Politique : s’engager ou se désengager?

François Fillon et ses proches au Trocadéro, le 5 mars. Le Parisien.

En novembre dernier, François Fillon a pris la France par surprise en remportant les primaires de la droite grâce à une campagne basée sur l’honnêteté. Nombre de jeunes français ont été séduits par ce thème et l’apparente sincérité du candidat. S’ajoutant à cela un programme concret visant à relancer l’économie, à rendre flexible le marché du travail, et à combattre le terrorisme ; un grand nombre de français virent en M. Fillon un candidat d’une espèce rare : honnête, qualifié, et pragmatique.

L’électorat était tellement convaincu qu’il le préféra à l’ancien Premier ministre, Alain Juppé, et à l’ancien Président, Nicolas Sarkozy. Des deux côtés, à droite comme à gauche, on pouvait critiquer le programme de François Fillon, mais il y avait une rare unanimité autour de sa sincérité.

Le dur réveil.

Quelques semaines plus tard, les Français apprirent par les révélations du Canard Enchaîné que l’épouse du candidat avait été employée en tant qu’attachée parlementaire de son mari, pendant plus de dix ans, aux frais du contribuable, sans preuve convaincante de réelles tâches effectuées. Même si cela n’avait peut-être rien d’illégal, les Français ont été choqués par cette révélation et une pratique immorale.

Le candidat Fillon a maintenant rendez-vous devant un tribunal le 15 mars. Il y a quatre mois sa campagne paraissait imperdable, aujourd’hui, elle parait difficilement gagnable. Au-delà de cette élection particulière, cette malheureuse affaire peut avoir des conséquences négatives sur la participation des jeunes dans la vie politique, aggraver le cynisme ambiant et donner du « grain à moudre » aux extrêmes qui dénoncent le «tous pourris!»

Il y a quatre mois sa campagne paraissait imperdable, aujourd’hui, elle parait difficilement gagnable.

Comment convaincre un jeune français, en 2017, de s’engager en politique, de voter, et de ne pas succomber à l’appel des sirènes du populisme et de la démagogie, quand les hommes politiques ne cessent de créer des espoirs avant de nous décevoir ? Pourquoi leur consacrer notre temps et notre énergie ? Voilà quelques-unes des questions que ma génération, mes amis et camarades étudiants se posent. Il est de plus en plus difficile de leur répondre.

En 2011, nombreux imaginaient un Président Dominique Strauss-Kahn. À droite, il rassurait par son pragmatisme et sa compétence en matière économique ; à gauche, il donnait espoir. Comme pour M.Fillon, les portes de l’Élysée lui semblaient grandes ouvertes. Jusqu’à l’affaire du Sofitel de New York.

Il est malheureusement une leçon que les français connaissent bien depuis longtemps. Nous vîmes avec Robespierre au XVIIIe siècle que personne n’est «incorruptible», surtout ceux qui s’auto-proclament comme tel. Rares sont les hommes d’État français dont le nom n’a pas été terni par un scandale ; Georges Clémenceau, Pierre Mendès-France, le Général de Gaulle…. Et peu d’autres !

Un autre symptôme du malaise ambiant est de voir des vétérans de la politique, aguerris et admirés, refusant de se porter candidat dans des campagnes présidentielles, par dégoût, peut-être. Ainsi, Dominique de Villepin qui a longtemps pensé à se présenter, a écarté cette possibilité dans une interview récente accordée à Sciences Po TV.

Le patriarche respecté des Républicains Gérard Larcher, à la tête du Sénat de façon intermittente depuis 2008, ne souhaite non plus être un jour président. Et pourtant, ces deux personnages auraient pu mobiliser des électeurs de droite (et même de gauche) ne demandant rien de plus qu’un candidat dévoué et sans historique de scandale.

François Fillon, lui, pensait probablement que la pratique qui lui est aujourd’hui reprochée n’avait rien d’exceptionnel ou d’illégal. De fait, cette pratique d’emplois fictifs était peut-être tellement courante et si anciennement établie, au sein de tous les partis, qu’elle devint en quelque sorte «normale ». La réaction des citoyens montre qu’il n’en est rien et que l’exigence de probité et de transparence ne fait que croitre. La perception citoyenne est celle d’une déconnection des politiques par rapport à la réalité ; d’un sentiment d’impunité que les Français n’acceptent plus.

Si la corruption en politique semble inévitable, les jeunes vont soit s’en détourner soit être tentés de donner leur chance aux candidats des extrêmes. La tentation de rester à l’écart est forte : peut-être devrions-nous essayer d’améliorer la société depuis le secteur privé, plutôt que s’engager en politique de façon militante ou comme candidat.

Le grand John D. Rockefeller a connu vingt-cinq présidents américains durant sa longue vie, et seuls Abraham Lincoln, Woodrow Wilson, et les deux présidents Roosevelt sont aussi mémorables que lui.

Ne peut-on pas considérer en effet qu’un Elon Musk ou un Bill Gates contribuent davantage aux avancées de la société grâce à leurs inventions ou leurs actions caritatives que les politiciens ? Le grand John D. Rockefeller a connu vingt-cinq présidents américains durant sa longue vie, et seuls Abraham Lincoln, Woodrow Wilson, et les deux présidents Roosevelt sont aussi mémorables que lui. Son impact sur les États-Unis, son industrie et sa finance, est sans doute plus grand que celui laissé par vingt-et-un des autres présidents qui ont été ses contemporains.

Je voudrais lancer un débat dans nos colonnes et je pose la question à mes camarades : comment convaincre nos contemporains, les étudiants de ce premier quart du 21ème siècle qu’il reste important de s’engager en politique aujourd’hui ? C’est une question essentielle pour l’avenir de notre société. Je pourrais donner mon avis mais je voudrais vous donner la parole.

Elias Forneris

I'm the Editor-in-chief of Le Zadig for the year 2017-18 and a student of the Dual BA between Sciences Po & Columbia. I grew-up in the United States, but I come from a French, Belgian, and Egyptian-Lebanese background. While at Sciences Po, I majored in History, and plan on majoring in Economics at Columbia.
Elias Forneris

3 Comments

  • Avatar Arthur L. says:

    En effet, ces polémiques font le jeu des extrêmes : « tous pourris ». Il faut impérativement relativiser, comme tu le dis : tous ne le sont pas. Simplement, ceux qui font leur métier avec déontologique (j’emploie ici le mot métier, car après tant de mandats cumulés et renouvelés, je ne vois pas d’autre mot) ne sont pas mis sur le devant médiatique. Et si des politiques n’ont à priori commis aucune faute morale, alors les anarchistes et adversaires politiques s’empressent de leur en inventer. Difficile de distinguer le factuel de la rumeur, pour quelqu’un qui ne se passionne pas pour la politique, et qui apprécie les réseaux sociaux… Difficile de demander à la justice de trancher dans un délai toujours plus court, à budget constant.
    Concernant l’influence du secteur privé, il ne faut pas oublier que l’Etat a un rôle de régulation de l’économie, d’organisation de la solidarité nationale, et de protection des plus démunis. Est-ce que, par exemple, Elon Musk et Bill Gates sont les mieux placés pour parler de redistribution des richesses ? Peut-être est-ce vrai à l’échelle des multimilliardaires. Mais sûrement pas en élargissant le champ d’observation…

    • Elias Forneris Elias Forneris says:

      Merci Arthur! Totalement d’accord avec toi sur le premier point; si on ne se tenait qu’aux réseaux sociaux, on serait absolument démoralisé sur l’état des choses. C’est un véritable exercice de discerner au quotidien le vrai du faux.

      Ensuite sur le deuxième point, tu as absolument raison en disant que tout entrepreneur n’a malheureusement pas la chance de faire le même impact que Gates ou Musk, surtout que tous les entrepreneurs n’ont pas des intentions pures et altruistes. Si seulement nos hommes politiques pouvaient montrer davantage l’exemple!
      À qui se référer une fois que l’effet Gaulliste perd traction? Voilà mes inquiétudes.

  • Avatar Mathieu Perruche says:

    Mon cher Elias, la manière dont tu poses les choses dans ton article me fait laisse perplexe. Pour être exact je crois qu’elle me rend triste. Triste car j’aurais espéré qu’un homme qui à l’air de savoir réfléchir et qui décide de s’engager dans la “chose publique” ne posa pas cette question : “A qui allons nous nous référer une fois que l’effet Gaulliste perd traction ?”

    J’ose tout à coup penser que ta question signifiait “Qui prendre pour modèle ?” et à cela il me suffit de t’inviter à lire les grands penseurs engagés de notre époque, d’Edward Saïd à Albert Camus en passant par Hannah Arendt, ils sont des maîtres pour penser.
    Et pour agir me rétorqueras-tu… Et bien pour agir les modèles aussi sont légions : Hugo, Guevara, Marx, Jaurès, Lénine, Trotski. Je te vois bien penser derrière ton écran. Certains de ces noms, frappés d’anathème, et te paraissent désuets, inadaptés à notre époque. Fais preuve de curiosité intellectuelle, lis-les ! Ne te laisse pas convaincre par la rumeur née de la malhonnêteté et de ce que Schopenhauer nomme “la paresse intellectuelle”.

    Et, si ta question signifiait en effet “Derrière qui se ranger ?”, alors il n’y a qu’une seule réponse à donner : derrière l’exercice de ta raison !
    Si l’on veut arrêter d’être déçu à chaque nouveau scandale et chaque programme électoral jeté aux oubliettes des promesses mensongères, une seule solution à donner : ne pas accorder sa confiance à un homme ou à un appareil partisan mais agir nous-mêmes et collectivement !

    Enfin n’oublie jamais que la “main invisible” d’Adam Smith n’est pas le fruit de la nature humaine mais celui des normes sociales qui régissent de manière plus ou moins consciente les comportements.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.