Ô Torquemada que nous sommes, oublions-nous notre histoire ?

Par Victoria Bruné
Photo: EC/Alain Schroeder

L’Europe connaît actuellement la plus grande crise migratoire de son histoire depuis la Seconde Guerre Mondiale. Des boat people débordant d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant le feu, la misère, ne cessent de sillonner la mer Méditerranée. Nombreuses sont ces indignes embarcations qui sombrent corps et biens et la mer démontée rejette les cadavres de ces exilés sur les côtes africaines ou européennes. Au sommet de cette crise, l’Union Européenne s’est, une fois de plus, muée en Désunion Européenne.

En raison de leur appartenance ethnique et/ou de leur religion, les rescapés font l’objet de fantasmes et de craintes, si bien qu’on leur affiche des étiquettes de « lâches », de « profiteurs » voire de « terroristes » – même s’il est vrai qu’une infinitésimale poignée d’émissaires de Daech se sont infiltrés dans le flot de migrants. Faut-il pour autant se laisser aller à l’amalgame et confondre terroriste et migrant ? Les européens ne sont pas tous xénophobes et racistes.

Dans cette peur de l’autre, une partie de l’Europe s’est barricadée avec des murs de la honte… à l’instar de l’Allemagne qui s’est fracturée en deux en 1961 !
Un tel vomissement des migrants peut s’avérer surprenant quand on sait que les deux grandes guerres ont généré des millions de déplacés, jetés de force sur les routes de l’exil – 30 millions de personnes, dont 8 millions en France – ont fui la Seconde Guerre Mondiale.
Ces migrants français, belges, hollandais, luxembourgeois… fuyaient l’embrasement de l’Europe au péril de leur vie, ils étaient des proies faciles des attaques incessantes de l’aviation ennemie.

Avons-nous oublié qu’au Moyen- ge, les Juifs étaient accusés de provoquer des épidémies de peste en contaminant les puits et d’enlever à Pâques des bébés chrétiens pour les sacrifier !
Qui se souvient du temps où des réfugiés belges avaient été accueillis en France par des habitants de Castres lors de la guerre 14-18 ?
Qui se souvient de cet exode massif de réfugiés espagnols suite à la guerre d’Espagne ? Mais ce n’est pas la même chose et il n’y avait pas de terroristes parmi ces réfugiés, me répondront d’aucuns. Mais les mentalités n’étaient pas aussi endurcies qu’aujourd’hui – qui craignait que des soldats ennemis s’infiltrent dans le flot de réfugiés des grandes guerres ?
Qui se souvient que le maréchal Pétain qualifiait les réfugiés de l’exode de 1940 de… « fuyards » et de « lâches » ? Qui aimerait être associé au maréchal Pétain par une telle pensée ?

Souvenons-nous qu’au début du XXème siècle, l’Occident était en proie à une peur bleue des Juifs – il était notamment reproché au judaïsme d’être dominateur envers… les femmes ! De même, le régime nazi atrophiait le cerveau et endurcissait le cœur du peuple allemand en martelant que les Juifs étaient facteurs de corruption, des parasites…

L’afflux de réfugiés Juifs en provenance de l’Allemagne nazie vers les pays voisins – la France entre autres – suscitait un violent courant d’antisémitisme. Souvenons-nous également de ce parcage systématique de réfugiés juifs en France, dans des camps ? Souvenons-nous de ces 900 juifs allemands à bord du boat people « Saint-Louis », qui furent rejetés par les États-Unis et Cuba ?
Souvenons-nous de la légèreté des pays occidentaux à augmenter les quotas d’immigration lors de la conférence d’Evian de 1938 ?

Au siècle que nous traversons, les mêmes décisions et attitudes s’impriment et se reproduisent. L’accueil est honteusement similaire envers les migrants du Moyen-Orient et d’Afrique, que d’aucuns assimilent à des colons.
Oublions-nous ce que signifie colonisation avec les atrocités des pays responsables, dont certains responsables politiques qualifient de « partage de culture » et de porteuse de « bienfaits » ? L’Afrique du Sud délivrée de l’apartheid instaurée par les colons jusqu’en 1991 par l’illustre Nelson Mandela, est l’exemple le plus récent « partage de culture » et « de bienfaits de la colonisation » !

D’où vient que toute l’humanité, descendante d’africains, se perd et sombre dans le racisme et le rejet de l’autre jusque dans les profondeurs abjectes les plus abyssales du rapport à l’autre ?
D’où vient que nous, issus de migrations massives[1], tournons encore une fois le dos aux opprimés ?
D’où vient qu’un ancien président, fils d’un immigré hongrois et descendant de Juifs séfarades, soit méprisant et réticent à accueillir les migrants ?
D’où vient que les pays de l’Est qui furent par le passé des poudrières pourvoyeuses de migrants, soient les plus violents envers l’accueil de réfugiés ?
D’où vient que cette « petite-fille de maçon italien » en France, ne cesse d’éructer sa bile par un discours acide envers les migrants, jusqu’à, prétendument, citer le Général de Gaulle en affirmant que « la France est un pays de race blanche » ?
D’où vient qu’un premier ministre naturalisé français appelle l’Europe à « fermer ses frontières » aux migrants ?
D’où vient que l’actuel président américain ne cesse de renvoyer sa vomissure sur les immigrés quand on sait qu’il a pour grand-père un immigré allemand ?

Hormis l’africain « de souche », qui n’aurait jamais quitté son pays pour aller voir si l’herbe est plus tendre dans le pré de d’autres contrées, ne sommes-nous pas tous les héritiers de l’immigration ? L’Afrique Noire n’est-elle pas le berceau de l’humanité ! Quel être humain pourrait aujourd’hui contredire les recherches et analyses paléontologues et généticiens sur ce fait purement indiscutable !

Dans cet ensemble, reconnaissons-le, nous sommes des Torquemada[2] qui oublions notre histoire !
Les heures les plus tragiques de notre histoire doivent nous servir à en tirer les leçons et non pas à les reproduire. Souvenons-nous de notre histoire, de notre passé et tirons-en des bénéfices pour ne plus en revivre les heures les plus sombres ; « Que vos choix soient les reflets de vos espoirs, et non de vos peurs » – Nelson Mandela.

__________________________________________
[1] L’Europe a connu une vague de migrations massives vers -14 500 comme l’atteste l’analyse de l’ADN mitochondrial de 55 chasseurs-cueilleurs. Source : Cosimo Posht, université de Tübingen (Allemagne).
[2] Tomas de Torquemada (1420 – 1498), fut un inquisiteur espagnol, confesseur de la reine Isabelle de Castille et qui persécuta les Juifs convertis d’Espagne alors qu’il était lui-même issu… d’une famille de Juifs convertis !

Communiqué de presse

Victoria Bruné a publié l’essai « La voix d’une jeune »

Nantes, le 23 juillet 2018 – Victoria Bruné a publié l’essai « La voix d’une jeune » le 22 février 2018 chez Bookelis.

« La voix d’une jeune » est un cri pour la défense des droits humains, du féminisme, de l’antiracisme, de la lutte contre le harcèlement scolaire et les violences faites aux femmes.

Cet ouvrage intervient dans un monde marqué par le dégel de la parole des femmes initié par le mouvement #metoo. Dans un monde secoué par la montée des populistes extrémistes et par des bouleversements géopolitiques. « La voix d’une jeune » met en lumière un sombre système d’alliance où les intérêts économiques et géostratégiques priment sur le maintien de la paix et la défense des droits humains.

Extrait de « La voix d’une jeune » :
« Agir, c’est modifier la figure du monde », a dit Sartre
Je m’essaie en toute conscience, en retraçant dans cet ouvrage un certain nombre de mes engagements au travers de poèmes, d’articles et de nouvelles sur les thèmes de la lutte pour les libertés. C’est un cri de l’espérance positive pour le propre de l’existence de l’Homme, « être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et qui renforce la liberté des autres » – Nelson Mandela

Victoria Bruné est étudiante, née le 24 février 2000. « La voix d’une jeune » est son premier ouvrage.

lezadig
lezadig

Latest posts by lezadig (see all)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *