Le féminisme sous le PJD, un sphinx

par Zineb Bercheq

Le 1er juillet 2011, la parité entre les deux sexes devint un principe constitutionnel au Maroc. Mais il n’existe malheureusement pas d’instance semblable à la Cour Constitutionnelle française pour déclarer le nouveau gouvernement inconstitutionnel. Et pour cause, sur trente et un ministres, un seul est du « sexe faible ». C’est donc sous le couvert de la transition démocratique qu’un demi-siècle de militantisme féministe a été impunément balayé. Or la démocratie n’est-elle pas le gouvernement de la majorité ? Comment en parler lorsque la femme est plus que minoritaire, marginalisée ? Retour sur ce que beaucoup considèrent comme le début de la fin de la cause féminine.

Une entrée pour le moins catastrophique                                                                     En 1997, une petite révolution se produisit au Parlement lorsqu’un peu moins du tiers des sièges furent consacrés aux femmes. Le principe selon lequel un homme ne pouvait se voir gouverné par une femme paraissait s’effriter. Dix années plus tard après que Zoulikha Nasri fût nommée conseillère de Sa Majesté, sept femmes firent leur entrée dans le gouvernement de Abbas El Fassi. C’est ainsi, par exemple, que l’important ministère de l’Energie, des mines et de l’eau fut confié à la brillante Amina Benkhadra et que Yasmina Baddou fut à la tête des deux ministères aux mille défis, la santé et l’éducation. Le PJD était donc pour le moins attendu au tournant après sa victoire en novembre. Quelle belle occasion pour prouver à tous que l’islamisme peut être féministe, que progressisme et féminisme sont compatibles! Au lieu de cela, le gouvernement sous l’égide de Mr Benkirane a préféré récompenser ceux mais pas celles qui l’ont soutenu, ratant ainsi un rendez-vous avec l’Histoire. Il n’est certes pas le seul à blâmer ; l’Istiqlal aux sept femmes ministres et le PPS qui avait fait de la cause féminine son cheval de bataille, n’ont proposé aucune femme, ils sont d’autant plus critiquables. Mais ces deux derniers partis ont déjà chacun à leur tour raté plusieurs rendez-vous avec l’Histoire, c’était cette fois au PJD de surprendre.

C’est ainsi qu’en refaisant  l’inventaire des efforts historiques pour améliorer la situation de la femme, on se rend vite compte que les féministes de la société civile et le Roi Mohammed VI, en ont l’exclusivité. Permettez-moi alors, de faire un rapprochement avec le gouvernement de Abderrahmane Youssoufi de 1998, qui préféra ignorer le brûlant sujet de la question féminine, attendant que le jeune Roi Mohammed VI impose la Moudawana. C’est à ce dernier et aux féministes avec lesquelles il dialogua, que nous devons les actuels droits de la femme dans les domaines du mariage (fin du caractère unilatéral de la polygamie et du divorce, de la tutelle du père, du mariage précoce…) et de la politique avec l’introduction en même temps dans la loi électorale d’une liste réservée aux femmes. Bref, la femme marocaine ne doit rien aux partis politiques. Mais le scénario de 1998 est-il pour autant prêt à se répéter ? Pas si sûr !

Le PJD, plus à l’écoute de la femme que les autres partis ?                                       La rumeur courait avant la formation du gouvernement, elle est maintenant confirmée : le PJD pourrait débloquer la question de l’avortement. C’est ainsi que Abdelilah Benkirane s’est dit prêt à procéder à une légalisation partielle de l’avortement soit en cas de viol ou d’inceste. C’est ainsi le seul parti à avoir officiellement pris position sur le sujet; légiférer serait alors un bon moyen de profiter des nouvelles prérogatives accordées par la constitution au lieu d’attendre que l’institution royale intervienne là où les partis faillent. Mais ironie de l’histoire, la plus fervente opposante PJDiste à la légalisation de l’avortement -même partiel- se trouve être… l’actuelle unique femme ministre.

Une seule femme mais quelle femme !                                                                                En effet, c’est un personnage bien dérangeant pour nous autres « progressistes » que la nouvelle figure à la tête du ministère de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Il est toujours très difficile de contrecarrer les arguments des conservateurs se disant défendre des causes –normalement- progressistes. Ainsi va-t-il de Mme Bassima Hakkaoui, qui tout en se déclarant féministe et déçue d’être la seule femme du gouvernement, fut l’une du million de femmes qui manifestèrent contre la Moudawana dans les rues de Casablanca. Parmi ses propos les plus illustres, nous recensons sa prise de parole au Parlement marocain en faveur de l’interdiction d’un concert de Shakira beaucoup trop indécent ou encore sa très controversée prise de position sur la polygamie, conséquence de la complaisance des épouses. Ce petit descriptif de madame la ministre révoltera typiquement l’occidental et énervera sans doutes le marocain. En effet, il faut rendre à César ce qui est à César et reconnaître que Bassima Hakkaoui est plus qu’une grande militante, une grande figure du parti et de ce mouvement à l’appellation oxymorique qu’est le « féminisme islamiste ».

Quel avenir du féminisme avec le PJD ?                                                                         La cause de la femme semblerait faire des avancées mais plus sur le même modèle. Le féminisme marocain traditionnellement de gauche cherchait l’égalité entre l’homme et la femme. Le « féminisme islamiste » quant à lui, chercherait une complémentarité entre les deux sexes. C’est ainsi que les revendications des députés PJDistes portent plus sur l’augmentation du congé maternel, sur l’instauration d’une aide aux mères au foyer… Le féminisme de gauche s’appuyait sur l’institution monarchique tandis que le féminisme islamiste chercherait à s’en passer. Ainsi, le féminisme marocain devenu janusien, porte à confusion. Renaîtrait-il sous cette nouvelle forme plutôt complaisante à l’homme ?

Je ne peux que refuser d’y croire. Il serait à mon opinion, très malsain de voir d’un bon œil cette instrumentalisation de la cause féminine qui ne comporte que des dangers. Qu’est-ce qu’il y a de féministe à vouloir restreindre la femme à l’espace domestique ? Cette idée de complémentarité est un grotesque subterfuge inventé par des misogynes et porté par la voix de femmes sans grande estime d’elles-mêmes.

Oui, le féminisme marocain tel un sphinx renaîtra mais sûrement pas sous cette dernière forme. Il renaîtra de ses propres cendres et en opposition à cette mascarade qu’est le féminisme islamiste qui croit se jouer des marocaines en accordant à une rétrograde le ministère de la femme, dont ils reconnaissent uniquement les rôles de mère et épouse.

1 Comment

  • Avatar Jose dit :

    Tout est dit dans la phrase Le patorn c est Mohamed VI . La question est : pour combien de temps? Je rappelle juste que les principales sources de revenu du Maroc sont:- le tourisme, perspectives ne9gatives- l argent des re9sidents marocains e0 l e9tranger, qui subissent eux aussi la crise (le9ge8re baisse des transferts)- la drogue, dont une grande part des revenus profitent au Rif- les phosphateset bien sfbr les diverses aides et subventions des pays occidentaux et des pays du golfe. Contrairement e0 l Alge9rie et les pays du golfe, le Maroc n a plus d argent pour acheter la paix sociale.D un cf4te9, les marocains semblent tenir e0 la monarchie par qu ils comprennent que c est l alternative e0 l anarchie. D un autre cote9, ils observent les re9sultats de cette monarchie depuis l inde9pendance . Dans les discussions entre marocains, un sujet revient de plus en plus: la prostitution, pour les occidentaux, pour les Saoudiens, pour les locaux et pour les e9migre9s en vacances. Marrakech et Agadir en sont les hauts lieux, mais ils ne sont pas les seuls. Re9cemment, un village connu pour cette spe9cialite9 a e9te9 repris en main par un comite9 populaire qui a chasse9 les prostitue9es. Il y a e9galement, cette affaire d un magistrat qui a humilie9 un carrossier et lui a fait baiser ses pieds. Des manifestations s en sont suivis.

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