Où sont les preuves?

Jérusalem-Est, 17 Juillet 2014. Par Diego Filiu

Comme la vie est facile lorsque l’on est à la fois juge et partie civile. L’on est assuré de gagner le procès ; l’accusé n’a rien pour se défendre.

Par Carl el-Cupel

L’attaque, d’abord aérienne et désormais terrestre, des Forces de Défense d’Israël sur la bande de Gaza, fait suite à une série d’évènements liés entre eux par des considérations politiques, des choix pris par l’acteur schizophrène, qui accuse et juge en même temps.

L’enlèvement de Gilad Shaar, Naftali Frenkel et Eyal Yifrah, près d’Hébron en Cisjordanie, conduit le gouvernement Netanyahu à accuser le Hamas. Le cabinet dit avoir en sa possession des preuves de l’implication du Hamas dans le rapt. Ces preuves n’ont pas été rendues publiques. Où sont-elles ? Et pourquoi ne pas les rendre publiques ? Pourquoi les cacher ?

Le Hamas n’a lui pas revendiqué l’enlèvement, et déclaré ne pas l’avoir commandité. On peut certes douter de la bonne foi d’un mouvement terroriste, mais dans l’histoire de la lutte armée palestinienne, tous les actes d’enlèvements furent revendiqués par leurs auteurs.

De plus, les trois jeunes ont été tués. Or il parait logique qu’une organisation comme le Hamas préfère conserver des otages en vie pour les échanger contre des centaines de prisonniers palestiniens. Le meurtre immédiat des jeunes indique donc que cet acte abject a été mené par des individus isolés.

Plusieurs indices semblent donc dédouaner le Hamas dans l’affaire. Qu’à cela ne tienne, M. Netanyahu, dans son costume de Premier Ministre, l’accuse ; M. Netanyahu, dans sa robe de magistrat, le juge coupable. La séance est levée.

D’autre part, il est à noter que l’Etat d’Israël a fait raser deux maisons palestiniennes dans le secteur d’Hébron. Elles appartenaient aux meurtriers présumés des jeunes juifs. Tiens donc, des individus isolés seraient-ils les réels coupables du kidnapping ? Il appartient néanmoins de dire qu’ils étaient des sympathisants du Hamas. Rien n’indique toutefois qu’ils aient agit, ni sur un quelconque ordre de celui-ci, ni en son nom.


«Qu’à cela ne tienne, M. Netanyahu, dans son costume de Premier Ministre, l’accuse ; M. Netanyahu, dans sa robe de magistrat, le juge coupable. La séance est levée.»


La punition – la destruction des maisons – est prononcée avant le jugement des suspects, qui d’ailleurs auraient, d’après les Forces de Défense d’Israël, disparu. Vraiment ? En Cisjordanie, une région bouclée par l’armée et truffée de check-points ? Une région où, de fait, si Israël veut vous trouver, vous ne pouvez pas lui échapper ? Il est très possible que ces individus soit entre les mains de l’armée israélienne. Si c’est effectivement le cas, qui sait ce qui les attend. Et s’ils sont les coupables, ils doivent être jugés publiquement, et non à huit clos.

Le Hamas peut multiplier les déclarations et arguer de sa bonne foi, il n’est pas entendu. D’une part parce que les propos de Khalid Mechaal sont incroyablement peu cités par les médias occidentaux, d’autre part parce que M. Netanyahu a choisi son coupable. Il s’agit maintenant de le mettre à genoux en frappant Gaza.

Jerusalem, Juillet, 2014. Par Diego Filiu

Jerusalem, Juillet, 2014. Par Diego Filiu

Le fait que le Hamas n’ait pas condamné le meurtre des trois jeunes suffit à justifier l’attaque. Mais avait-il seulement à le faire ? Pour rappel, le Hamas était rentré dans un gouvernement de coalition présidé par M. Abbas, qui lui, en sa qualité de président, avait officiellement condamné l’assassinat. M. Abbas avait dès lors parlé en le nom du Fatah, mais aussi du Hamas. Pourquoi exiger du Hamas qu’il recondamne l’homicide en son nom propre, et ne pas l’exiger du Fatah ? Ce deux poids deux mesures est malhonnête de la part du gouvernement Netanyahu.

Plus encore, comment exiger une condamnation officielle de la part du Hamas alors qu’il n’y a pas eu de condamnation officielle de la part du gouvernement israélien du meurtre du jeune Palestinien Mohammed Abu Khdeir ?

Au total, la question de la condamnation n’est qu’une excuse pour s’attaquer au Hamas. Mais puisque les preuves de l’implication du Hamas, au départ de cette escalade, sont inexistantes, pourquoi s’en prendre à lui ? Soyons clairs, le Hamas est clairement un responsable de la montée des tensions qui ont suivi. Le questionnement de sa responsabilité ne porte que sur l’étincelle, le point de départ.

Comme dit plus haut dans ce papier, le Hamas s’était décidé à s’allier au Fatah dans un gouvernement d’unité palestinienne. Alors que le Fatah perdait en popularité et en influence, et que le Hamas voyait ses vivres coupées, les deux partis rivaux avaient choisi l’alliance.

Il est probable que cela ait déplu à M. Netanyahu, qui voyait en la division des acteurs politiques palestiniens une aubaine. Diviser pour mieux régner, il est vrai, est une excellente stratégie. Le gouvernement israélien a instrumentalisé le meurtre de trois de ses citoyens pour diaboliser le Hamas et détruire le gouvernement de réconciliation palestinien.

Alors que le Hamas s’était lié à ce gouvernement pour rentrer, au sein de celui-ci, dans le dialogue avec Israël, c’est Israël qui l’a grossièrement rendu coupable d’un meurtre odieux pour refuser de parler avec lui. Dans cette affaire, qui refuse la négociation ? Qui refuse la discussion ?

M. Netanyahu ne veut visiblement pas la paix. Mais ça, on le savait.

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