« In God we trust » : des dollars pour la campagne.

par Clément Emine

Un record. Malheureusement, pas un bon. En effet, à défaut d’avoir suscité une mobilisation populaire massive (une participation en baisse, entre 50 et 55%), les élections américaines ont atteint des sommets en termes de mobilisation financière. Le scrutin de 2012 (présidentiel et législatif) est celui qui a levé le plus de mannes financières de toute l’histoire des Etats-Unis (et constitue probablement la plus chère campagne électorale jamais organisée).

Six milliards de dollars. Les campagnes électorales américaines de 2012 ont amassé six milliards, soit une hausse de 13% par rapport à 2008 (pour une élection qui a bien moins mobilisé que la précédente). En période de crise, les supporters américains ont donné au moins 900 millions à la seule campagne de Barack Obama et plus d’un milliard de dollars à celle de Mitt Romney. Dans le camp Romney, un milliard pour 48% des voix, c’est navrant. En temps de ralentissement économique, avec une croissance en berne et un emploi qui ne décolle pas ou peu, les entreprises ont ouvert leurs carnets de chèques aux candidats pour contribuer à cette généreuse donation.

Ces montants ahurissants ne valent pas uniquement pour la course à la Maison Blanche. Un siège au Sénat mobilise également des fonds conséquents. La campagne de la candidate démocrate Elizabeth Warren pour un siège de Sénateur du Massachusetts a levé 68 millions de dollars. A titre de comparaison, la campagne de François Hollande a coûté 21 millions d’euros pour des enjeux (pardonnez l’esprit franco-français) qui apparaissent sensiblement supérieurs.

Mais l’aspect le plus préoccupant de cette mercantilisation à outrance du scrutin reste l’implication des entreprises dans l’élection. En théorie, les dons par les entreprises et les particuliers sont limités et réglementés aux Etats-Unis. Dans les faits, la Cour Suprême a donné le moyen de financer massivement son candidat via son arrêté Citizens United v. Federal Election Comisssion de 2010. Les entreprises et particuliers peuvent favoriser leurs candidats en versant des fonds à des comités supportant ou s’opposant à telle ligne politique (et ce, en parfaite légalité) : Les Super PACs, ou comment concrétiser le lobbying dans le scrutin présidentiel et législatif. A ce jeu-là, le Parti Républicain est largement dominant en s’attirant la bienveillance de nombreuses entreprises, particulièrement dans la finance (Goldman Sachs aurait nettement favorisé le candidat républicain). Toutefois Barack Obama ne reste pas à la traîne avec le Priorities USA Action qui a consacré 68 millions de dollars à contrer Mitt Romney. Cependant, les Super PACs ne dégagent pas leurs ressources seulement aux Etats-Unis. Les firmes étrangères s’intéressent de près aux élections américaines, les françaises se révèlent même être les quatrièmes plus grosses donatrices. Areva a ainsi ses candidats favoris parmi les défenseurs du nucléaire aux Etats-Unis et Sanofi, EADS ou encore GDF-Suez ont clairement penché pour le Parti Républicain.

On peut alors s’interroger sur la pertinence de la (non-) réglementation américaine en matière de financement électoral, notamment l’atteinte à la démocratie qu’elle peut engendrer, les candidats les mieux dotés financièrement étant les seuls à pouvoir réellement émerger. Tentons de comparer outre-atlantique, en France (par exemple), où la réglementation est plus stricte. Les comptes de campagne sont examinés par une Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. La publicité électorale est strictement encadrée (à la télévision notamment) par rapport aux Etats-Unis. Les dons des particuliers sont également plafonnés et les entreprises n’ont pas le droit de financer (du moins directement) les campagnes. L’Etat joue un grand rôle dans le financement, accordant des subventions selon les résultats électoraux, avec une prime pour les candidats au second tour (ainsi en 2002, JM Le Pen a obtenu une ligne de remboursement de 9,8 millions d’euros, couvrant ainsi les trois-quarts de son budget de campagne). Enfin, les dépenses de campagne sont plafonnées par l’Etat (autour de 21 millions d’euros pour la campagne présidentielle à deux tours).

Pour autant, notre système est-il exempté de failles ? La réglementation n’a t-elle pas ses limites ? Le lourd endettement des partis politiques (l’UMP serait endettée à hauteurs de 50 à 70 millions d’euros), les suspicions de financements illicites et les « Affaires » (financement illégal du RPR, soupçons sur l’affaire Karachi et la campagne de Balladur en 1995, …) montrent que les failles ne se trouvent pas seulement aux Etats-Unis.

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