(Français) 11 janvier : Paris ne brûlera pas !

11/01/15, Paris. Par Maya-Anaïs Yataghène, flickr. https://flic.kr/p/qM3jAr

Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.

 – Victor Hugo –

Par Arthur Laur

Derrière les chefs d’état et les ministres, derrière les maires et les représentants des partis politiques, derrière les épais cordons de gardes du corps, derrière les familles des victimes ; se dressait, massif, le peuple de Paris. Certains les estiment à un million et demi, d’autres à trois, peu importe : pour tous ceux qui ont vécu cette manifestation, le 11 janvier a marqué les esprits par sa spontanéité et sa puissance.

Par Paris 16 (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons.

Ce qui frappe, c’est la multiplicité des visages des manifestants de la capitale, leur diversité sociale avant tout, mais aussi religieuse ou ethnique : les bobos de Montmartre, la bourgeoisie du 16e et du 17e, les Juifs du Sentier, les catholiques de la rive droite, les musulmans de Seine Saint-Denis, les afro-parisiens de Barbès et du nord-est, les étudiants du quartier latin et ceux de banlieue, la communauté homo du Marais, les vieux syndicalistes de Paris-est, les asiatiques de Belleville et les ouvriers du bâtiment qui pullulent sur les chantiers de la capitale ; tous étaient présents.

Les métros, veines de Lutèce, débordaient, plus qu’une solution : la marche à pied. Ainsi, des galeries Lafayette jusqu’à place de la République, on se faufile dans cette termitière pour arriver au Graal : la statue de Marianne surplombant une foule hétéroclite et nombreuse. Pris en charge par des jeunes arborant fièrement le drapeau algérien, français ou un portrait d’Atatürk, on monte au sommet de cet édifice. La foule est chauffée à blanc : on chante à n’en plus finir la Marseillaise, on crie “Vive la France !”, “Liberté, égalité, fraternité !”, ” Nous sommes Charlie”, “On n’a pas peur”, ou encore “Liberté d’expression”.  Soudain un jeune arborant une kippa et un autre le drapeau palestinien se croisent. Alors on entend “Israël, Palestine “, comme si le Moyen-Orient n’était pas si loin. Après les dérapages antisémites de cet été, les parisiens tombent sous le charme : ils demandent aux deux jeunes de s’embrasser, alors ces derniers cèdent et, sous les applaudissements, on oublie les tristes attaques contre les synagogues. Derrière les odeurs de joints qui émanent de la statue, les jeunes des quartiers aident les filles de la classe moyenne à grimper. On prétexte une demande de cigarette pour taper la discute, on les complimente, on dragouille, on se marre et on chante jusqu’à en perdre la voix. En fin de soirée, un cornemusier rejoint les restes, les indéboulonnables, ceux qui veillent encore alors que la majorité s’est dispersée. Santiano d’Hugues Aufray résonne dans la nuit, certains sont émus aux larmes, on tente une minute de silence, mais ça ne prend pas, la foule veut parler, chanter, s’exprimer encore.

Le 11 janvier transpire cette douce ambiance gauloise : une sorte de joyeux chaos, où chacun veut y aller de son chant, de son idée. Les parisiens, éternels râleurs, méprisants et arrogants, se remettent à sourire, à rire, après avoir vécu des journées d’apocalypse. Alors que certains rêvaient de nous voir tomber dans la guerre civile, devenir des bêtes sauvages, réduits à nos plus bas instincts, nous reprenons nos anciennes habitudes : le rire, la boisson, l’humour, la drague, la chanson … On ne refera pas la Saint-Barthélémy ou les massacres de Septembre. Les parisiens divisés par les lignes de métro, les quartiers, la classe sociale, se sont unis pour produire une joie communicative, un élan général de solidarité, et surtout rivaliser de slogans moqueurs à l’égard de ceux qui voulaient les voir à genoux. Paris rit à gorge déployée des fous de Dieu !

Les terroristes ont oublié son histoire de résistance face aux invasions : les Huns, les Vikings, les Anglais, les Prussiens, les Nazis … tous ont tenté de prendre ou d’occuper notre capitale, tous en on été chassé par la volonté de ses habitants -ils étaient des adversaires bien plus redoutables que les frères Kouachi et leur collègue Coulibaly. Chaque fois que Paris a été entraîné vers le fond, elle s’est réveillée et s’est sortie de la vase, fidèle à sa devise “Flotte, mais jamais ne sombre”.

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