Le modèle FMI, un modèle contraire aux moeurs?

Par Attila Bartos (contribution spéciale)

Comme nous le savons tous, l’Europe est encore aujourd’hui en pleine dépression. En effet, la crise financière de 2008 a finalement perduré en une longue récession économique. Celle-ci est cyclique, avec des hausses et des baisses des indicateurs économiques faisant varier sans cesse les prédictions des divers agences qui prévoient donc des scénarios différents. Dans cet article intéressons-nous à l’activité du FMI qui, selon les principes fondateurs, a été créé en 1944 pour prêter à un pays en besoin de financement afin de lui permettre de retrouver une politique économique plus stable qui lui permettra par la suite, le maintien d’un certain bien-être (d’où les exigeances de réformes structurelles en échange du prêt).

Qu’en est-il en réalité?

Nous voyons, avec les exemples de la Grèce et de l’Italie, que le FMI fait des prêts en échange de la mise en place d’une nouvelle politique économique. Concrètement, si le pays veut profiter de l’aide financière, il doit mettre en place une politique de rigueur (dit également d’austérité) dans le but de geler les dépenses excessives de l’Etat qui mettent le budget en déficit. Le problème avec cette politique est qu’elle est difficilement acceptable par la population, directement touchée par les nouvelles mesures mises en place. Le bien être de la population est ainsi dégradé. De plus, tout gouvernement doit assurer la protection des plus faibles notamment des chômeurs, des retraités et des jeunes. Or, ce sont ces classes qui sont particulièrement affectées par la politique de rigueur. Nous voyons donc que la politique d’austérité telle qu’elle est exigée en ce moment par le FMI mais également l’Union Européenne, va à l’encontre du bien être de la population et met les plus fragiles dans des situations désastreuses. Cela ne serait-il pas contre les bonnes moeurs par excellence?

Néanmoins, il existe certains pays comme la Hongrie ou la Slovaquie (de façon beaucoup plus diplomatique) qui adoptent une politique économique dite « non orthodoxe ». Le gouvernement hongrois envisage les plans d’austérité d’une autre façon (d’ailleurs il les nomme « plan de stabilité »). Le mot d’ordre est d’appliquer les austérités uniquement en dernier ressort sur la population. Au contraire il vaut mieux qu’elles touchent les plus riches qui, en payant des taxes supplémentaires, ne vont pas voir leur situation se détériorer aussi dramatiquement que les couches les plus fragiles. Dans les faits, le gouvernement hongrois impose de nouvelles taxes sur les banques, sur les compagnies de télécommunication, sur des grandes distributions étrangères. En revanche, vis à vis des plus démunis, le gouvernement refuse de prendre des mesures extrêmements sévères comme la baisse des pensions de retraites, la baisse du budget consacrée pour la sécurité sociale ou un impôt élevé sur les bas salaires. Une telle politique de « stabilité » n’est-elle pas plus favorable au respect du bon sens que les plans d’austérité proposés par le FMI?

Pour terminer, regardons ce qui se passe lorsqu’un pays comme la Hongrie applique les plans d’austérité de façon plus humaniste envers les « faibles de la société ». La devise hongroise a été attaquée à plusieurs reprises entre 2010 et 2012 (depuis que le nouveau gouvernement élu applique « les plans de stabilité » à la hongroise) par des spéculateurs. En effet, sa note a été dégradée dans la catégorie « junk » par les agences de notations. Il n’est même pas nécessaire de préciser que les acteurs touchés en Hongrie par la rigueur ont porté plainte auprès de Bruxelles et du FMI. Il s’agissait avant tout de banques. En 2012, la Hongrie demande non pas un prêt, mais un fond de sécurité financière (de 20 milliards €) auprès du FMI dans le but d’être capable de se protéger contre une nouvelle attaque spéculative dégradant la devise et augmentant le coût de refinancement par les marchés (vente des titres d’Etat). Tant que la Hongrie ne prendra pas le chemin orthodoxe voulu par FMI, le gouvernement hongrois parlera à des oreilles sourdes. Cela voudrait dire que le gouvernement devrait enlever les charges sur les banques et pour remplir le trou créé dans le budget, ces charges devraient être mises sur les épaules de la population, les plus démunis inclus. Comme le FMI ne trouve pas de signes d’inquiétudes économiques (parce que les indicateurs de la Hongrie sont parmi les meilleurs en Europe, la dette publique est en réduction), son discours officiel envisage des inquiétudes potentielles sur le moyen et long terme. En même temps, non seulement le gouvernement parle dans le vide et n’obtient pas le soutien du FMI, mais la Hongrie fait l’objet de critiques intenses de la part de l’UE, au nom du même prétexte financier que celui du FMI.

Il semble, de façon générale en Europe, que les deux organisations citées tiennent le même discours et que leur volonté est unie. Existerait-il un point commun entre le FMI et l’UE qui favorise leur alliance? Remarquons juste que dans l’élite directrice de ces deux organisations, nous trouvons des personnages issus du secteur banquier. La mosaïque est complétée, les relations entre les évènements semblent être claires. Un professeur d’université hongrois en politique de sécurité, M. Nógrádi György, a récemment dit qu’il n’était « pas vrai que ce soit le monde financier qui choisisse l’élite politique. Mais contre la volonté du monde financier personne ne peut devenir dirigeant politique ». Libre à vous de d’interpréter cette citation…

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