Les dangers de la cancel culture

Par Noa Chasles.

En septembre dernier, le rappeur belge Roméo Elvis s’est retrouvé au cœur d’un déluge médiatique sur Twitter après qu’il ait été accusé par une jeune femme, d’agression sexuelle et de gestes déplacés.  L’embrasement immédiat des réseaux sociaux, devenus presque simulacre d’une cour de justice, reflète une pratique venue des États-Unis et fortement contestée : la cancel culture, aussi dite culture de l’élimination ou de l’annulation. De fait, si l’idée de lynchage ne date pas d’hier, il prend aujourd’hui une forme très particulière, et se consacre paradoxalement dans un monde dématérialisé, à coup de hashtags et de captures d’écran. 

Blackfaces, tweets compromettants, déclarations polémiques en tout genre : la « cancel culture » s’érige ainsi en une forme de nouvelle justice visant à dénoncer publiquement une personne pour des propos ou des actions jugées problématiques. Elle prend généralement la forme d’un lynchage public, d’un boycott ou même d’un harcèlement de masse, allant parfois jusqu’à la volonté de destruction d’une carrière ou d’une marque. L’auteure J.K. Rowling en a fait les frais pour des propos transphobes, tout comme l’actrice Léa Michele (Glee, Scream Queens) qui s’est retrouvée sous le feu des critiques après avoir fait l’objet d’accusations de racisme, et la liste est encore longue… 

Favorisée par l’explosion de l’utilisation des nouvelles plateformes et ravivée par le mouvement MeToo en 2017, cette pratique s’est plus récemment exportée en France. Chaque vague de révélations, particulièrement lorsque celles-ci ont trait à une personnalité publique appréciée, suscite un engouement considérable, particulièrement chez les jeunes générations mais cela pose un certain nombre de problèmes.

D’abord, la cancel culture s’établit comme une justice alternative et manichéenne qui exclut toute possibilité de pardon, d’erreur et d’ignorance. Elle donne un pouvoir considérable aux masses sur la perception d’un individu, allant parfois jusqu’à la destruction d’une réputation sur de simples allégations, et rend périlleux le développement d’un libre-arbitre en s’opposant à l’établissement de tout débat. En impactant la possibilité d’un contre-discours, la liberté d’expression elle-même s’en voit directement menacée au profit d’une vérité unique difficile à critiquer. 

Dernier recours pour certains, la cancel culture possède l’avantage de se rendre accessible au plus grand nombre, ce qui est loin d’être le cas des médias traditionnels. Par ailleurs, si la cancel culture n’est pas une réelle solution, elle pose la question d’une insatisfaction grandissante face au fonctionnement de la justice et des institutions, Twitter devenant alors temple de la vérité et défouloir face à l’absence de conséquences et d’évolutions juridiques, tout particulièrement dans le cadre de mouvements comme MeToo ou plus récemment BlackLivesMatter. 

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