La déprime grecque

par Juliette Delaveau

Alors que la campagne présidentielle française fait les gros titres des journaux nationaux, certains articles, perdus dans la masse des “sujets autres”, sont encore consacrés à la Grèce. Hormis lorsqu’un nouveau plan d’austérité est discuté ou ratifié par le gouvernement grec et l’Europe, la crise hellénique perd de son attractivité, de son exclusivité et ainsi son audience, devenant la bête noire de l’Europe, le problème insolvable. Désormais, il semblerait que seules les décisions économiques sont mises en avant, oubliant ainsi le peuple grec qui continue encore de manifester dans les rues d’Athènes, souffrant plus que jamais de l’austérité économique.

L’hebdomadaire Courrier International a récemment titré un article consacré à la situation  des grecs « Le spectre de la guerre civile » (extrait de The Guardian). Outre la misère dans laquelle les athéniens sont réduits, la crise grecque a désorienté les athéniens, détruit les certitudes avec lesquelles le peuple vivait.

Comment faire face à la crise ? Comment continuer à vivre alors que les grecs n’ont plus rien ? Le centre d’aide Ekpizo tente de répondre à ces questions et permettre aux athéniens de faire face à la dépression. Cette thérapie de groupe prend des allures de séances des alcooliques anonymes. Mais ici,  ce ne sont pas la dépendance, l’addiction qui sont combattus. La lutte se fait pour aider les athéniens,  leur permettre de supporter leur quotidien et de continuer à vivre, en essayant de surmonter le fardeau des jours qui passent.  L’atmosphère pèse dans la salle où personne n’ose regarder son voisin, préférant ainsi se murer dans le silence. Voilà plus d’un an et demi que ce centre de conseil s’occupe de ceux qui n’arrivent plus à s’en sortir. Patron d’entreprise, père de famille, étudiants… Tous croulent sous les dettes, incapables de remonter la pente.

Depuis sa création, les mêmes discours désespérés reviennent inlassablement. Konstantinos Venerdos, un père de famille, parti en retraite anticipé pour des raisons de santé, raconte son expérience. « Je n’ai que 5euros en poche pour finir le mois, et la panique me gagne. Je pense de plus en plus au suicide pour mettre fin à tout cela. Mais je pense aussi à mon fils ». Il n’est pas le seul à parler de suicide, certains même sont déjà passés à l’acte, impuissants face à la misère qui s’installe. A mesure que la crise avance, que la Grèce s’enlise dans des plans d’austérité de plus en plus draconiens, le désespoir s’abat sur l’ensemble de la population.

Mais au delà de cette détresse, l’impression d’être dépossédé de toute identité, d’avoir perdu sa souveraineté au profit de l’Allemagne, notamment, gagne les habitants. Oui, l’Allemagne fait face à de nombreuses critiques de la part du peuple grec. Que ce soit à gauche ou à droite, on parle d’une nouvelle occupation allemande. La crise aurait réveillé la germanophobie que les grecs gardaient en eux, enfouie profondément. Le peuple grec accuse son parlement de les avoir vendu aux Allemands. Ce sentiment haineux prend de violentes formes dans les manifestations. Il n’est ni rare, ni étonnant de croiser des athéniens grimés en Hitler ou en Angela Merkel, ou encore, de voir le drapeau allemand partir en fumée.

Certes l’enjeu de la crise est de type identitaire mais il semblerait que ce soit moins une crise de l’identité grecque que celle de l’Europe. Quelle Europe allons-nous devoir choisir ? Les institutions de l’Europe ont montré leurs limites avec la crise et un changement radical semble s’imposer. La crise économique s’est accompagnée d’une crise de moral. On ne croit plus en la symbolique européenne, celle de réunir l’Ouest et l’Est, l’Allemagne et la France… Les européens ne savent plus où regarder, où partir. Certains, de plus en plus nombreux, cherchent un Eden ailleurs, loin de cette Europe meurtrie – le Brésil devient un terre d’accueil pour européens perdus. Pour que l’Union Européenne retrouve sa force et sa santé, ce n’est pas seulement son fonctionnement qui doit être repensée mais également son récit mobilisateur.

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