Où va l’Europe ?

par Clément Émine

Le 18 octobre, un certain président normal déclarait à propos de la zone euro que « le pire était derrière nous » et laissait ainsi planer un vent d’optimisme quand aux préoccupations actuelles sur la stabilité de l’Europe. Pour autant, avons-nous réellement de quoi nous réjouir ? Si la stabilité financière semble rétablie pour les prochains mois, savons-nous réellement où nous allons ? Il apparaît désormais indispensable de fixer un cadre, un orientation clairement définie pour l’Union Européenne, particulièrement lorsque la conjoncture et les prévisions ne sont guère réjouissantes : avec une croissance en berne pour (au moins ?) les deux prochaines années, un endettement qui reste toujours colossal, des troubles sociaux grandissants et un fossé qui semble se creuser entre une Europe dite « du Nord » et une « du Sud », il semble y avoir de quoi être préoccupé.

En ces temps de crise, ne faudrait-il pas s’interroger, discuter, débattre de la nature à donner à la construction européenne ? On entend souvent que « c’est dans les crises que l’Europe avance ». Mais vers où avance t’elle ? L’un des problèmes de la construction européenne a souvent été l’incapacité à statuer sur l’orientation à donner à l’Europe : plus d’intégration ou respect total des souveraineté des Etats. Cette incapacité à se décider a souvent généré des incohérences ; par exemple, réaliser l’union monétaire sans harmoniser les politiques économiques et budgétaires. On constate aujourd’hui les résultats.

Aujourd’hui, la question de la poursuite ou non de l’intégration ne semble pas résolue. De réelles avancées récentes vont dans le sens d’une plus grande intégration : la mise en place début octobre du Mécanisme Européen de Stabilité et ses 700 milliards garantis pour préserver la stabilité financière ou encore l’accord à Bruxelles sur une future union bancaire pour 2013-2014. Les négociations ont été longues et difficiles (surtout entre Berlin et Paris) mais l’on perçoit ici un souhait réel des dirigeants européens de tendre vers une plus grande intégration. Pourtant, des signes de volonté de préserver les intérêts nationaux en dépit de l’intégration perdurent. Ainsi, l’échec des négociations entre Paris, Berlin et Londres quand à la fusion EADS-Bae a empêché la formation d’un groupe européen de rang mondial. EADS aurait ainsi été numéro 1 mondial de l’aéronautique. En ne voulant rien céder sur leurs participations au groupe, les 3 Etats ont échoué à réaliser ce grand projet industriel, l’Europe n’a pas prévalu sur ce sujet.

Il n’est donc pas aisé de distinguer une politique clairement définie en matière de construction européenne. Ajoutez à cela la montée réelle de l’euroscepticisme dans les pays membres. Si, à défaut de volonté politique, l’adhésion populaire ne serait pas là, la construction européenne apparaîtrait difficile. Un sondage récent révèle que 40% des Britanniques jugeraient la sortie de l’UE comme « une bonne chose », un niveau jamais atteint auparavant.

Aujourd’hui l’intégration européenne suscite de nombreux débats. Plusieurs remises en question surgissent à propos de l’Union Européenne : à propos de ses institutions pas assez démocratiques, de son coût, de son efficacité, de son orientation idéologique, … Les différentes forces d’extrême droite s’en donnent à cœur joie. Toutefois, un certain comité suédois vient de nous rappeler le fondement essentiel sur lequel l’Europe repose : la réalisation d’un rêve. Un rêve d’hommes qui ont voulu pacifier et unifier des peuples qui se sont déchirés pendant des siècles. En ces temps de remises en question de l’Europe, le Comité du Prix Nobel nous rappelle judicieusement quel est le sens de la construction européenne.

Difficile de cerner où va l’Europe. Tâchons de ne pas oublier pourquoi l’Europe est là.

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