Phase après phase, voilà comment nous faisons face

@Europe 1

Par Ariane le Gall.

1ère phase : l’inconscience et le déni

Cette phase, nous l’avons vécue en France il y a maintenant plus d’un mois lorsque le gouvernement a commencé à prendre des mesures de confinement pour ceux revenant de Lombardie-Vénétie ou de Chine. Les élèves mis alors en quarantaine ont pour certains ignoré la réalité du risque et ont en profité pour partir en vacances. Evidemment ils considérèrent que ce n’était qu’une simple grippe qui passerait vite et qui ne revêtait aucun danger pour les jeunes bien portants. Et pourtant… et pourtant, nous voilà maintenant tous en confinement et les morts s’entassent. 

Je pense que cette inconscience et ce déni ont majoritairement frappé les jeunes, se croyant invincibles, ce déni a survécu jusqu’à l’annonce présidentielle du jeudi 12 mars déclarant que l’ensemble des universités françaises fermaient à partir du lundi suivant. A l’annonce de cette mesure, tous se sont empressés de réserver des vols afin de rentrer chez eux, tous ont fui Menton. Et ceux qui restèrent profitèrent une dernière fois du soleil et de la mer à Menton. Les soirées s’enchaînèrent, avec câlins, embrassades, alcool, beaucoup d’alcool. Nous étions à chaque fois plus de 100 inconscients, étudiants que nous étions. 4 jours d’affilés nous fîmes la fête, jeudi 12, vendredi 13, samedi 14 avec notre Gala improvisé, bière et barbecue sur le campus à midi, joie et désespoir, photos et vidéos, dimanche 15, le dernier soir. Je ne peux le reprocher à personne, faisant moi-même partie de ces jeunes. Les évènements nous tombaient dessus, nous avions besoin de temps, nous ne pouvions nous résigner à croire que c’était la fin. La dernière fois que nous verrions nombre d’entre nous. Nous devions dire au revoir, adieu à cette année mentonnaise qui comme chacune restera unique. Les adieux étaient déchirants, pire encore avec la situation dans laquelle nous nous trouvions. Deux mois nous avaient été volés, et cela nous semblait terriblement injuste. 

2ème phase : la fuite, la peur et la psychose 

Les images d’aéroports bondés, les milliers de personnes portant des masques et des gants pendant leurs courses. La peur s’est presque généralisée. Les questions se répètent sur les médias, l’info en continue passe les mêmes vidéos en boucle histoire de ne pas nous faire oublier que nous sommes mal barrés. Tout le monde se plaint et les français continuent à être têtus et sortent. Que faut-il faire ? Où aller ? Comment se protéger ? La peur, la peur mais toujours l’inconscience. Nous ne réalisons toujours pas. En une semaine Menton s’est vidé. Les messages d’étudiants cherchant un bus, un train, un taxi se multiplièrent sur le groupe du campus, c’était sauve qui peut, mais nous sommes restés solidaires. C’est la beauté de notre campus, la psychose ne nous a pas gagnés, aucun d’entre nous ne s’est retrouvé seul. Certains aidaient à porter les valises, d’autres partageaient leurs provisions ou accueillaient des amis pour se confiner sans être seul. Nous pouvons être fiers de notre campus car nous sommes restés soudés. 

3ème phase : la critique du gouvernement

Les internautes, les médecins, les journalistes, les parents, les étudiants, tous critiquent le président et le gouvernement, soutenant qu’ils n’ont pas réagi assez vite. Il nous fallait quelqu’un à blâmer pour ce qui nous tombait dessus. Alors qui d’autre que ceux qui sont censés nous guider ?  Lorsque la moitié des français continuait de sortir, l’autre moitié critiquait le gouvernement. Les questions qui reviennent et qui blâment, « où sont les masques ? » « où sont les tests ? », le gouvernement français était et est encore bombardé de critiques et de questions. Il s’agit évidemment de son rôle de nous apporter des réponses et de nous fournir les protections nécessaires, mais n’oublions pas que nous sommes tous humains, que cette épidémie était imprévisible et que la France n’est pas gouvernée par des surhommes. Nous avions besoin de personnes ou d’institutions à critiquer et nous avons choisi le gouvernement. Mais rappelons-nous que ce n’est qu’unis que nous avons une vraie force. 

4ème phase : la prise de conscience et la vraie peur

Au fur et à mesure qu’avançait l’épidémie et que les statistiques tombaient, la prise de conscience s’enclenchait. On comprenait l’importance de rester chez soi. Je me rappelle du moment où j’ai lu une notification de BBC World News, « Confirmed global cases pass one million » c’est à ce moment que l’on se dit « le monde ne sera plus le même après ça ». On commence tous à avoir un proche atteint ou malheureusement mort. La prise de conscience n’est alors plus une option.

5ème phase : la course au remède et l’impatience

Les recherches pour un vaccin se multiplient, les scientifiques du monde entier tentent de trouver un remède à cette épidémie meurtrière. Alors, la moindre possibilité se transforme en débat national, en affrontement entre professionnels. Faut-il sacrifier certaines procédures scientifiques sous prétexte que le remède est peut-être là ? Je n’ai pas la réponse en revanche je crois sincèrement que les mesures exceptionnelles que nous prenons et prendrons ont des conséquences et qu’il ne faut pas oublier cela. Cette course au remède s’accompagne de l’impatience de plus en plus généralisée. Aux infos on parle de vacances, les gens veulent partir en vacances. Nous en sommes à présent à un mois de confinement, mais il faut se rendre à l’évidence, ce n’est certainement pas fini, il va falloir tenir. Le confinement n’est pas toujours simple, je pense à tout ces parents qui doivent jongler entre télétravail, enfants, ménage, courses, ou à ces personnes âgées qui se retrouvent isolées au sein même de leur EHPAD. « L’homme est un animal social » et ce confinement le pousse dans ses retranchements. 

6ème phase : regret 

La dernière phase, nous n’y sommes pas encore mais je la vois arriver. Nous regretterons certaines mesures, nous regretterons de ne pas avoir respecté certaines autres mesures, mais nous n’y pourrons plus rien. Nous devrons accepter le bilan final sachant qu’il n’y a pas de retour en arrière. Ceci est mon témoignage, il ne relate que mon expérience et mon analyse car chacun vit cette épreuve différemment. Je veux croire que l’humanité se relèvera et sortira plus forte de cette pandémie, mais pour l’instant, restez chez vous.

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