Je ne sais comment résumer cette année

Photo: Creative Commons, @Eivind Mikkelsen

Par Philosophichamza.

Je ne sais comment résumer cette année, c’est si dur se dire que c’est déjà fini. La porte de José va se fermer jusqu’à l’année prochaine, je ne trouverai plus de cartes étudiantes ou de portes-monnaie perdus et l’imprimante va enfin cesser de mugir à chaque fois qu’elle rate une impression.

Il y a dix mois je passai la douane à l’aéroport, et le douanier me fit cette réflexion: « Essaie de ne pas trop grossir là-bas ». Je suis le seul qui reçois des commentaires aussi directs. J’étais dans le hall de l’aéroport d’Agadir et je me retrouvai, 35 minutes plus tard, à Casablanca, propulsé par un réacteur et glissant sur le tapis blafard des nuages qui couvraient une partie de mon pays. J’avais le cœur serré. J’étais seul. Ma besace était pleine, mes peines immenses, et j’étais seul. J’avais envie à chaque instant de m’échapper, de me perdre ou de m’être trompé de vol pour ne pas avoir à y penser. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’escorter et ce n’aurait pas été logique qu’ils m’accompagnent, car je n’allais pas vivre dans un appartement mais dans une chambre à deux. Je la partageais avec un inconnu espagnol dont je ne connaissais que les photos Instagram, mais qui s’avérera être un excellent colocataire. Je me souviens d’avoir scruté les paysages au-delà du hublot, un sourire inquiet pendant aux lèvres. J’étais accompagné de deux autres étudiants, dont une que je connaissais du fait de nos longs échanges et que j’apprécie encore aujourd’hui.

« Allez, viens, on prend une glace ! » Je ne pensais pas que la voix de Ouafaa allait me sortir de pensées aussi profondes… Une meilleure amie…

En arrivant à l’aéroport, il fallait que je dépose avec mes bagages toute la haine que je ressentais pour le monde et pour mon existence. J’arrivai les mains ballantes, la tête courbée et le dos croulant sous tous les assauts subis. Mais dorénavant, je n’ai rien sur mes épaules à porter si ce n’est des problèmes financiers. Mon cœur a été recousu, pièce par pièce, par le plus beau des tailleurs et mes peurs se sont diluées. La vie m’a offert un supplément d’âme qui jadis avait était perdue dans le noir éclatant. J’ai trouvé en moi un don d’humanité, d’amour et d’amitié. Ma garde tombait petit à petit et je me laissais porter, en espérant ne pas avoir une lame me lacérant le dos comme cela avait été le cas.

– « Yallah ! »
-« Wa safi Ouafaa (‘c’est bon’). Je vais bouger, laisse-moi juste le temps d’apprécier d’être ici, d’être ton ami et de pouvoir m’évader. »

Je n’oublierai pas la MDL, les formidables personnes que j’ai rencontrées et qui m’ont donné leur main, qui m’ont porté vers le pic de la montagne en me cachant du vertige.

Plus d’injures, de peurs, de lettres de menace, de cris, de couteaux… rien. Tout est parti dans les profondeurs de l’eau luisante de la Méditerranée. Je retiendrai cependant certaines choses essentielles. Les allées et venues dans la rue Longue — qui empeste du fait que personne ne sait tenir son chien en laisse—, les « comment vas-tu ? » du gardien au portail, les blagues de mes colocataires, les disputes pour savoir qui rangera la cuisine, et les e-mails reçus à la dernière minute concernant des changements de salle ou des professeurs absents. C’est l’essence de la joie. Je n’oublierai pas la MDL, les formidables personnes que j’ai rencontrées et qui m’ont donné leur main, qui m’ont porté vers le pic de la montagne en me cachant du vertige. Je me souviendrai des chants dans la nuit de Menton, des rires en cours, des conférences sans fin et des sourires chaque jour. Je retiendrai la beauté de la chevelure des femmes, des regards amusés des hommes durant la Semaine des Arts regardant celle ou celui qu’ils aiment. Je penserai aux discours enflammés, aux conférences où mes pieds souffraient pendant que je prenais des photos debout. Sur le mur de ma mémoire, tout cela sera gravé.

– « Wa Hamza ! »
– « Hana Jay. Je viens. I’m coming. » Toutes ces langues qui me viennent à l’esprit. Ce n’est pas du ‘bullshit’ que de scander le multiculturalisme; j’ai appris ce qu’un millier de voyages ne m’aurait jamais donné le temps d’apprendre :

Que l’on peut vivre ensemble.
Qu’on a tous un droit à être.
Qu’aujourd’hui je peux exister.
Que je peux être, moi… enfin.

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