La Haine de mon pays, et de mes semblables si différents

Marrakech, by Lionel Leo (CC Public)

Par Réda Fadil

Au cours de mes années d’enfance passées dans mon pays, années parmi les plus importantes de ma vie, j’ai cru développer une forme de haine, notamment durant ma période lycéenne, à l’égard de ma terre-mère et des habitants qui la constituent socialement. La haine, c’est le mot que j’avais choisi pour décrire mon sentiment vis-à-vis de cet agrégat territorial, des lois qui le régissent, et de la masse populaire qui s’y trouve. Après mon départ pour commencer mes études et le recul qu’un tel éloignement implique, j’ai pris conscience que ce mot était mal choisi.

Il est vrai, je me suis rendu compte, que j’éprouvais une certaine frustration à vivre dans un pays où je me sentais moralement exclu et dans lequel j’étais opposé à un nombre incalculable de principes juridiques et sociétaux. Mais tout cela ne représentait en rien une haine. Si j’étais amené à redéfinir ce mot aujourd’hui, j’opterais pour le choix du mal-être. Le mal-être de se sentir incompris, d’assister au quotidien à des ‘scènes’ qui pour moi sont aberrantes. Le mal-être de vivre dans une société fondamentalement inégale et juridiquement intolérante. Une tristesse face à une forme de dystopie nationale que l’ailleurs occidental ternissait par sa resplendissance.

“Quand on voit la vie des autres, quoi…”
J’aime mon pays et ses habitants qui sont dotés d’un certain humour, d’une réelle joie de vivre, de fierté, et de dignité — pour ne citer que quelques qualités touchantes et uniques. Oui, j’ai voulu quitter mon pays et je l’ai fait, mais pas par haine. Voir de nouveaux horizons m’a permis de comprendre cela, mais pas seulement. J’ai suivi cette volonté de partir qui m’animait, qui m’a permis de prendre sur moi au Maroc et travailler vers cet exil en Occident assuré, études l’obligeant. Pour moi, partir s’explique par cette incompatibilité de vivre dans un pays que j’aime tant mais qui m’indigne, où je n’aurais jamais pu ni su être épanoui si rien ne changeait. Et surtout, mon impuissance à changer les choses est grande cause de mon indignation.

Cette petite prise de conscience, cette volonté d’apaiser la relation tumultueuse entre le Maroc, les Marocains, et moi même m’a permis dans une certaine mesure de sincèrement comprendre davantage ce peuple. N’est-ce pas là, d’ailleurs, la première étape avant tout changement, se connaître et connaître ce que l’on souhaite changer ?

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