Que se passe-t-il en Syrie?

par Marwan A. Issa (contribution spéciale)

Voilà maintenant un an et six mois que le « conflit syrien » fait rage. Conflit, guerre civile, répression ? La situation sanglante sur place et la cacophonie générale est telle que personne n’est à même de prétendre réellement cerner les évènements.

Néanmoins, les faits sont là et l’on ne pourra faire taire éternellement les quelques 30 000 morts. Chaque jour qui s’écoule en Syrie apporte son lot de victimes et de massacres qui se suivent et se ressemblent : le massacre de Houla le 26 mars 2012 (108 victimes dont 49 enfants) et le massacre d’Al-Koubeir le 6 juin 2012 (55 victimes dont 18 femmes et enfants) restent surement les plus marquants.

En outre, si le régime de Bachar Al Assad faisait face au début du conflit à des manifestations pacifiques de civils demandant plus de libertés, l’armée régulière est désormais confrontée à des groupes armés qui prétendent constituer « l’armée syrienne libre ».

Il est crucial de comprendre que la situation n’est ni toute blanche ni toute noire et que chacun à sa part de responsabilité. Imputer la gravité de la situation sur place à un petit groupe et occulter les manipulations, les mensonges et les rumeurs propagés par certains serait une faute grave. Quiconque à la prétention de faire une analyse la plus sobre et la plus limpide possible en Syrie doit prendre en compte tous les facteurs. Si la communauté internationale peine à trouver des solutions au problème syrien c’est principalement pour deux raisons.

La première est liée à la complexité du dossier et ses enjeux. En effet on ne s’attaque pas à un régime aussi solide que celui de Bashar Al Assad comme on s’en prend à celui de Kadhafi. La Syrie est un pays central au Moyen-Orient, mais c’est aussi le principal allié de l’Iran. Le régime promeut un certain équilibrage des forces dans la région et cet équilibre est garant d’une plus ou moins grande stabilité.

La deuxième raison souvent passée sous silence et sur laquelle il est nécessaire de s’attarder, est la division au sein de la communauté internationale. Les évènements en Syrie cristallisent à eux seuls la fatale impuissance d’une communauté internationale abasourdie, désunie et attentiste. Il n’y a pas de mots assez durs pour illustrer l’hypocrisie des Nations Unies et des grandes puissances de ce monde quant à leur gestion de cette crise. Ce n’est pas en se réunissant une fois tous les trois mois dans de grands hôtels et dans des palais arrogants de luxure que les morts vont cesser. Il convient certes, de reconnaître la difficulté de pourparlers et les divergences mais il est également humain de s’insurger lorsque l’on entend les « condamnations » des uns pendant que les autres parlent « d’une situation horrible ». La vérité, est qu’il n’est pas très compliqué de se rendre compte que la situation sur place est horrible, inhumaine ou encore inimaginable, mais qu’il est beaucoup plus dur et courageux de prendre des initiatives et faire preuve de pragmatisme. Aujourd’hui, les Etats-Unis ne peuvent rien contre la coopération militaro-technique entre Moscou et Damas et les pays du golfe avec à leur tête l’Arabie Saoudite continuent à troubler une situation déjà complexe en fournissant de manière inconsciente et dramatique des armes aux insurgés à coup de pétrodollars. En somme, certains veulent voir le régime de Bachar Al Assad tombé, d’autres ont besoin de lui. Mais tous tentent de faire valoir leurs intérêts en agissant en douce, en mettant en péril des vies et en menaçant l’équilibre fragile des rapports de forces dans la région.

Agir dans l’ombre comme un cafard qui attend sa proie n’est pas ma vision de la Realpolitik. En attendant, des dizaines de personnes continuent de périrent sous les balles et la torture…

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