Opinion: Non au féminisme victimaire !

Il y a quelques jours j’ai lu un article, ici, dans le journal Le Zadig. Cet article parlait de féminisme, de la femme dans la société et des affronts, des obstacles et des épreuves qui se dressent devant elle. Oui, je voulais savoir ce que c’était selon un modèle européo-centré la place de la femme dans la société. Le thème est général, repris et toujours débattu. Les voix multiples s’y entendent, s’y battent et parfois se combattent l’une, l’autre.

On était huit à tables, trois garçons, cinq filles tous marocains de Rabat, Ksar Kbir, Tanger, Inezgane, Asfi, Agadir, Sala Al Jadida et Guercif. On s’était rencontré par hasard lors d’une kermesse dans mon lycée ou d’un volleyball à la plage. On discutait de tout et j’ai pu entendre une version presque unanime de la femme marocaine. Elle est contrastée mais c’est vrai qu’elle est tâchée de noir plus que de blanc. “Parce qu’une femme au Maroc, c’est quelqu’un qui est regardé différemment dans le milieu de l’entreprise, parce qu’une femme qui marche dehors, seule, la nuit peut se faire facilement attaquer” s’accordaient-elles à me dire, “parce que c’est une femme”. Selon les autres, c’était “parce que la femme a été souvent décrite comme diminuée intellectuellement”. Je continue à croire qu’une femme marocaine, c’est une femme complexe aux réalités variables, à l’égalité qui doit être affirmée et à la beauté d’âme et de cœur certaines en marocain que je suis.

Mais j’ai vécu dans une culture française ayant été bercé dans ce système depuis ce que nomment les auteurs « la tendre enfance » qui n’avait rien de tendre pour quelqu’un découvrant un idéal sociétal dans une réalité mortifère et crue. Pourrais-je affirmer que je suis français ? Peut-être, s’il me venait l’occasion de parler de moi. Cela étant dit, j’ai découvert aussi la conception de la femme à la française. J’ai appris les modèles qu’on nous enseignait avant de les transgresser par la lecture du monde, des livres, des histoires et surtout de l’expérience.

Toute personne trouvant la tribune (…)  un outrage et un déshonneur pour la condition féminine, n’a peut-être pas pris en compte la notion de puissance des femmes.

C’est avec toute cette histoire contrastée mais unie dans un même écrin, que j’ai affirmé il y a quelques jours que toute personne trouvant la tribune du journal Le Monde sur la liberté d’importuner comme « un outrage et un déshonneur pour la condition féminine, n’a peut-être pas pris en compte la notion de puissance des femmes ». Elle est bizarre cette phrase et moi-même en la prononçant n’en était pas sûr de par sa construction et du mot « outrage » mais convaincu du sens porté suite une expérience particulière.

J’ai lu un article « Nous les femmes ». J’ai lu un article qui disait « Nous les femmes ». Je ne veux plus le lire. Je n’aime pas les écrits de ce genre non pas par répulsion du discours féministe mais de voir dans des textes argumentatifs les femmes se mettre seulement en position de victimes, comme si elles n’avaient pas de pouvoir en leurs mains, comme si ce n’était en fait que des êtres qui subissaient et non pas qui se battaient pour conquérir leur liberté me gêne profondément. N’est-ce pas contre ce vocabulaire de la soumission que tout le combat des féministes s’est articulé ? N’est-il pas vrai que les femmes se sont battues sur le terrain des écrits, des mots en disant ne pas vouloir être protégées constamment parce qu’elles savaient se défendre ? Je le pense. Et puis, en relisant cet article sur Le Zadig traitant du féminisme extrémiste, cette tribune ouverte et les réponses des autres, je me suis dit : n’y a-t-il pas tout simplement une mauvaise compréhension, un dialogue qui s’est arrêté, une atmosphère pesante qu’on a obligé et, au final, une liberté d’exister qui est reniée. Toutes les femmes doivent-elles être des féministes en puissance ? Doivent-elles toutes être visualisées comme des victimes ? Soudain, cela m’est apparu en relisant les mots maladroits de ces 100 signatures : elles essayaient de montrer qu’une femme ce n’est pas qu’une victime, c’est avant tout un être de puissance, que chacune a son ressenti et que les hommes « bourreaux » ne sont pas une règle mais une exception.

Le combat pour l’égalité, oui. La partition entre les victimes et les agresseurs, je dis non. 

Vous direz « Ah bon » ? Je vous demanderai, avez-vous déjà lu un texte qui rédige en des mots aussi incisifs et beaux que ce qu’on peut lire dans les textes féministes la beauté d’un homme « normal » (et Dieu sait ce que je n’aime pas ce mot) et j’entends par là, tout homme qui n’est pas harceleur, trop lourd ou violeur ? Vous a-t-on conté les histoires de celui qui n’avait jamais insulté, insisté après un non ou eu les mains baladeuses sans un consentement ? Doit-on donner l’impression que tous les hommes sont des « bâtards » comme l’affirme certaines. Le combat pour l’égalité, oui. La partition entre les victimes et les agresseurs, je dis non. Il n’y a pas d’un côté des femmes « martyres » et de l’autre des hommes obsédés. Il n’y a pas d’un côté que des harceleurs et de l’autre que des harcelés. Pourtant, c’est toute l’essence de ce qui nous ait montré aujourd’hui. Réfléchissons mesdames, messieurs, sur les femmes comme des personnes puissantes qui décident de leur futur, qui disent non, qui ne se laissent pas faire et non pas comme des viandes qui seraient maltraitées. Condamnons, et je ne le répèterai jamais assez, les actes de harcèlements ou de viols, condamnons la bêtise des hommes quand cela va beaucoup trop loin mais ne nous disons pas que les femmes ne sont que cela. C’est certainement cela qu’ont voulu exprimer ces femmes en signant cette tribune : qu’une femme c’est un soleil qui a été peut-être plongée dans la nuit mais que c’est son côté éclatant de détermination qui doit être montrée aussi.

Chacune a le droit d’avoir un ressenti sur sa condition.

A ceux qui disent qu’il ne fallait pas publier cela … certainement pas en ces quelques phrases qui ne devaient pas être exprimées de la sorte. Les mots de ces femmes sont un couteau à la gorge du combat féministe. Mais cela n’est-il pas au final une liberté d’expression ? Vous créez une loi sociale et d’un autre côté, vous refusez la réalité de ces femmes (et elles sont nombreuses) qui ne veulent pas être vues que comme des victimes. Chacune a le droit d’avoir un ressenti sur sa condition. Ne vivons pas dans une société qui voit le mal partout à défaut de voir le bien dans le seul but de se voir affirmer l’égalité.

A ceux qui m’ont interpellés sur le fait que c’est l’unique faute des hommes. J’ai entendu une écrivaine dire que les hommes ont des mères et des pères qui les éduquent, que souvent c’est la mère et qu’on ne veut pas entendre le fait que ce sont des femmes qui éduquent ceux qui feront du mal à d’autres et verront leurs filles subir les conséquences indirectes de leurs actes. Pour ce constat, je suis mitigé mais je voulais vous délivrer cette version de l’égalité et des causes parce qu’avant tout un débat ne doit jamais être unidirectionnel pour être complet. Moi, “je ne crois pas que ce soit simplement de la faute de la mère” car ce garçon a un père aussi mais “je suis forcé de constater que dans ma société, cette règle s’applique” me disait Yasmine M., j’entends cela et je me dis qu’elle n’a pas forcément tort. En France, les réponses sont différentes et variées: considérons-nous que les hommes participent de plus en plus à l’éducation de leurs enfants ? Ou au contraire, les hommes sont-ils de plus en plus machistes ? L’éducation est un point fondamental, éduquons nos enfants à se respecter mutuellement et à savoir comprendre les limites d’une parole. J’ai dis bien nos enfants, pas juste les filles, les garçons mais nos enfants, tous. A vous de prendre position ou de ne pas y penser.

Je ne suis pas pour le féminisme victimaire. Oui, je le dis clairement.

Et,

J’aime « les femmes fortes qui sont maîtresses de leur choix »,  celles qui se débattent, « celles qui ont des cicatrices » ou celles qui n’en ont pas, celles qui se battent ou croient perdent la bataille. Je pense à toutes celles qui « sont mortes sous les coups », qui ont été blessées par la connerie humaine machiste, à celles qui se « sont libérées » mais je leur dit à celles qui se battent aujourd’hui de ne pas nous donner l’impression que ce combat féministe ne voit la femme que comme une victime. Je hais au plus au point l’homme qui pense être maître, le bourreau qui tord et je salue avec joie, ambition et espoir le combat de ces femmes.

Il faut défendre le féminisme et son combat sans le rendre objet de perversions, de généralisations et de lynchage médiatique compulsif.

Beaucoup de langues se sont déliées avec le hashtag « balancervosporcs », les histoires sont touchantes et émouvantes, je suis content qu’on puisse en parler mais je n’aime pas le discours qui ne va que dans un seul sens et je n’aime pas me dire que vous, mesdames, n’êtes qu’objets d’oppressions. Le hashtag a permi la justice d’internet, le tribunal numérique qui, nous le savons, ne résout parfois rien. Ce tribunal existait, ne faisons pas semblant de nous étonner de le voir mais le tribunal maintenant sociétal sur Deneuve n’est pas mieux, croyez-moi.  Ne laissons pas le débat devenir tout simplement hystérique: ces femmes ont voulu signer pour la liberté sexuelle, maladroitement certes, mais leur combat est avant tout…le combat de femmes aussi. Sachons nous réinventer, faisons renaître l’esprit de l’égalité mais sans tomber dans paranoïa. Aujourd’hui, j’ose souhaiter que vous signiez pour ce texte aussi.

Oui, vous toutes femmes de combat,  je vous aime.

Et je l’espère,

Ce n’est pas agression

…que de vous le dire.

Par Philosophichamza.
Les opinions exprimées dans cet article ne représentent pas forcément l’opinion des éditeurs et membres du journal Le Zadig.

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