Il est simple de penser que notre vie est parfaite quand nos yeux se ferment sur la noirceur de celle des autres

Il est simple de penser que notre vie est parfaite quand nos yeux se ferment devant la noirceur de celle des autres. Plus simple encore est-il de refuser de se scruter en fautif, en bourreau ou en traître à nos propres valeurs. Il y aurait des raisons, des conséquences qui seraient trop barbantes à développer en mots. Pourtant, une seule situation, un seul regard -et c’est là toute la magie de l’instant- m’a permis de toucher à cette réalité.

Assis sur les marches de l’espace étudiant, les rayons léchaient ma peau qui flambait doucement au soleil. La porte derrière moi était légèrement ouverte et laissait courir un souffle de fraîcheur. Je ne savais très bien à quoi je pensais étant bien trop concentré sur ce que je mangeais. Au loin, la mer scintillait, azure bleu, horizon opalin qui s’efface. Rien n’était meilleur que de pouvoir être là. Et pendant que les pas des étudiants tapaient sur le sol des escaliers ; pendant que les échos de voix s’entrechoquaient dans la salle, je me posai une question. Elle n’était pas élaborée, elle n’était pas préparée … simplement spontanée. Pourquoi je ne leur parlerai pas ?

Des murs et des ombres. Il est énigmatique, ardu et obscur ce thème. Il nous oblige à penser le monde en termes de différences, de conséquences et puis de divisions. « Il semble nous emmener à penser que tout peut s’exprimer en termes de divisons » diront certains. Je crois qu’il ne fait que montrer celles qui fragmentent déjà notre monde : Israël et Palestine, Sahara marocain, Kim Jung Un et Cuba, Trump et Marine Le Pen. Tant d’autres choses qui nous scindent, sur lesquelles on ne s’entendra pas forcément et qui masque et assombrisse nos conceptions jetant un voile sombre sur la beauté d’un monde pacifié. Cependant, en même temps que je voyais tout cela m’être rappelé par le doux agneau Sciences Po que je suis, je me suis souvenu et fus rappelé à l’ordre par ma pensée frivole et incontrôlable. Pourquoi ne leur parlerai-je pas ?

Il n’y a pas d’obstacles. Il n’y a pas de murs, de maisons, de routes ou de barrière à sauter, franchir ou détruire.


Juste cette tour, cette forteresse de glace, de verre qui m’emprisonne dans ma conscience me chuchotant de ne pas le faire parce que personne ne l’a encore fait depuis…mais depuis quoi au juste ? Depuis le dernier malentendu. Depuis l’erreur d’un homme simple, probablement peu éveillé et avec autant de charisme politique qu’une armoire à glace ? N’est-il pas surprenant parfois pour vous d’arriver, après un effort de vingt minutes, une heure, vingt heures, de semaines ou de mois, devant la porte de votre cousin, oncle, directeur ou amoureux et de ne pas en franchir le seuil alors qu’elle est ouverte. Ce que l’on redoute le plus ce n’est pas le franchissement c’est la personne qui se cache derrière. En d’autres termes, ce qui nous pétrifie ce n’est pas d’ouvrir la porte ou de poser le pied mais de parler à l’autre parce qu’on croit l’affronter. On raisonne en termes de confrontation dans beaucoup de situations. On se dit je vais affronter son regard, je ne vais pas me laisser faire, je vais aller lui parler et lui faire face … On a tendance à ne pas considérer que ce n’est pas un affrontement mais une conversation, que ce n’est pas un duel de regard mais un échange de sentiments même s’il peut être rude, que ce n’est pas un combat contre mais une aspiration, une défense pour.

Pourquoi ne pas leur parler ?


Parce qu’ils ne sont pas moi, qu’ils ne sont pas comme ceux qui m’entourent. Il n’y a pas plus idiot à mon sens que de rester cloîtrer sur nos positions en croyant que nous acceptant celles des autres. C’est cela qui est le plus dur, s’en rendre compte que ce n’est pas tant le mur qui se construit et nous obscurcit la vue mais que nous construisons notre propre forteresse où le noir nous enferme même si la porte, elle, demeure ouverte et le pont levis baissé.

Pourquoi donc ne pas leur adresser la parole à ses SDF, ses caissières, ses enfants qui pleurent, ses personnes qui ne se sentent pas bien. Pourquoi ne pas leur sourire ? Pourquoi ne pas essayer de les connaître et ne pas laisser le passé agir sur notre présent ? Pourquoi ne pas leur jeter un sourire et leur dire comment ça va ? Sortons de notre bulle, celle où nous nous enfermons de nos propres mains, avec nos propres moyens et dont nous nions l’existence. Il y a un temps pour nous détester et il ne doit jamais durer. Il y a un temps pour nous réconcilier, et il doit ne jamais mourir. Nous nous réclamons de Sciences Po qui s’ouvre sur le monde…ouvrons-nous simplement à ceux qui sont tout près de nous et comme on aime à le dire « littéralement » collés à nous.

Pourquoi ne pas leur parler ? A ses étudiants

Philosophichamza

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