Et nous, hongrois à l’Europe?

Par Roberto Saverio Caponera

Le mois de janvier a été explosif pour le gouvernement de Viktor Orbàn : une fois de plus, la Hongrie se retrouve sous le tir croisé des critiques médiatiques internationales, suite à la proposition d’une nouvelle constitution le 1er janvier 2012. Les attaques contre la Hongrie au mois de janvier sont désormais devenues une tradition récurrente, à l’instar d’une fête traditionnelle : l’année passée, suite à la proposition d’une réforme des médias, la Commission Européenne avait hissé un mur de protestations contre Fidesz, le parti d’Orbàn. Cette fois, tout a été dit. Termes et expressions comme « dérive dictatoriale », « gouvernement autoritaire », voire « totalitarisme naissant » ont inondé la une des grands journaux internationaux. Or, il faut une fois de plus, par souci de clarté et de vérité, analyser les trajectoires qui ont mené à cette situation et en comprendre les conséquences potentielles.

Tout a commencé avec l’adoption de la nouvelle Constitution, qui vient remplacer l’ancien texte datant de l’époque soviétique (négligemment remis au goût en 1990). Le Fidesz, lors des élections de 2010, en avait fait le cheval de bataille de son programme, obtenant aux urnes une majorité écrasante de sièges parlementaires (263 sur 386 sièges). Une fois au pouvoir, Orbàn n’a fait que maintenir ses promesses, et avec deux tiers du parlement dans les mains de Fidesz, il a pu travailler sur le nouveau texte constitutionnel.

Parmi les nouveautés critiquées, on peut synthétiser les cibles préférées par les détracteurs de la Hongrie. Premièrement, l’idée de réaménager la gouvernance de la banque centrale hongroise : Orbàn voudrait baisser le salaire du directeur (sacrilège !), contraindre au serment sur la constitution les administrateurs de la banque et enfin agrandir le contrôle étatique dans la prise de décision. Certains (surtout de nos jours) pourraient n’y voir que du bien, mais ces propositions ont déclenché au contraire l’envoi d’une première « missive d’infraction » de la part de la Commission. Deuxièmement, Orbàn a harmonisé l’âge de la retraite des juges sur les standards européens, ce qui lui a valu une deuxième missive. Enfin, il a donné une empreinte conservatrice à la constitution, en soutenant par exemple le mariage hétérosexuel et une politique nataliste, rappelant les origines chrétiennes de la Hongrie, et parlant des minorités hongroises vivant dans les pays limitrophes. Ce sont des valeurs qui peuvent faire débat dans d’autres pays, mais qui en Hongrie sont tout à fait acquises et digérées.

Ne rentrant pas dans le débat d’idées, on peut tout de même poser des questions qui restent ouvertes. Quoique conservatrice, cette constitution émane d’un gouvernement élu légalement et légitimement, dans un Etat souverain. Or, rappelons à titre indicatif que les membres exécutifs de la Commission Européenne ne sont point des élus, et sont pour la plupart dans l’opposition. De quel droit, un organisme qui n’émane pas de ce que Rousseau appelait la « Volonté Générale », peut il intervenir dans la gestion institutionnelle d’un Etat souverain ?

Suite aux attaques reçues, le peuple hongrois a montré son attachement à Orbàn : 400 000 citoyens (dans un pays de huit millions d’habitants) sont descendus dans les rues de Budapest pour soutenir le gouvernement. Cependant, ce genre d’intrusions extérieures demeurent dangereuses : car le Fidesz est aujourd’hui suivit par le Jobbik, parti (là on peut l’affirmer !) radical, qui fait de l’euroscepticisme son leitmotiv. Si des entités supranationales comme la Commission continuent à critiquer les valeurs défendues par un peuple voire à imposer des conditions, elles ne feront que renforcer des partis comme le Jobbik.

Le débat et les doutes restent ouverts.

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