Lettre ouverte à M. El Ghoul

Monsieur El Ghoul,

Mesdames, Messieurs les étudiants,

Il est des choses que jamais on ne doit oublier. Il est des flammes qui jamais ne doivent s’éteindre. La mémoire doit se transmettre et jamais ne doit se perdre. Or comme nous l’a appris Tolkien, les histoires se transforment trop vite en légendes, les légendes trop vite en mythes, et les mythes sont trop vite oubliés.

La Oumma mentonnaise a un devoir de mémoire.Le souvenir de la victoire des Gazelles en mai dernier est encore intact dans les esprits. Moins l’est peut-être le hold-up mentonnais de l’année précédente, lorsque les arts avaient quasiment tous été raflés. Qui se remémore encore de la destruction, une année plus tôt, du dragon Mushu ? Y’en a-t-il un seul qui sache où s’est déroulé le Minicrit l’année encore avant ?

La mémoire se transmet, mais elle s’étiole. Même si les 2A tentent de raconter avec intensité leur corrobori tout juste passé en faisant les papas auprès des nouveaux venus ; même si les anciens et leur humour grinçant ne manquent jamais de nous souffler une idée de slogan bien méchant à apposer sur drapeaux ; année après année, promotion après promotion, les plus vieilles aventures s’abiment dans la brume.

A dire la vérité, la mémoire ne se transmet correctement que sur guère plus de deux années. Les 2A racontent ce qu’ils ont vécu avant l’été dans leur tenue de combat verte, et les 1A feront de même dans un an. Pour un 2A, il est difficile de confier aux nouveaux les contes de ceux qui l’ont précédé : comment, en effet, faire passer une histoire que l’on n’a pas soi-même vécue ?

Une solution à envisager serait de se tourner, en seconde année à Menton, vers des cours électifs d’histoire du Minicrit. Les étudiants accumuleraient ainsi des connaissances sur l’ensemble des éditions du Minicrit, et non seulement sur le plus récent rassemblement. Ils pourraient, avec l’éclairage de leurs autres cours, analyser les grands mouvements sociaux à travers les années, se questionner sur les différentes alliances entre campus et leurs évolutions, et ce n’est là qu’une rapide esquisse du champ des possibles.

De tels cours pourraient, en toute logique, être dispensés par d’anciens mentonnais. On notera qu’il s’agirait là d’une bonne solution pour fournir du travail à des individus potentiellement incapables d’en trouver, formatés à la procrastination de la plage des Sablettes aux marches du Bastion en passant par la terrasse de la Villa Jasmin.

M. El Ghoul, nous avons besoin de votre feu vert, dès aujourd’hui, pour débuter sans tarder ce projet, qui tôt ou tard devra prendre forme. M. El Ghoul, avoir des électifs d’histoire du Minicrit à Menton, c’est préserver l’excellence de ce campus et de Sciences Po. Et c’est surtout, M. El Ghoul, ne pas oublier. C’est accomplir notre devoir le plus sacré.

C’est ne pas oublier que Mushu est devenu mentonnais depuis qu’il a réparé par les nôtres avec leurs keffiehs. Que la Assabiyyah est ce qui nous fait survivre. Que l’alliance Tiers-Monde est au bord de l’effondrement. Que celle du kebab tend à la remplacer.

M. El Ghoul, nous comptons sur vous. Pour empêcher qu’avec les années, “Birruh, Biddam, Nafdik ya Menton” ne se transforme en “Biroua, Bidème, Nafi a Menton”.

Bien cordialement,

Par Carl el-Cupel

Pas minicrit à Menton cette année?

Pas minicrit à Menton cette année? 

Tags

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.