(Français) Ton médecin généraliste à l’Elysée

tiré de afp.com/BERTRAND GUAY

François Fillon afp.com/bertrandguay

La soixantaine, brun, taille moyenne, bien peigné, en chemise à carreaux, pull enliassé posé sur les épaules et surtout calme. Mais alors calme. Il pourrait t’annoncer que tu viens d’attraper le choléra, il garderait cette prestance, cette sérénité qui a tout de suite rassuré le petit morveux que tu étais dans cette salle d’attente remplie de jouets dessués. Que cela fusse la seringue ou le smecta, son regard oblique mais chaud allié à son sourire à peine esquissé te faisait oublier l’instrument de torture ou le poison qu’il te présentait.

Oui ce docteur que nous avons tous connus étant petits peut être le prochain candidat de l’alternance à la présidentielle de 2017. Ce natif de la Sarthe profonde, catholique, homme d’Etat, père de cinq enfants, jamais divorcé et déjà trois fois grand père nous paraît tellement être l’homme parfait après les deux quinquennats que nous venons de vivre : l’un sous le signe du spectacle, l’autre sous celui de l’immobilisme. « Enfin un peu d’ordre, de bon sens et de courage. Bordel.» (Dixit un de mes aïeux).

Mais c’est justement là que cela se complique, quand il est question de « bon sens ». Qu’entend-on par « bon sens » en politique ? Sans doute le fait de rester raisonnable, de savoir gérer les pires crises qu’elles soient sociales ou économiques, de garder un même cap que cela soit en campagne ou au pouvoir, le fait de comprendre la population de son pays et de ne pas lui servir une solution de facilité mais plutôt lui offrir la solution politique la plus appropriée, même si c’est souvent la plus subtile.

François Charles Amand Fillon, 62 ans, brun, de taille moyenne, souvent en chemise à carreaux, connu pour son calme semble dénué de bon sens. Et, que cela soit par son parcours politique et par son actuel programme, contre toute attente, bien loin de son principal adversaire Alain Juppé.

D’où vient-il, qui est-il et où va-t-on ?

Au niveau de ses choix politiques :

1981 : vote contre la loi visant à dépénaliser l’homosexualité.

1992 : S’affichant aujourd’hui comme pro-européen mais vote en 1992 contre le traité de Maastricht, qui est à la base de la création de l’Union Européenne.

2012 : milite avec la manif pour tous et proche du mouvement « Sens Commun ».

2015-2016 : des propos islamophobes : il n’y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème lié à l’islam” et pro-colonialistes : [la France n’est] “pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique” tout au long de sa campagne, son admiration revendiquée pour Margaret Thatcher.

Côté programme : 600 000 fonctionnaires en moins, ce qui est irréalisable sans une révolution institutionnelle et de manifestations-fleuves pendant des mois. Réécriture de la loi Taubira concernant le mariage homosexuel. Rapprochement avec la Russie et donc avec Assad. Possibilité de semaine de travail de 48h pour certains cas, profitant de la limite imposée par l’Union Européenne. Cinq référendums constitutionnels sur cinq questions centrales (l’inscription de l’équilibre budgétaire dans la Constitution ; la réforme des collectivités territoriales en rapprochant régions et départements ; la fin des régimes spéciaux de retraites ; la mise en place de quotas d’immigration ; la réduction du nombre de parlementaires) qui seront décidés par les citoyens dans une période où les peuples d’Europe se montrent sensibles aux discours populistes et dérives les plus extrêmes.

C’est plutôt gros. Surtout en face d’un discours d’un Juppé jusque-là favori, modéré, raisonnable, prônant une « identité heureuse », alliant propositions libérales et pro-étatiques, et refusant toute démagogie.

François Fillon a toujours eu une base électorale d’électeurs convaincus par son programme. Mais jusqu’il y a une semaine et demi, celle-ci ne représentait que 18 à 22% du total. Ce qui n’est pas rien. Mais pas 44%. Doubler son score en l’espace de deux semaines implique un élan populaire exceptionnel.

Mais alors pourquoi ?

Peut-être que les français, comme ma mère – à deux doigts de voter pour lui tout en étant du centre-gauche – ne lisent pas les programmes. Alors à quoi se réfèrent-ils ? Pour quelle raison la quasi-moitié de l’électorat de dimanche (plus de 4 millions de votants) a choisi l’ancien domiciliaire de Matignon?

Sans doute grâce à une carrure d’homme tranquille, ferme avec les journalistes, courtois avec ses adversaires lors des différents débats télévisés. Son refus d’alliance avec le centre, tout en s’exprimant peu sur le sujet. Sa discrétion durant sa « traversée du désert » de 2012 à 2015 et à propos de sa vie privée, loin de toutes polémiques judiciaires. La campagne médiatique diffamatoire contre Alain Juppé au sujet de ses liens avec des associations islamistes et l’accumulation d’accusations à l’encontre de Nicolas Sarkozy. L’échec cuisant de Bruno Le Maire, bénéficiant d’un électorat très similaire. Le ton de sa voix, grave et léger.

Et sans doute ses cheveux, ressource rare pour le maire de Bordeaux.

Jeudi 24 novembre au soir, nous verrons enfin un débat télévisé qui sera, je l’espère, axé sur le fond. S’opposeront, plus que deux programmes, deux visions de la France. L’une rassembleuse, l’autre clivante.

Rappelle-toi, jeune padawan de gauche comme de droite, que dimanche prochain tu voteras probablement pour un des candidats avec le plus de chance de devenir Président. Rappelle-toi comme le sénateur Palpatine paraissait calme lorsqu’il mettait en place la situation politique galactique propice à l’exécution de l’ordre 66.

Tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas, comme ma mère.

Hugo ROCHE POGGI

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