Hollande, 5 mois après : le bilan

Par Juliette Delaveau

D’après la conférence de Pascal Perrineau, directeur du CEVIPOF (le centre de recherche de Sciences Po Paris), « 5 mois après les élections présidentielles françaises ». Le 26 septembre 2012 au Collège universitaire, Campus Moyen Orient et Méditerranée, à Menton.

Voilà maintenant 5 mois que François Hollande a été élu président de la République française, à 51,67% des suffrages exprimés. 5 mois que le compte à rebours de l’équipe présidentielle a commencé. 5 mois que les institutions françaises sont toutes à gauche (gouvernement, sénat, assemblée nationale, régions). 5 mois que les commentaires euphoriques et enthousiastes de la gauche deviennent de plus en plus timides. 5 mois que la côte de popularité du nouveau président ne cesse de chuter.

Depuis le mois de juin, le mécontentement face à François Hollande a augmenté de 11 points, passant de 44% de français insatisfaits en juillet à 56% en septembre. Il s’agit du plus haut taux d’impopularité qu’un nouveau président sous la Veme République n’ait jamais connu.

Comment expliquer ce phénomène inédit ? Comment ces 5 mois de présidence ont pu être fatals pour le nouveau président et son équipe ?

Pour bien comprendre les enjeux de cette présidence, il est important de revenir sur les élections en elle-même. Les intentions de votes pour Hollande n’ont pas arrêté de diminuer au fur et à mesure de la campagne. A l’inverse, celles pour Nicolas Sarkozy ont suivi le schéma inverse, si bien que certains ont dit que « si le second tour avait été une semaine plus tard, Hollande n’aurait probablement pas gagné ». La droitisation de la campagne de Sarkozy a certainement contribué à cette dynamique de campagne, en empêchant ainsi une augmentation des intentions de votes pour Marine Le Pen au profit du président sortant. De même, la chute des intentions de votes pour Hollande est corrélée avec la hausse de ces dernières en faveur du candidat du Front de Gauche. Mélenchon est d’ailleurs l’une des surprises de cette campagne présidentielle. Ce dernier, de par son charisme, a su convaincre les électeurs de gauche, déçus par une campagne trop à droite du candidat PS, de voter pour lui.

Certes, la gauche a finalement gagné ces élections présidentielles, mais cela avec le plus mauvais score de victoire au 2eme tour sous la Veme République. Cette victoire n’est d’ailleurs en rien comparable avec la victoire de Mitterrand en 1981 (parallèle que certains hommes politiques, de gauche, ont pu faire à l’annonce des résultats). Les 51,67% des voix qui ont permis au nouveau président d’être élu n’appartiennent nullement à des gens convaincus d’être à gauche et pro-hollande. A l’issu du premier tour, la gauche était minoritaire. La victoire a donc été possible face au report de voix et notamment ceux de François Bayrou. Sans le conseil de vote du candidat centriste, la gauche ne serait certainement pas arrivée au pouvoir et Sarkozy serait actuellement en train de faire un deuxième mandat. Tout le problème de la côte de popularité réside dans ce report : Hollande, et son bras droit, Jean-Marc Ayrault, ont oublié qu’ils n’étaient pas au pouvoir en tant que représentants du PS mais bien en tant que représentants des français, et de tous les français (lepennistes, sarkozystes, bayroutistes, mélenchonnistes…) ; et surtout qu’ils étaient au pouvoir grâce à des gens qui ne sont pas de gauche.

En outre, le manque d’expérience du président et de son équipe n’aident pas ces derniers à s’imposaient sur le plan national comme sur le plan international. Certains novices apprennent vite, d’autres moins ; Or, être à la tête d’un pays nécessite d’être ou de devenir compétent, et cela rapidement.

A l’issu de ce premier bilan présidentiel, seul Manuel Valls semble sauver la face du gouvernement. Encore tout jeune sur la scène politique, il est le ministre le plus populaire du gouvernement Hollande. En très peu de temps, il a su apprendre son métier de ministre et comprendre la clé de la popularité : il faut satisfaire tous les français et pas seulement son électorat. Ainsi, il s’est imposé très vite comme la figure de proue du gouvernement. Certes, les gens de gauche le trouveront trop à droite, mais on ne peut nier son talent politique et son ascension. Et si, certains voient déjà en lui la carrure d’un premier ministre, d’autres comparent sa montée en puissance et son parcours avec celui de Nicolas Sarkozy.

Le président Hollande aujourd’hui remis en cause par la droite l’est également par la gauche (et notamment par le Front de Gauche) et il semblerait qu’après ces quelques mois d’exercice seul un changement radical pourrait être la solution face à cette crise de confiance.

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