Naples, comme on ne le sait pas toujours…

par Foulques Lenoan

Naples. Pour beaucoup, ce nom rime avec déchets, incivilité, mafia, pauvreté. Et de fait, beaucoup de reportages montrent les tonnes (les piles de déchets) de poubelles dans les rues de cette ville du Sud (de la ville) de l’Italie, les divers crimes commis par la mafia napolitaine, dite Camorra. (Même les napolitains sont critiqués)Sont également critiqués les napolitains pour leur comportement bruyant, dérangeant, leur manière de conduire, de ne pas respecter la loi. Ces états de fait sont justifiés…mais il convient de remettre les choses à leur place.

La mafia est réellement présente à Naples : trafic de drogue, prostitution, contrebande, règlements de compte … : toutes les conditions sont réunies pour en faire un constat affligeant. Cependant, on oublie souvent de préciser que si cette organisation criminelle s’est développée, c’est parce qu’elle s’infiltre et sait se rendre indispensable sur les nombreux points où l’Etat italien est absent. Ainsi la Camorra devient une sorte de « sécurité sociale » qui offre (garantissant une protection) aux napolitains une protection, contre le chômage notamment, en offrant des petits travaux, précieux surtout en cette période de crise. Si la mafia se porte si bien c’est aussi grâce à la corruption généralisée dans la région. Ainsi, tout le monde dans un quartier, la police locale incluse, sait qui est « camorriste », mais malgré cela rien n’est fait car le silence est acheté.

La crise des déchets qui dure depuis les années 90 est une autre conséquence de ce laxisme de l’Etat et de l’administration. Ceux-ci, (ces derniers) corrompus et incapables de gérer l’organisation des ordures, laissent des sociétés privées contrôlées par la camorra s’en approprier le stockage et ferment les yeux sur le transfert des déchets de nombreuses villes du nord ou même de l’étranger vers Naples, ce qui constitue pour la mafia un juteux commerce. Ainsi, la décharge de Chiaiano par exemple a été fermée il y a quelques années car son appartenance à la camorra a pu être démontrée. De plus, il faut s’interroger sur le fait que l’Etat italien paye chaque année de fortes amendes à l’Union Européenne pour le désastre écologique qu’est cette situation, et ne fait rien ou presque pour l’améliorer. Ainsi, si aucune action n’est entreprise au niveau gouvernemental, cela veut dire que les sommes en jeu sont énormes et qu’il n’est dans pas dans l’intérêt de l’Etat italien d’agir.

Le désintérêt affiché de Rome, s’inscrit dans l’histoire de Naples, qui a longtemps connu diverses dominations étrangères (espagnole, angevine, bourbonne) toutes aussi désintéressées de son sort. Cette apathie du pouvoir a entrainé chez les napolitains, le développement d’une incivilité qui leur est reprochée. En effet, l’histoire ainsi que la situation actuelle leur ont appris à se débrouiller d’eux-mêmes ce qui a entraîné chez eux un certain mépris des lois et rejet des institutions. Ce sentiment d’abandon a eu pour conséquence par exemple en mai dernier les sifflets à l’hymne national du virage des tifosi napolitains lors de la finale de la coupe d’Italie Naples-Juventus, ou bien en 2011 lors de l’anniversaire des 150 ans de l’unité de l’Italie, la volonté d’un nombre important de napolitains de ne pas fêter cet évènement. Ainsi, beaucoup d’entre eux adoptent la philosophie « Ne Italiano, ne Europeo, da sempre Partenopeo ! », c’est à dire « Ni italien, ni européen, depuis toujours parthénopéen ! », le dernier mot étant un dérivé du Parthénope temple de Naples connu pour sa fameuse sirène et souvent utilisé pour désigner les napolitains.

Enfin, le fait de vivre en permanence dans l’ombre du volcan Vésuve qui menace de se réveiller à tout moment a depuis toujours poussé les habitants à vivre la vie au jour le jour, laissant les règles quelque peu de côté.
Naples a donc bien de nombreux problèmes à régler, mais il est important de noter que leur cause n’est pas toujours celle que l’on croit et que les premiers à critiquer sont parfois à l’origine de certaines de ses tares.
De plus, on observe dernièrement que cette image d’une Naples incivile est aussi alimentée par de nombreuses rumeurs. Ainsi, cet été, de grands noms de la presse italienne et internationale (Il Corriere Del Mezzogiorno, Le Point, France Soir, The Daily Beast …) ont accusé Naples d’être envahie par des cafards géants, l’information étant aussi relayé par certains politiques italiens. Ces accusations se sont trouvées être totalement infondées, et les spécialistes ont confirmé que ces insectes de taille habituelle et en quantité normale ressortent au sein de la villa en période de fortes chaleurs.

Cet incident met aussi en lumière la rivalité Nord-Sud en Italie. Le fait que que Naples aille plutôt bien en ce moment (organisation de l’America’s cup, succès footballistiques, nettoyage des rues) entraine une critique plus vive dans le but de justifier une soi-disant supériorité du Nord de l’Italie face au Sud dont Naples est la ville la plus importante. Volonté de supériorité qui dérive peut-être d’un certain sentiment de jalousie face à la beauté de l’Italie Méridionale tant de fois chantée et louée au cours de l’histoire.

Cependant, au-delà de chercher à contrer les critiques, il est essentiel de souligner l’attraction qu’exerce cette cité méditerranéenne que, au final, on ne peut vraiment comprendre sans y être allé. Cette ville aux monuments et paysages magnifiques, aux rues étroites et bouillonnantes, aux habitants accueillants, superstitieux, vivant chaque moment et chaque émotion au maximum, heureux, malgré tous ces problèmes et dont le comportement bruyant, extraverti et parfois à la limite de la légalité fait finalement partie du charme de Naples. Tout cela justifie un vieux proverbe notamment cité par Goethe : « Vedi Napoli e poi muori !» (« Vois Naples et puis meurs ! » souvent traduit par « Voir Naples et mourir ! »), ce qui sous-entend, à juste titre, que l’on ne peut mourir en paix avant d’avoir vu cette ville merveilleuse.

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