L’argent fait-il le bonheur ?

Par Foulques Lenoan

Même sans être un passionné du sujet, vous en avez certainement entendu parler cet été, le club de football parisien, le Paris Saint Germain (PSG) recrute ! Et pas n’importe qui ! Est arrivé du Milan AC après, versement d’une indemnité de 20 millions d’euros, le suédois Zlatan Ibrahimovic qui recevra 14 millions d’euros de salaire annuel. Toujours du Milan AC, le brésilien Thiago Silva est arrivé dans la capitale pour un transfert s’élevant à plus de 40 millions d’euros. L’argentin Ezequiel Lavezzi en provenance de Naples a, quant à lui, couté au PSG 30 millions d’euros. Et tous ces achats ne sont qu’une confirmation d’un phénomène déjà initié l’an passé avec le recrutement en grande pompe durant l’été 2011 de Janvier Pastore pour 42 millions d’euros (il s’agit à ce jour du plus cher joueur de l’histoire du championnat de France). Tout cela sans oublier l’arrivée, début janvier, du renommé entraineur Carlo Ancelotti qui, avec un salaire annuel de 7 millions d’euros, se trouve être le 5ème entraineur en exercice au monde le mieux payé.

Tous ces chiffres ont de quoi faire tourner la tête, et encore plus en cette période de crise. Le propriétaire du PSG, le cheikh qatari Tamim bin Hamad al-Thani, directeur du Qatar Investment Authority, permet à l’équipe de bénéficier d’un budget, pour la saison 2012-2013, de 300 millions d’euros. Ce dernier est 250% plus élevé qu’avant l’achat du club. Cette acquisition s’inscrit dans une logique qatarie d’investissements à l’étranger afin de diversifier l’économie de ce petit pays pétrolier en prévision de l’inéluctable chute de leurs réserves naturelles. Des fonds qataris ont ainsi acheté des parts d’EADS, Volkswagen,…et il est même prévu qu’ils investissent dans la réhabilitation de certaines banlieues françaises.

Mais revenons au Paris Saint Germain. La question est maintenant de dresser un premier bilan sportif, mais aussi économique de ces achats, après presque deux mois de championnat.

Sur une dynamique positive avec une bonne deuxième place, malgré la déception de ne pas occuper la première, à la fin de la saison dernière, et la recrue phare Pastore plutôt satisfaisante, l’équipe a de grandes ambitions cette année. Le minimum pour ses dirigeants serait de remporter le championnat et de faire bonne figure sur la scène européenne, le tout en rentabilisant ses couteuses recrues.
Le premier objectif semble bien parti pour être gagné, même si la saison ne fait que commencer. En effet, après 9 journées le PSG arrive en tête de la Ligue 1 et semble n’avoir qu’un seul concurrent sérieux : Marseille qui, après un début de saison fantastique semble accuser le coup. Cependant, avec tout l’argent investit dans ce projet, on pouvait s’attendre à ce que le PSG survole les autres équipes françaises dont le deuxième budget ( Olympique Lyonnais avec 145 millions d’euros) est presque trois fois inférieur au sien… Or il n’en est rien ! Le club de la capitale, certes, gagne ou du moins ne perd pas, mais parfois avec de grandes difficultés. Cela s’est traduit le week-end dernier par exemple avec une courte victoire sur Reims (1-0), pourtant promu cette année seulement en Ligue 1. De plus, le PSG a montré qu’il n’était pas encore totalement au niveau des autres grandes équipes européennes. Pour preuve, la défaite face à l’équipe portugaise de Porto, pourtant pas réputée comme étant l’opposition la plus dure, au terme d’un match durant lequel les parisiens ont presque tout le temps subit.

En ce qui concerne la rentabilité des nouveaux joueurs achetés à prix d’or, elle est contrastée. Ibrahimovic est un succès total. Meilleur buteur de la Ligue 1, il est déjà indispensable à l’équipe. Thiago Silva est également très satisfaisant dans son travail de défenseur. D’un autre côté, Lavezzi n’a pas du tout confirmé qu’il valait le montant de son transfert. Aucun but, une expulsion, blessures, le joueur peine à trouver ses marques. Pastore, quant à lui, alors qu’il entame sa deuxième saison au sein du club de la capitale, enchaîne les performances décevantes et désenchante par son inconstance. En huit matchs cette année, il n’a inscrit pour le moment que 2 petits buts, commençant ainsi à tomber sous les coups de la critique.

Si les performances sportives et certains joueurs peuvent frustrer les investisseurs qataris, le bilan économique occasionné par le recrutement exceptionnel de cet été est quant à lui plus que satisfaisant. Il faut en effet se rappeler que les qataris investissent pour gagner de l’argent avant tout, l’amour du sport et du beau jeu vient après… Les rentrées d’argent par l’achat des places au stade, tout d’abord : la moyenne de spectateurs est passée de 29 317 en 2010-2011 à 42 510 cette saison. Les ventes de maillots également explosent. Près de 300 seraient vendus chaque jour, ce qui rapporterait au club plus de 10 000 euros quotidiennement, 5 fois plus que l’an passé. De plus, de nouveaux revenus devraient également provenir des droits TV (l’an passé ils atteignaient plus de 43 millions d’euros, somme qui augmentera normalement cette année). Les propriétaires qataris estiment qu’en continuant sur cette logique, ils commenceront à faire des bénéfices dans 5 ans pour ne plus s’arrêter.

Le Paris Saint Germain semble ainsi bien parti pour se placer durablement en chef de file des équipes françaises. L’argent semble donc dans ce cas-là faire le bonheur de l’équipe parisienne. Néanmoins, sur le plan sportif, l’aspect, au fond le plus intéressant, l’équipe parisienne montre de réelles difficultés. L’engagement de telles sommes est-il donc justifié ? Il le sera sûrement sur le long terme. Cependant, tout cet argent risque de ne pas faire le bonheur du reste des clubs français qui vont probablement avoir à subir cette domination parisienne dans les prochaines années. Le championnat perdra vraisemblablement de son intérêt : la question ne sera plus qui le remportera mais qui sera 2ème ou 3ème, comme c’est déjà le cas en Espagne. Les millions qataris rendent donc heureux, mais ont un effet néfaste sur la concurrence qui aura du mal à suivre la cadence… A moins qu’un autre investisseur richissime n’arrive … Qui sait ? Tout est possible : le PSG, ancien club «moyen » est maintenant leader en France. En attendant, on prévoit déjà l’agrandissement du stade, et des rumeurs évoquent même Christiano Ronaldo…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *