Mots et Flows – Orelsan

Par Tom Azoulay

Mots & Flows

        Préambule : Premiers mots, et premiers flows : Après plusieurs essais infructueux d’une bio aussi linéaire et ennuyeuse qu’un trajet Nantes-Saint Malo, il a fallu se recentrer. Se recentrer sur l’essence même du rap : les textes. Aborder les artistes par leurs textes, leur esprit par leurs mots. Pour ce mois-ci : Orelsan. Trois morceaux tirés de chacun de ses albums solo.

Orelsan : Être paumé puis grandir

Essaie de rapper tu t’appelles Aurélien

Jeune blanc blasé d’une classe qui ne sert à rien.

T’es né à Caen, tu ne seras jamais Michael Jordan

Oublie tous les sujets autour de l’argent de la cité.

Tu ne seras jamais de ces gens.

T’es né à Caen alors deviens Orelsan

  1.   Perdu D’Avance ; Album Perdu D’avance (2008)

        « 2008, j’lance le missile »*. Alors, on est pas au niveau d’un tête nucléaire, les ricains sont encore maîtres en la matière. Mais personne s’y attendait à celle là. C’est pas de la grande écriture ni un banger niveau instru. Mais c’est un nouveau rap qui arrive sur scène. Ce rap là ne vient pas de la cité, mais d’un trou paumé. Ce rap là n’est pas conscient, il crache sur les gens. C’est le premier Orelsan qui arrive, un type plutôt associable, défaitiste, exécrable. Et Perdu D’Avance est le morceau qui retranscrit tout ça.

 

pfff j’ai la flemme d’enregistrer…

ça enregistre là? … ah, ok

Je crois que je suis perdu je crois que j’avance dans le mauvais sens

Bientôt 26 ans en pleine crise d’adolescence

Le concept c’est dans ma vie je fait des trucs débiles

Comme ça je peux rapper en parler ramasser des billes

J’aime pas trop les filles j’arrive pas à les accoster

T’façon je parle pas au gens que je connais pas tant que je suis pas fonce-dé

Quand je m’énerve je pleure essaye pas de me contrarier

Je passe des jours entiers chez moi je raconte ma vie à mon cahier

Des fois je vois tout en noir comme Gilbert Montagné

Encore une soirée seul ma main droite pour m’accompagner

J’arrive même à aimer les gens que je devrais détester

Viens bébé on va tester mes nouvelles MST

J’ai aucun ego je fais pitié comme un blanc qui se prend pour un negro

En cours sur le banc le rentre devant avec les intellos

Dans la vie tout ce que j’aime c’est rien même rien faire

j’aime pas

Je me fait marcher sur les pieds mais ça me gêne pas

 

[refrain:]

Je suis Perdu d’avance

Dans le rap, dans le taff, dans la vie, avec les filles

Je suis Perdu d’avance (Perdu d’avance)

Non j’ai jamais su relever aucun défi

Je suis Perdu d’avance

Dans le rap, dans le taff, dans la vie, avec les filles

Je suis Perdu d’avance (Perdu d’avance)

Si tu veux faire comme moi entre dans la danse

 

J’enchaîne les jobs de merde je suis au bout du rouleau

Mes parents se demandent quand est-ce que je vais trouver un vrai boulot

Chais pas je crois que je vais essayer d’échouer dans le monde du rap

Maintenant que les comiques chantent les gens crois que je raconte une blague

J’ai pas de crédibilité je suis une petite nature

Ma meuf a seize piges et veux me lâcher parce que je suis immature

On squatte chez moi tous les soir c’est un dépotoir

Je tiens pas le shit après trois lattes je vis en vrai cauchemar

Je vais arrêter de fumer à cause de la nicotine

Arrêter de baiser a cause de ma p’tite copine

Arrêter le rap arrêter de teaser

en fait j’ai juste envie d’arrêter de respirer

Avant de signer je me disais on percera jamais

Maintenant je me dis que finirais par me faire tabasser

Je vais arrêter de me plaindre mais bon des fois j’ai les nerfs en pelote

Un peu comme quand ma chérie couchait avec mon meilleur pote

[refrain]

 

Quand j’étais encore au collège j’étais le fils du directeur

J’entendais des “hé fils de pute je t’attends à la sortie à 17h”

Imagine en 2 ans comment ça m’a mis les nerfs

Depuis je traîne toujours avec les mêmes amis imaginaires

Je pue la défaite je suis en concert dans ta salle des fêtes

Je suis à peu près tout le contraire de la jey-set

Je cours à ma perte plus je dors plus je suis fatigué

Mes hobbies c’est sortir et boire de l’alcool fort de basse qualité

Je défie les loi de la gravité après quelque litres

Oui t’es plus balèze que moi mais dans ma tête j’te nique

Si tu connais le refrain par coeur chante le pour moi

Ca fait 10 ans que j’rappe et j’assume toujours pas

 

[refrain:]

Perdu D’Avance de Orelsan (2008)

dans l’album Perdu D’Avance

Dans ce texte Orelsan s’apitoie lamentablement sur son sort. La multitude de « je » associés au négatif le prouve, Orelsan ne fait rien, ne tente rien et fatalement ne réussit rien. A cela s’ajoute le thème des filles, très récurrent chez l’artiste. Sur une échelle de St Valentin (titre l’ayant amené devant les tribunaux) à Paradis (déclaration d’amour à sa copine), on reste plus proche de St Valentin. On suit toujours les mêmes traits de caractères : défaitiste « J’aime pas trop les filles j’arrive pas à les accoster » ; lâche « J’arrive même à aimer les gens que je devrais détester // Viens bébé on va tester mes nouvelles MST » auquel s’ajoute la faiblesse d’Orelsan qui n’a aucune fierté «Ma meuf a seize piges et veux me lâcher parce que je suis immature ». Le tout arrive son apogée dans la punchline de fin « Je vais arrêter de me plaindre mais bon des fois j’ai les nerfs en pelote // Un peu comme quand ma chérie couchait avec mon meilleur pote ». Le morceau est gris, Oreslan est minable pourtant deux phases montrent que tout n’est pas Perdu D’Avance.

Les Punchlines :

« Je crois que je vais essayer d’échouer dans le monde du rap »

La phrase peut être interprétée comme s’inscrivant dans la continuité du morceau : le « vrai boulot » que demande les parents d’Orelsan à leur fils rentre en opposition avec le « le monde du rap » qui représente une sorte de « sous-boulot » (on est en 2008 le rap est resté assez décrié) mais même Orelsan offre une double déception à ces parents car même dans ce monde l’artiste ne peut qu’ « échouer ». Mais le verbe « échouer » offre un double sens à la phrase. Orelsan est perdu, seul au milieu d’un océan de problème qu’il ne sait pas gérer. Un naufragé, qui va venir s’ « échouer dans le monde du rap » . Le rap représente alors une porte de sortie pour lui, un moyen de sortir la tête de l’eau.

« Si tu veux faire comme moi entre dans la danse »

        Ici on touche un aspect essentiel de ce que va apporter le rap d’Orelsan. Tout le texte est écrit à la première personne hormis la dernière phrase du refrain qui revête donc une importance toute particulière. Les mots d’Orelsan vont toucher un tout nouveau public, toute une frange d’auditeurs qui ne s’identifiaient pas tellement au rap des banlieues des BOOBA, La Fouine, où même NTM pour les plus anciens. Et c’est tout un nouveau public qui va « entrer dans la danse » de l’artiste et permettre son ascension.

*citations tirées du morceau Jimmy Punchline

  1.   Suicide social : Album Le Chant des Sirènes. (2011)

Il s’agit peut-être le classique de rap d’Orelsan. Une instru simple, percutante, efficace. Un texte poignant, assassin, « un holocauste sonore »*.

Aujourd’hui sera le dernier jour de mon existence

La dernière fois que je ferme les yeux

Mon dernier silence

J’ai longtemps cherché la solution à ces nuisances

Ça m’apparaît maintenant comme une évidence

Fini d’être une photocopie

Finies la monotonie, la lobotomie

Aujourd’hui je mettrai ni ma chemise ni ma cravate

J’irai pas jusqu’au travail, je donnerai pas la patte

Adieu les employés de bureau et leurs vies bien rangées

Si tu pouvais rater la tienne, ça les arrangerait

Ça prendrait un peu de place dans leurs cerveaux étriqués

Ça les conforterait dans leur médiocrité

Adieu les représentants grassouillets

Qui boivent jamais d’eau comme s’ils ne voulaient pas se mouiller

Les commerciaux qui sentent l’after-shave et le cassoulet

Mets de la mayonnaise sur leur mallette, ils se la boufferaient

Adieu, adieu les vieux comptables séniles

Adieu les secrétaires débiles et leurs discussions stériles

Adieu les jeunes cadres fraîchement diplômés

Qu’empileraient les cadavres pour arriver jusqu’au sommet

Adieu tous ces grands PDG

Essaie d’ouvrir ton parachute doré quand tu te fais défenestrer

Ils font leur beurre sur des salariés désespérés

Et jouent les vierges effarouchées quand ils se font séquestrer

Tous ces fils de quelqu’un

Ces fils d’une pute snob

Qui partagent les trois quarts des richesses du globe

Adieu les petits patrons

Ces beaufs embourgeoisés

Qui grattent des RTT pour payer leurs vacances d’été

Adieu les ouvriers, ces produits périmés

C’est la loi du marché, mon pote, t’es bon qu’à te faire virer

Ça t’empêchera d’engraisser ta gamine affreuse

Qui se fera sauter par un pompier, qui va finir coiffeuse

Adieu la campagne et ses familles crasseuses

Proches du porc au point d’attraper la fièvre aphteuse

Toutes ces vieilles, ces commères qui se bouffent entre elles

Ces vieux radins et leurs économies de bouts de chandelles

Adieu cette France profonde

Profondément stupide, cupide, inutile, putride

C’est fini, vous êtes en retard d’un siècle

Plus personne n’a besoin de vos bandes d’incestes

Adieu tous ces gens prétentieux dans la capitale

Qui essaient de prouver qu’ils valent mieux que toi chaque fois qu’ils te parlent

Tous ces connards dans la pub, dans la finance

Dans la com’, dans la télé, dans la musique, dans la mode

Ces Parisiens, jamais contents, médisants

Faussement cultivés, à peine intelligents

Ces répliquant qui pensent avoir le monopole du bon goût

Qui regardent la province d’un œil méprisant

Adieu les sudistes abrutis par leur soleil cuisant

Leur seul but dans la vie c’est la troisième mi-temps

Accueillants, soi-disant

Ils te baisent avec le sourire

Tu peux le voir à leur façon de conduire

Adieu ces nouveaux fascistes

Qui justifient leurs vies de merde par des idéaux racistes

Devenu néo-nazis parce que t’avais aucune passion

Au lieu de jouer les SS, trouve une occupation

Adieu les piranhas dans leur banlieue

Qui voient pas plus loin que le bout de leur haine au point qu’ils se bouffent entre eux

Qui deviennent agressifs une fois qu’ils sont à 12

Seuls ils lèveraient pas le petit doigt dans un combat de pouce

Adieu les jeunes moyens, les pires de tous

Ces baltringues supportent pas la moindre petite secousse

Adieu les fils de bourges

Qui possèdent tout mais ne savent pas quoi en faire

Donne leur l’Eden ils t’en font un Enfer

Adieu tous ces profs dépressifs

T’as raté ta propre vie, comment tu comptes élever mes fils?

Adieu les grévistes et leur CGT

Qui passent moins de temps à chercher des solutions que des slogans pétés

Qui fouettent la défaite du survêt’ au visage

Transforment n’importe quelle manif’ en fête au village

Adieu les journalistes qui font dire ce qu’ils veulent aux images

Vendraient leur propre mère pour écouler quelques tirages

Adieu la ménagère devant son écran

Prête à gober la merde qu’on lui jette entre les dents

Qui pose pas de question tant qu’elle consomme

Qui s’étonne même plus de se faire cogner par son homme

Adieu, ces associations bien-pensantes

Ces dictateurs de la bonne conscience

Bien contents qu’on leur fasse du tort

C’est à celui qui condamnera le plus fort

Adieu lesbiennes refoulées, surexcitées

Qui cherchent dans leur féminité une raison d’exister

Adieu ceux qui vivent à travers leur sexualité

Danser sur des chariots, c’est ça votre fierté?

Les Bisounours et leur pouvoir de l’arc-en-ciel

Qui voudraient me faire croire qu’être hétéro c’est à l’ancienne

Tellement tellement susceptibles

Pour prouver que t’es pas homophobe faudra bientôt que tu suces des types

Adieu ma nation, tous ces incapables dans les administrations

Ces rois de l’inaction

Avec leur bâtiments qui donnent envie de vomir

Qui font exprès d’ouvrir à des heures où personne peut venir

Bêh, tous ces moutons pathétiques

Change une fonction dans leur logiciel, ils se mettent au chômage technique

A peu près le même Q.I. que ces saletés de flics

Qui savent pas construire une phrase en dehors de leur sales répliques

Adieu les politiques, en parler serait perdre mon temps

Tout le système est complètement incompétent

Adieu les sectes, adieu les religieux

Ceux qui voudraient m’imposer des règles pour que je vive mieux

Adieu les poivrots qui rentrent jamais chez eux

Qui préfèrent se faire enculer par la Française des Jeux

Adieu les banquiers véreux

Le monde leur appartient

Adieu tous les pigeons qui leur mangent dans la main

Je comprends que j’ai rien à faire ici quand je branche la 1

Adieu la France de Joséphine Ange-Gardien

Adieu les hippies leur naïveté qui changera rien

Adieu les SM, libertins et tous ces gens malsains

Adieu ces pseudo-artistes engagés

Pleins de banalités démagogues dans la trachée

Écouter des chanteurs faire la morale ça me fait chier

Essaie d’écrire des bonnes paroles avant de la prêcher

Adieu les petits mongoles qui savent écrire qu’en abrégé

Adieu les sans papiers, les clochards, tous ces tas de déchets

Je les hais!

Les sportifs, les hooligans dans les stades

Les citadins, les bouseux dans leur étables

Les marginaux, les gens respectables

Les chômeurs, les emplois stables, les génies, les gens passables

De la plus grande crapule à la Médaille du Mérite

De la première dame au dernier trav’ du pays!

Suicide Social Orelsan et Skread (2011)

Dans l’album le Chant des Sirènes

        Six minutes, sans un refrain. Six minutes de tension. Six minutes de haine. Six minutes et c’est la fin. Un message d’adieu sous la forme d’une dernière salve de coup. Tout le monde y prend pour son compte « De la plus grande crapule à la Médaille du Mérite ». Une allusion à peine voilée au monologue d’Edward Norton dans La 25ème heure de Spike Lee (scène disponible sur Youtube). Mais cet homme dont la voix craque au fur et à mesure des « Adieux » est encore plus tragique. Les mots sont crus, les mots sont durs, des caricatures certes mais les travers sont réels. La société française vue avec les yeux rouges de colère. Ce son est nerveux, haletant… Bref, c’est un p*tain de chef d’œuvre.

        La Punchline

« Adieu les jeunes moyens, les pires de tous

Ces baltringues supportent pas la moindre petite secousse »

Parmi, tous les archétypes sociaux attaqués, l’homme interprété par Orelsan s’en prend le plus violemment aux « jeunes moyens » ce sont « les pires de tous » le rythme binaire accentue le parallélisme entre ces jeunes et leur qualificatif. Et là on fait face à une magnifique double énonciation : l’homme déteste ces jeunes moyens, d’accord.  Mais sous le prisme de l’auteur c’est Orelsan qui déteste ces jeunes moyens, jeunes moyens dont il est le parfait représentant. Parmi toutes les personnes attaquées la personne qu’Orelsan a le plus en horreur c’est lui-même. « Baltringue » fait référence à sa fragilité décrite dans le premier album. Sa peur d’avancer dans la vie est représentée par sa peur du changement « [ils] ne supportent pas la moindre petite secousse ».

L’album

        Avec ce morceau, Orelsan rentre dans une nouvelle dimension. Le personnage d’ado, looser qu’il incarnait dans son premier album a grandi. Les sentiments véhiculés dans l’album « Le chant des Sirènes » sont plus profond et plus mûris. Orelsan toujours aussi perdu commence à prendre du recul, le morceau « La Terre est ronde » permet de s’en rendre compte parfaitement.  Le rappeur de Caen rajoute également à sa panoplie de thèmes traités celui de la société et ses travers. Présent également dans « La petite marchande de porte-clef », morceau aussi cru que touchant, ce thème montre qu’Orelsan peut aussi aborder des sujets beaucoup plus sérieux tout en gardant son style de mec un peu paumé.

*citations tirées du morceau Jimmy Punchline

  1.      Paradis : Album La fête est finie (2017)

À la première écoute, je n’avais pas trop aimé cet album. Trop lent, trop sage, trop mélancolique. Mais ce qui s’avérait être de la lenteur était un gain de calme. Ce qui semblait être trop de sage était un gain de maturité. Ce qui paraissait mélancolique… restait mélancolique. Mais cet album est une rétrospective, quelle saveur aurait une telle chose sans une bonne dose de mélancolie. Orelsan nous avait laissé avec un rapport exécrable aux femmes. Ce temps est révolu car Orelsan a trouvé son Paradis.

Qu’est-ce que j’irais faire au paradis

Quand tu t’endors près de moi?

Qu’il le donne à d’autres, le paradis

Je n’en voudrais pas

Ils disent que, pour tenir un couple, faut l’entretenir tous les jours

Ces connards n’y connaissent rien en amour

Comme si j’devais faire un effort pour t’écouter, comme si j’avais déjà douté

J’aimerais tes défauts si jamais j’arrive à en trouver

Rien n’a bougé depuis nos premiers “je t’aime”

Ça fait sept ans qu’on sort ensemble depuis deux s’maines (paradis)

Ta peine est ma peine, ma vie est la tienne

Ta famille et la mienne sont la même

J’ai abandonné ces chiennes sur le bord de la route

C’est moi qui devrais avoir des doutes parce que tu les baises toutes

J’comprends pas pourquoi tu t’inquiètes quand tu prends du poids

Pour moi, c’est ça d’pris, ça fait toujours plus de toi (paradis)

Tu serais là, si j’repartais à zéro

À m’rappeler les vraies choses, à calmer mes névroses (paradis)

J’avais un p’tit diable sur mon épaule, maintenant, j’ai ta tête sur mon épaule

Qu’est-ce que j’irais faire au paradis

Quand tu t’endors près de moi?

Qu’il le donne à d’autres, le paradis

Je n’en voudrais pas

Notre amour est la seule vérité

Nos enfants donneront aux Nazis l’envie d’avoir des enfants métissés

Main dans la main, vieux et fripés

On s’rappellera les soirées qu’on faisait tous les deux à fumer des clopes, déchirés

À danser au milieu du salon, tu taffais dans deux heures

Les yeux imbibés d’alcool, déguisés en Chopper

Quand tu t’marrais à mes blagues les plus nulles

Quand on s’donnait des surnoms ridicules

On dit qu’le temps détruit mais l’temps n’est pas notre ennemi

Parce que plus j’te connais et plus j’me sens béni

Assez béni pour t’emmener à l’église

Dire au prêtre “oublie l’truc où la mort nous sépare, on va rester dans cette vie” (paradis)

On aura plein d’enfants parce que y’a qu’ça qui compte

On dormira empilés comme des Maximonstres (paradis)

J’vais enfin pouvoir me poser

La réponse à toutes mes questions s’endort à mes côtés

Qu’est-ce que j’irais faire au paradis

Quand tu t’endors près de moi?

Qu’il le donne à d’autres, le paradis

Je n’en voudrais pas

Paradis, paradis

Paradis, paradis, paradis

Paradis, paradis, paradis

Paradis, paradis, paradis

Paradis

Paradis Orelsan et Guillaume Brière (2017)

Dans l’album la fête est finie.

        Paradis reste pour moi un morceau à part. Je ne suis pas expert en chanson d’amour mais tout est bien écrit. Tout colle parfaitement au personnage Orelsan qui semblait pourtant incompatible avec n’importe quel être féminin. L’artiste parle de ses « névroses », de son « petit diable », de ses « questions », après s’être lamenté dessus dans « Perdu D’Avance », après avoir vainement essayé de comprendre dans « Le Chant des Sirènes ». Orelsan a trouvé « La réponse » et cette réponse « s’endort à ses côtés ». L’amour rappé ici est irrationnel (en même temps peut-on trouver une rationalité à l’amour ?), il ne peut être compris que par lui et sa copine « ces connards n’y connaissent rien en amour ». Le natif de Caen prend de façon sublime à contre-pied les craintes qui pourraient peser sur leur couple : l’infidélité « C’est moi qui devrais avoir des doutes parce que tu les baises toutes », le regard de l’autre « J’comprends pas pourquoi tu t’inquiètes quand tu prends du poids // Pour moi, c’est ça d’pris, ça fait toujours plus de toi (paradis) ». Leur amour est aussi fusionnel « Ta peine est ma peine, ma vie est la tienne » que naturel « Notre amour est la seule vérité ». Enfin tout cet amour exprimé est magnifié par le son de la boite en musique de l’instru.

La Punchline

« Qu’est-ce que j’irais faire au paradis

Quand tu t’endors près de moi ?

Qu’il le donne à d’autres, le paradis

Je n’en voudrais pas »

        Pour saisir la portée de ce refrain. Il faut bien mesurer la force du mot paradis. Le paradis, lieu biblique, promesse d’une vie de bonheur éternelle. Orelsan le refuse. Il ne s’agit pas de nier l’existence du paradis mais bien de le rejeter. Rejeter le paradis comme un vulgaire endroit « qu’est-ce que j’irais faire au paradis », comme un vulgaire objet « qu’il le donne à d’autre le paradis ». Mais pourquoi rejeter le paradis ? Orelsan refuse car il a trouvé quelqu’un qui lui apporte plus de bonheur que pourrait lui apporter le paradis. Il place l’amour que lui offre sa copine au-dessus du paradis. [Épicure se lève et applaudit]. Leur amour atteint les sphères de « l’infini et au-delà » de Buzz l’Éclair. Ce rejet du paradis est l’apogée de ce morceau où Orelsan crée une sorte de bulle où seul leur amour compte et où tout le reste est relégué en dehors.

L’album

        Avec cet album, Orelsan semble tirer sa révérence. Il a grandi, pris du recul et s’est accompli. Il accepte son personnage un peu en décalage et s’amuse de ses pulsions d’adolescents qui viennent parfois le travailler. Il traite aussi avec humour de son rapport à la célébrité dans « Quand est-ce que ça s’arrête », mettant en avant le décalage entre sa vie d’adulte et esprit toujours ancré dans l’adolescence.

Les autres morceaux à écouter

Album : Perdu d’Avance :

–          Jimmy Punchline

–          Entre Bien et Mal

–          Pour le Pire

–          Courez Courez

–          Changement

Album : Le Chant des Sirènes

–          Plus rien ne m’étonne

–          Si seul

–          La petite marchande porte-clefs

–          La terre est ronde

–          Ils sont cools

Album : La fête est finie

–          Zone (feat. Nekfeu & Dizzee Rasqual)

–          Christophe (feat. Maître Gims)

–          Note pour trop tard (feat Ibeyi)

–          Bonne meuf

–          San

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