Lettre à Xi Jinping

[Pour en savoir plus sur la chronique “Dans un monde sans” par Benjamin Wucher]


À l’attention de Monsieur Xi Jinping, Président de la République Populaire de Chine et Secrétaire général du Parti communiste chinois.

Menton, le 11/03/2018.

Puisque je m’imagine un monde sans barrières et dans lequel je peux me permettre d’interpeller des personnes inaccessibles comme vous, je me permet de vous écrire modestement sur un sujet pourtant très grave. Ce ne sera certainement pas mon meilleur texte, ni mon plus objectif, mais j’espère que vous prendrez le temps de le lire.

Monsieur, j’étais fort étonné ce matin lorsque j’ai appris que les députés chinois avaient voté l’abolition de la limite à deux mandats pour la présidence de la République Populaire de Chine. Cette décision pourrait alors vous permettre de demeurer à la tête de l’Etat chinois à vie. Mais ma surprise ne fut que de courte durée, lorsque je me rappelais alors des chiffres qui discréditent totalement le plébiscite du peuple en votre faveur : composée exactement de 2987 membres, l’Assemblée Nationale Populaire compte 2157 députés communistes, soit environ 72 % des sièges qui vous sont accordés quoi qu’il arrive. Vous admettrez donc qu’une telle victoire est bien moins impressionnante lorsqu’elle est obtenue grâce au soutien majoritaire de ses amis. Ce qui me désole encore davantage, c’est que l’amendement de la Constitution ait été adopté à l’encontre de seulement deux voix contre et de trois abstentions. Même sous Napoléon un tel plébiscite n’a jamais eu lieu. Permettez-moi donc de vous adresser, malgré mon opposition à cette mesure, toutes mes félicitations.

Je voudrais également vous transmettre tous mes voeux de réussite dans l’entreprise de gouvernement de la Chine durant tout le temps qu’il vous reste à vivre. En tenant compte de l’espérance de vie des hommes en Chine donnée par l’OMS, soit de 74,6 ans, il doit vous rester une bonne dizaine d’années à gouverner. Non, vraiment, je tiens à le dire : « Longue vie au tyran Xi Jinping ! ». S’il était encore parmi nous, je suis sûr que Mao Tsé-Toung serait fier de vous. Bon en même temps, s’il était encore en vie, vous ne seriez pas à la tête de la Chine. En matière de pouvoir, il n’était pas très partageur et, sur ce point, vous suivez parfaitement ses traces. Il ne vous manque plus que la calvitie et on pourrait croire à sa résurrection. Enfin, vous voilà quasiment président à vie. Je n’oses imaginer le sort des deux courageux élus qui se sont risqués à voter à l’encontre de cette disposition.

À vrai dire, je peux facilement supposer ce qu’il adviendra de ceux-ci au vue du sort réservé au journalistes et autres voix dissonantes à la politique officielle que vous menez. Le cas de Liu Xia, la veuve de Liu Xiaobo avec qui elle militait pour les droits de l’Homme, et qui est aujourd’hui détenue dans un endroit secret, en est le parfait exemple. Une femme qui soutient le parti démocrate interdit et qui disparaît littéralement du jour au lendemain, non vraiment c’est très fin ! C’est bien simple, depuis que vous êtes au pouvoir la répression des opposants a considérablement augmenté. De même, en matière de droits de l’Homme, la marge de progrès est considérable et ne cesse de grandir. Le simple cas du Tibet illustre à merveille ce déficit et cette violation des droits de l’Homme que vous opérez depuis cinq ans. D’ailleurs, je viens de me rendre compte que j’ai déjà utilisé trois fois l’expression “droits de l’Homme”, mais je ne suis pas sûr que vous sachiez à quoi je fais référence … Bon, il serait trop long que je vous l’explique dans ce courrier, aussi je vous laisse le soin de chercher par vous même.

Pour être honnête, je ne sais pas vraiment ce que vous cherchez. Si Deng Xiaoping avait eu la sagesse de limiter le pouvoir présentiel d’un même homme à deux mandats, et si vos deux prédécesseurs avaient été suffisamment raisonnables pour quitter la tête du pays une fois la limite légale atteinte, vous apparaissez aujourd’hui comme un irresponsable et fragilisez encore une “démocratie” déjà très relative. Je pense sincèrement que ce chemin que vous prenez, en plus d’être néfaste pour le bien commun, risque d’atteindre à votre propre image. Voulez-vous vraiment que la dernière image que l’on ait de vous soit celle d’un vieil homme sénile qui s’accroche à son trône jusqu’au bout ?

Je vous en conjure : rendez le pouvoir, il ne vous appartient pas !

Eclipsez-vous au nom du peu de démocratie qu’il reste encore à votre pays. Je vous dis cela parce que j’ai sincèrement peur pour l’avenir de la Chine. Et pour le monde entier d’ailleurs. Quand on sait que la première puissance mondiale est gouvernée par un malade mental et que la seconde va bientôt l’être par un dictateur à vie, permettez-moi d’exprimer mes craintes. Montrez l’exemple, vous avez là une opportunité de vous distinguer de bien de vos homologues, à commencer par votre voisin russe. Cela me fait penser que je devrais peut-être lui envoyer une copie de ce courrier … Enfin, je vous plains sincèrement alors que je constate que le pouvoir fait monter la tête de ceux qui l’exercent. Encore une fois, rendez le pouvoir !

En espérant qu’après réception de courrier vous n’allez pas me coller la police secrète chinoise aux fesses, je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations respectueuses (mais pas complètement non plus).

P.S. : Arrêtez avec le rouge, c’est beaucoup trop mal vu.

Benjamin Wucher

Benjamin Wucher

From the fairytale city of Colmar, don’t let Benjamin’s sweet and smiley face fool you – under the surface, his wit and sass make him a sharp and savvy journalist. Le Zadig isn’t Benjamin’s only journalism gig – he also writes for Combat on his way toward journalistic fame. French Anderson Cooper 2.0? Stay tuned. When he’s not investigating, he is great company, always willing to have a great conversation, and share a laugh. Maybe if you befriend him you could find yourself with some Alsace wine…
Benjamin Wucher

Latest posts by Benjamin Wucher (see all)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *