Menton et la vie quotidienne, petite et grande histoire

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Lorsque que les tribus nomades mésopotamiennes se sont sédentarisées, de nouvelles « religions » apparaissent, nature/culture et le lien indéniable qui les lient produisent un dédoublement, l’un l’adoration de la nature l’autre celui du rythme de la vie, quant à nous, nous vivons à Menton et c’est grave.

Ville tampon/frontière qui vieillit et peint ses murs de couleurs criardes pour cacher ses façades à la chaux blanche. Menton est une attraction, un demi lieu de vie. Nous étudiants, passons quelques semestres dans une bulle monochrome au goût de l’élite mondialisée, nous touristes profitons de quelques jours dans un appartement aseptisé où le citron a l’odeur des toilettes. Tour de Babel vulgaire, Menton se cache, Menton est une ville qui contrôle notre couleur de peau, Menton est une image colorée spectaculaire.

Dans la rue Longue, chemin pavé/autoroute automatique, le vieil homme chante son Français ondulant, sent la pierre et la transpiration, agite ses mains calleuses pour dire « bounjour » méfiant. Le vieil homme travaille depuis qu’il a treize ans, jeune gars qui n’aime pas les bals où les filles dansent sur les airs du pays. A la place, il apprend en se baladant dans la rue si vivante où les métiers qui l’entourent sont mécaniciens, maçons, tailleurs de pierre, potiers, paysans et même fabricants d’accordéon.

Fou le vieil homme, fou du savoir qui se perd et qu’on moque, des ruines qui s’étendent sur les terres acides, c’est le patrimoine qui meurt, le moulin de Saint Agnès qui pourrit, les olives de la Roya qui ne poussent plus, les commerces de la rue Longue tous morts, mais si fier le vieil homme. Droit d’une vie que l’on folklorise et qui ne nous intéresse pas.

C’est le patrimoine qui meurt, le moulin de Saint Agnès qui pourrit, les olives de la Roya qui ne poussent plus, les commerces de la rue Longue tous morts.

Le vieil homme s’exclame : « Qu’elle est moche la grande histoire des livres qui oublie notre savoir-faire !»  « Savoir-faire »  répète t-il en exécutant un mouvement saccadé, le savoir-faire comme un geste que l’on répète. Ni chorégraphie mystique, ni nécessité absolue, l’outil fait le geste, le geste faisait l’outil, simple.

Le vieil homme pleure, fait le deuil des coups de main qui ne connaissent que les outils d’ici, cette cuisine qui joue avec les produits de la colline, cette langue qui désigne la pluralité des courges, ces mots qui désignent la couleur du ciel après la pluie cévenole et les imbéciles heureux conscients.

Il me parle de la paysannerie, pas fantasmée, dure, trop dure, mais rythmée.

Le savoir-faire comme un geste que l’on répète. Ni chorégraphie mystique, ni nécessité absolue, l’outil fait le geste, le geste faisait l’outil, simple.

A chercher des solutions constitutionnalo-politico-fantastiques, on oublie que certains morts ou vivants, vivent et vivaient de Menton, mangeaient de Menton, construisaient alors leur ridicule tour de Babel avec le grès des roches de l’arrière-pays. A contrario, aujourd’hui, il est triste de constater l’urgence politique : terre abîmée, jeunesse addict et qualité de vie au rabais et derrière un immense travail d’éducation et de réforme menant à une métamorphose lente mais possible, dans l’urgence..

Ainsi, le rapport que nous avons à l’expérience, est de plus en plus flou, expérience collective ou individuelle ? Temporalité ? Espace/Temps ? Fracture.

Il est difficile de faire la différence entre réalité et virtualité tant nos « murs » Facebook et autres gros mots, agora à demi matérielle, influent la vie quotidienne, petits écrans qui rendent fous aux stimuli libidineux nous empêchant de voir nos yeux et faire ensemble.

Dans un autre temps ces hommes (fantasmés?) maîtrisaient alors les outils du quotidien, tant par le verbe que par l’action. Ainsi, l’origine est devant nous disait Heidegger, et la mémoire vivante un merveilleux oxymore qui nous rappelle que les outils du passé éclairent le présent, cela permettant d’affronter la belle complexité du monde.

Sofia SMYEJ

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