Le Choix

par Raphaël Beauregard-Lacroix

S’il y a bien quelque chose de diffi-cile à faire pour l’étudiant moyen à Sciences Po, c’est choisir : la 3A, le Master, la carrière. On y met du temps et de l’énergie, à choisir. On appelle la famille, on parle aux amis, aux connaissances, on éplu-che toutes les publications inimagi-nables sur les différentes options, tout cela en vue de se faire une idée.
Le processus d’acquisition d’infor-mation semble toujours vital : si on le fait mal, si on ne s’y applique pas, on risque de passer à côté d’un détail essentiel, un détail qui pour-rait tout faire basculer. C’est drôle, pourtant, on ne le trouve presque jamais, ce détail. À la fin, on se retrouve devant un choix tout aussi irréalisable qu’au début. Plus confus que jamais, on met tout de même en branle le processus co-gnitif qui aboutira au choix final. Notre cerveau triera pour nous tou-te cette masse d’information et fi-nalement, le choix s’imposera : à l’Égypte la culture arabe la plus authentique, au Liban les meilleu-res fêtes… et en Finances et Strat’ le meilleur salaire, allez hop, on s’em-barque.
Le choix est au quotidien, mais quand l’enjeu semble grand, alors on s’y applique. Après tout, ça va changer notre vie non? Il est vrai que la décision entre droit écono-mique et communication risque fortement d’aboutir sur des vies différentes…
Là est le piège : notre esprit aime à nous faire croire à une alternative qui ne sera jamais réalité, car celle que l’on a pas choisi, n’existera à jamais que dans notre imagination. L’impossibilité de revenir sur le choix que l’on fait (pas simplement changer d’avis, mais réellement recommencer) est à un tel point ancrée en nous, à juste titre d’ail-leurs, que nous n’y pensons même plus. L’illusion apparaît lorsque nous nous prenons au jeu de la di-vination, lorsque nous pensons pouvoir avoir un contrôle sur notre futur, par un seul choix, fait sur des bases qui n’ont parfois rien à voir avec la réalité que ce choix va en-gendrer.
Choisir sa 3A, choisir son Master, choisir ce que l’on va manger pour dîner ou si on prend rue Longue ou les escaliers pour se rendre au cam-pus : même combat. Jamais nous ne disposerons de l’information pour faire un « choix éduqué », car cette information n’existe tout sim-plement pas. Si vous êtes embêtés devant le choix, demandez l’avis de votre voisin, ou jouez à pile ou fa-ce ; qui sait où vous vous retrouve-rez !

 

 

 

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