La révolution sera féministe

Marche #NousToutes du 23 novemebre 2019 à Paris @Edouard Caupeil (Libération)

Elza Goffaux.

Le 23 novembre 2019, des manifestations contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes ont eu lieu dans de nombreuses villes de France. Près de 49 000 personnes s’étaient rassemblées à Paris. Organisées par le collectif #NousToutes, ces marches ont rendu compte de l’ampleur de la mobilisation contre les violence sexistes et sexuelles, et plus particulièrement contre les féminicides. Diana Russel et Jill Radford définissent le féminicide comme « le meurtre de femmes commis par des hommes parce qu’elles sont des femmes ». Au cours de l’année 2019, 150 femmes sont mortes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint reporte le collectif #NousToutes. Sur les 13 premiers jours de l’année 2020, 5 féminicides étaient déjà comptabilisés. Ces phénomènes, passés sous silence, sont récurrents. Leur caractère structurel s’explique par une domination masculine violente et par un système juridique défaillant qui invisibilise les victimes et qui laisse de nombreux agresseurs impunis. En effet, après plainte au commissariat, très peu de victimes voient leur cas aboutir en justice, par manque de preuves ou car leur parole est remise en question. De même, les pères violents gardent souvent l’emprise sur la famille ou les enfants. Ainsi, en novembre dernier, le Conseil d’Europe épingle la France pour ses faiblesses dans le combat contre les violences sexistes et sexuelles et souligne que les politiques « peinent à reconnaître la spécificité des violences faites aux femmes et tendent à les assimiler à d’autres problématiques sociales ».

Face à la récurrence des féminicides et à l’inaction gouvernementale, la mobilisation contre ces violences se structure autour d’associations ou de collectifs sur internet tels que #NousToutes, L’importante, Simone Media ou Les Glorieuses par exemple. Un des buts est de faire pression sur le gouvernement pour que des mesures effectives soient mises en place. Un Grenelle contre les violences faites aux femmes s’est clos le 25 novembre 2019 après 3 mois de discussions. Le gouvernement a annoncé des mesures telles que la mise en place d’une grille d’évaluation des dangers pour les gendarmes et les policiers, le retrait de l’autorité parentale d’un père agresseur, ainsi que le fonctionnement du numéro d’urgence 3919 tous les jours et à toute heure. De plus, 1000 places d’hébergement vont être mise en place pour les victimes et la mention d’ « emprise conjugale » sera ajoutée dans le code pénale. Ainsi, par ces mesures, le dysfonctionnement des institutions telles que la justice et la police est formellement reconnu.

En revanche, ce n’est toujours pas assez pour adresser l’ampleur des violences faites aux femmes. Suite au Grenelle, le gouvernement n’a pas répondu à la demande d’un plus grand budget pour combattre ces violences. Selon le Haut Comité pour l’Egalité et des associations 1 milliard d’euros sont nécessaire pour aider les associations qui accompagnent les victimes et les familles des victimes. De plus, un meilleur accompagnement psychologique doit être mis en place, avec la construction de plus d’hébergements spécialisés. Au niveau de nos institutions, nos lois doivent juridiquement reconnaître la spécificité du féminicide et le dépôt de plainte doit être rendu plus accessible pour les victimes. Enfin, puisque le problème prend sa source dans la structure de notre société, un changement radical des normes et des habitudes doit avoir lieu. C’est d’abord l’éducation des jeunes enfants qui doit changer afin d’abolir cette culture du viol et des violences faites aux femmes. A plus grande échelle, le changement des moeurs doit renverser ce système de domination masculine et rendre la notion de féminicide inimaginable. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que, comme le clame un slogan de la marche du 23 novembre, « La Révolution sera Féministe ».

Cet article fait partie de l’édition spéciale en partenariat avec l’association Agora

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