Le retour

par Raphaël Beauregard Lacroix

Le changement provoque souvent une volonté de retour. Retour aux sources, à l’âge ad’or. L’étymologie de révolution suggère d’ailleurs ce retour, car c’est bien en astronomie que ce mot est d’abord utilisé et signifie le cycle d’un objet céleste. La révolution est périodique, se termine et se commence par un retour et un recommencement.
Beaucoup veulent revenir en arrière et ce, pour diverses raisons. Tout n’était-il pas mieux lorsque nous étions petits et innocents? Guère plus qu’un animal, vivre une succession continue de moments indistincts sans pouvoir se projeter ni dans le futur, ni a un certain attrait : un bonheur « éternel ».

Le passé. Sommes-nous, à un moment, revenus en arrière? Existe-t-il un seul exemple d’un retour réussi? Un vrai? Pas une simple restauration de monarchie ou autre contre-révolution, non. Un vrai retour en arrière est-il possible? Les idées de retour ont toujours à leur source une forme de mythe d’un temps figé, cyclique, de moments indistincts.
Il y a une sensation dont nous ne parvenons pas à nous détacher : celle du temps qui passe. Car notre temps avance, jamais il ne recule, mais pourtant ce n’est qu’une sensation. En ce qui a trait à l’espace, non seulement est-il possible d’être perdu, mais aussi d’être désorienté, voire de perdre tous ses repères. Demandez à un astronaute; ou faites l’exercice par vous-même, si vous vous ennuyez, sur une chaise de bureau qui tourne bien.

Rien au monde pourtant ne nous ferait perdre la sensation que le temps passe. Qu’il passe et qu’il ne revient pas, qu’il va vers l’avant. C’est bien une sensation, qui nous pousse à réfléchir au retour. Car là est l’angoisse! C’est bien parce qu’on ne peut y revenir qu’on pense tout le temps à y retourner. Non seulement y-a-t-il une rivière dont le cours ne peut être inverser, mais à sa source se trouve peut-être le bonheur des temps immémoriaux.

L’âge d’or des califes bien guidés est une de ces époques au temps figé. On pourrait croire qu’on y vivait dans le bonheur infini du temps cyclique; revenir à cette époque est aussi impossible qu’un retour au statu quo ante bellum en Syrie, par exemple. Chaque décision (irréversible, par nature) se déplace lentement vers le passé, vers la source du temps. Il est certain que vivre une guerre civile peut transformer certains moments passés en un âge d’or enviable… Si cela paraît évident au point d’être inutile d’en parler, on peut tout de même se permettre de réfléchir à notre propre perception du temps et à l’importance que nous attachons au mythe d’un âge d’or « prisonnier » d’un temps qui n’avance pas, une réalité tout à fait inhumaine.

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