Exclusif: Interview avec Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes

Eric Ciotti, Photo de François Bouchon/Le Figaro

C’est un mercredi soir de novembre lorsqu’à Nice, dans l’auditorium de l’Hotel Plaza, Eric Ciotti termine un discours devant sept cents personnes applaudissant à tout rompre. Il a parlé sans notes et pendant plus d’une heure, suscitant passion et acclamations du public. Ce député de la première circonscription des Alpes-Maritimes, qui exerce également le rôle de secrétaire général adjoint des Républicains, accueille ce soir-là cinquante maires de région, plusieurs députés et sénateurs, et de fervents militants en soutien à Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des Républicains (LR) le 10 décembre prochain. Malgré la moyenne d’age élevée, l’ambiance est électrique. Ils sont une centaine à se regrouper autour de Monsieur Ciotti à la fin de la prestation, ne fut-ce que pour échanger un mot cordial et une poignée de main.

Monsieur Ciotti, ancien élève de Sciences Po de la promo 1988 (filière Pol.Eco.Soc.) nous a accordé quelques moments pour nous parler de son parcours et de l’actualité. Cet élu niçois a commencé sa carrière en politique directement à sa sortie de la Rue St. Guillaume, en tant qu’attaché parlementaire de Christian Estrosi, et puis, en tant que membre du cabinet de Jean-Claude Gaudin au niveau régional. Il exerça pendant dix ans de diverses fonctions locales, nationales, et partisanes, avant de devenir à son tour député en 2007 — fonction qu’il exerce depuis. Aujourd’hui, il mène activement le débat sur la sécurité aux frontières, et porte également un projet de loi visant à introduire le mot “laïcité” dans la devise républicaine et une référence aux “racines chrétiennes” dans la Constitution. Eric Ciotti est même pressenti au troisième poste de questeur à l’Assemblée après la démission prévue du député LREM Thierry Solère, jadis questeur du groupe LR.

Eric Ciotti devant les militants mercredi soir

Quels souvenirs gardez-vous de Sciences Po ?
Je garde de très bons souvenirs de mes études à Sciences Po et je suis très fier, encore aujourd’hui, d’avoir fréquenté les bancs de cette école. J’y ai beaucoup appris car c’est une formidable école de la République.

Qui sont vos modèles en politique ? A quel âge vous êtes-vous engagé ?
Je me suis engagé très tôt, à l’adolescence, avec une admiration sans limite pour le Général de Gaulle. Il a redressé notre pays, rendu sa fierté à son peuple et défendu coûte que coûte sa souveraineté. C’est un phare qui nous guide encore aujourd’hui. C’est ensuite la personnalité de Jacques Chirac qui m’a fait adhérer au RPR. J’ai enfin un immense respect, une grande reconnaissance et je voue une amitié fidèle à Nicolas Sarkozy qui a été un président audacieux et m’a permis d’être élu député des Alpes-Maritimes en 2007.

Je souhaite naturellement que les centristes restent dans notre famille politique ! J’ai toujours été pour le rassemblement de la droite et du centre, mais sur des bases solides et avec des idées claires.

Vous n’avez pas voté le budget de 2018 à l’Assemblée nationale. Pourquoi ?
Je ne l’ai pas voté car c’est un budget qui augmente le déficit public de 7 milliards d’euros et ne s’attaque pas à la dépense publique. C’est aussi un budget qui va augmenter la dette et donc la fiscalité des Français.

Les centristes pourront-ils rester chez Les Républicains ou devront-ils se “macroniser” ?
Je souhaite naturellement que les centristes restent dans notre famille politique ! J’ai toujours été pour le rassemblement de la droite et du centre, mais sur des bases solides et avec des idées claires : c’est la condition de la victoire de la droite. Nous devons rester nous-mêmes, assumer d’être de droite et défendre nos valeurs. Nous sommes pour l’autorité, pour le travail, le mérite, l’effort, la solidarité, et surtout nous aimons la France. Ces valeurs doivent nous réunir.

Pourquoi soutenez-vous Laurent Wauquiez pour l’élection du groupe Les Républicains ?
Je soutiens Laurent Wauquiez parce qu’il incarne l’espoir de la reconquête pour notre famille politique, qui a traversé de nombreuses épreuves ces derniers mois. Ce qui nous a coûté cher, ce sont les divisions et les trahisons. Mais maintenant, elles sont derrière nous. Il faut rassembler. C’est un défi que j’aborde avec enthousiasme et optimisme. Pour reconstruire la droite, nous devons assumer ce que nous sommes. Laurent Wauquiez est fidèle aux valeurs d’autorité, de travail, de responsabilité. Il a gagné aux régionales en 2015 avec un cap clair sans jamais renier ses convictions. Il a les épaules pour relever ce défi qui nous attend dans les prochaines années.

La sortie de l’état d’urgence était une erreur, et la loi anti-terroriste va affaiblir nos outils de protection.

Y-a-t-il une réforme qui vous paraît plus urgente que d’autres et qu’Emmanuel Macron devrait mener sans plus tarder ?
Oui, et c’est la lutte contre le terrorisme islamiste pour la protection des Français. La sortie de l’état d’urgence était une erreur, et la loi anti-terroriste contre laquelle je me suis opposé à l’Assemblée nationale avec le groupe LR — dont notamment Guillaume Larrivé et Olivier Marleix — va affaiblir nos outils de protection. Je pense au contraire que nos forces de sécurité intérieure doivent enfin avoir les moyens de travailler sereinement, alors qu’ils risquent leur vie pour protéger la nôtre. L’année 2017 a vu une augmentation considérable du nombre de suicides chez nos policiers et gendarmes.

Pensez-vous que les Gouvernements successifs ont pris mesure de la situation?
Non. Je le répète: ce n’est pas l’arme des policiers qui est dangereuse mais bien l’environnement difficile dans lequel ils travaillent qui est en cause. Il faut d’urgence leur donner les moyens de travailler plus sereinement. Depuis 50 ans, l’effort budgétaire pour la sécurité n’a cessé de reculer et représente à peine 0,86% du PIB. A force de laisser se paupériser les forces de l’ordre on affaiblit l’État et ceux qui le servent. J’appelle à une véritable révolution des moyens pour atteindre 1% du PIB.

Pour beaucoup, vous êtes le “Monsieur Sécurité” de la droite aujourd’hui. Quelles solutions voyez-vous pour la crise migratoire dont Menton témoigne?
L’arrivée massive de migrants à la frontière franco-italienne est un problème récurrent qui doit être pris en compte de façon urgente par le Gouvernement. La France a une tradition d’accueil pour ceux qui fuient la guerre. Mais aujourd’hui, selon la Cour des Comptes, 90% des déboutés du droit d’asile ne sont pas éloignés. On ne réglera pas ce problème si on n’éloigne pas de notre territoire ceux qui n’ont ni droit ni titre pour y résider.

NDLR: Les opinions exprimées dans cet article ne représentent pas nécessairement celles de la rédaction et du journal Le Zadig. Les réponses aux questions nous ont été communiquées par email par l’équipe de Monsieur Ciotti.
Propos recueillis par Elias Forneris et Walid Bourahtouf

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