Lettre ouverte contre l’esclavage

Au nom de l’ASPA, par Marquise Akamba Mbono et Hamza Bensouda.

16h09, Menton, salle de musique.

Le silence est maître, une seule voix retentit tandis que je regarde avec elle, cette vidéo qui me glace le sang, pétrifie mes sens et fait brûler en moi un feu nouveau , une colère. Je la regarde et elle non plus ne parle pas et, pourtant, il le faudra. Cette lettre, il faut l’écrire. Il faut que quelqu’un mette en mots ce qui fuse dans nos pensées.
Il faut dire que ce n’est pas acceptable et que l’esclavage n’est pas admissible.

Le 14 novembre 2017, CNN diffuse un reportage réalisé par Nima Elbagir dans le sud de la Libye . On y voit des migrants, en cage, vendus aux enchères par des Libyens. Ce sont des esclaves. L’évidence est là : nos sociétés produisent des esclaves.  L’évidence dont personne ne parle. L’Union Africaine dit vouloir arrêter ce « commerce abject de migrants qui prévaut en ce moment en Libye ». Elle s’indigne et ne fait rien.  L’ONU, à travers Antonio Guterres, se dit « horrifié » … et rien de plus. Et, plus généralement, les institutions politiques et médias français n’en parlent pas ou de façon minime, comme si cela est un fait divers qui demeure une exception. Il faut attendre Claudy Siar, animateur de télévision guadeloupéen, pour entendre un cri de colère contre l’esclavage. Il deviendra rapidement viral sur les réseaux sociaux et sera suivi par la mobilisation de centaines de personnes. Mais que font ceux qui sont censés le voir en premier, ceux qui sont supposés défendre les droits de l’Homme ? Que font les défenseurs des libertés ? Que dire du silence assourdissant de Christiane Taubira, la même qui en 2001 faisait voter une loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’Humanité ? Et pourquoi personne ne réagit-t-il ? Pas même à Sciences Po !

Pas même à Sciences Po !


A croire que de la même façon qu’il y a du racisme dans la question migratoire, il y en aurait  dans celle de l’esclavage libyen. Fatou Diome dit : « Les gens là qui meurent sur les plages, si c’était des blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des noirs et des arabes » et de ce fait, on y attache pas d’importance. L’indignation se fait sélective … comme s’ils n’étaient pas humains.

Et ce mot compte. Ne pas parler de ces Hommes, c’est laisser penser qu’ils sont des objets marchandables et que la vie humaine a un prix. Ne pas parler de ces Hommes, c’est renier les valeurs qui fondent nos démocraties. Ne pas parler de ces Hommes, ce serait de notre part fouler aux pieds l’essence de l’association de Sciences Po pour l’Afrique : faire triompher la dignité du continent africain.

Ce sont des Hommes et des victimes.


Ce sont des Hommes et des victimes. Ces mots comptent et l’équilibre dans l’information importe. Il demeure un fil sur lequel tient la démocratie et lorsqu’elle tombe c’est faute de ne pas avoir su garder l’équilibre quand nos mots n’ont pas été assez balancés par la réalité et la vérité. Il est à nous de faire cesser les deux poids-deux mesures. Il est à nous de faire entendre les manquements aux droits des Hommes. Il ne tient qu’à nos actions de changer le monde, nous, jeunesse.

C’est pour cela que nous, membres de l’Association de Sciences Po pour l’Afrique (ASPA), vous invitons à porter le rouge en signe de soutien à la cause esclaves en Libye et ailleurs dans le monde, le mercredi 29 novembre 2017 marquant le jour du cinquième Sommet Europe-Afrique.

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