et pas à quelqu’un d’autre ?

Au fur et à mesure de sa tirade, ton regard retombe sur le bébé. Elle est magnifique, avec ses petits doigts, sa bouche minuscule et ses joues toutes rondes. Pour toi, il n’y a absolument rien d’anormal.
Ta cousine n’a pas dit un mot, écoutant à peine ce que sa mère déblatère. Elle n’est pas encore vraiment consciente de ce qui arrive, elle n’a pas récupéré de l’accouchement.

Tu regardes longuement ta tante, et pose la question qui te brûle les lèvres « Et alors ? »
Le bébé est autiste, et alors ? Elle peut marcher, rire, elle peut courir, elle peut parler. Elle est belle, non, elle est magnifique, elle va grandir et on fera des albums photos sur elle, elle se fera des amis. Elle rencontrera l’amour un jour, elle vivra choyée, entourée de sa famille, elle jouera, tombera, se fera mal, apprendra, aura un plat préféré, elle aura peut-être peur du noir, elle fera un caprice pour avoir un animal de compagnie, elle aura une peluche qu’elle ne lâchera pas, elle ira à l’école, elle rira devant les dessins animés, elle aimera sa mère et son père, elle écoutera de la musique, elle trouvera sa passion.

Comme n’importe quel autre enfant du monde.

Elle aura peut-être juste besoin d’un traitement différent, d’un suivi particulier.
Alors, pendant que ta tante garde les sourcils froncés, tu t’approches de ta cousine, et lui serre la main.

« Alors, comment s’appelle ce petit ange ? »

Un sourire étire ses lèvres. Tu te dis à ce moment là qu’elle devait attendre ça toute la journée : des mots gentils, pas des excuses gênées, de réelles marques de joie, pas du dépit sur le visage.

« Amel »

Espoir.

Un magnifique prénom pour une magnifique petite fille.

lezadig
lezadig

Latest posts by lezadig (see all)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *