Opinion: Je défends le féminisme extrémiste

Par Lucie Chataigner.

Parfois on ne peut défendre un sujet choquant qu’en devenant choquant soi-même, recouverte de peinture, des couronnes de fleurs dans les cheveux, le regard pénétrant et dur, le poing levé. J’oubliais quelque chose ? Oui, c’est vrai, un détail. Le buste nu, la poitrine apparente qui fait scandale. Les médias, les arts, les publicités instrumentalisent depuis des générations le corps de la femme et l’on est offusqué lorsque ce sont elles qui décident de faire de leurs corps l’instrument de leurs revendications ? Cherchez l’erreur. Les FEMEN utilisent un mode d’expression non conventionnel, illégal en France d’ailleurs. Pourtant je les respecte pour leur courage car, dans une société qui donne une image stéréotypée de la femme, renverser la logique n’est pas des plus simples, mais des plus brillantes. Elles sont qualifiées d’exhibitionnistes, mais un homme torse nu susciterait-il les mêmes débats ?

Parfois on ne peut défendre un sujet choquant qu’en devenant choquant soi-même

Oui, je défends le féminisme que certains qualifient « d’extrémiste ». Un mot qui fait peur ces dernières années. Il faut être mesuré, débattre, sans risque et sans heurts. Le cri du cœur doit être étouffé sous une façade, un sourire qui permettrait d’être écouté. Et pourtant, n’est-ce-pas ces mêmes cris du cœur qui permettent ces derniers jours de dénoncer le harcèlement sexuel ? Mouvement qui permet de libérer la parole de ces femmes (et ces hommes) victimes mais également de libérer la parole des personnes victimes d’autres abus, comme les violences physiques au sein de la famille. L’audace permet donc de dénoncer les injustices. Est-ce pour leur audace que les militantes FEMEN sont désavouées ? Entre autres.

Est-ce pour leur audace que les militantes FEMEN sont désavouées ?

C’est une erreur de vouloir réduire le féminisme à certaines de ces formes les plus modérées. L’expression des revendications est personnelle, les idées tranchées ont tout autant besoin d’être exprimées pour faire changer les choses. En France, le combat féministe n’est pas fini, de nombreux stéréotypes et clichés subsistent, ainsi que de nombreuses inégalités. Le chemin est long avant de parvenir à une société plus égalitaire, ce qui ne pourra se faire que si les femmes se réapproprient leurs corps, corps que l’on a trop longtemps utilisé contre elles. Les femmes doivent avoir la possibilité de s’exprimer sans risquer les répressions de la société ou celles des forces de l’ordre.

Les opinions exprimées dans cet article ne représentent pas forcément l’opinion des éditeurs et membres du journal Le Zadig.

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