Rien ne sera jamais possible avec Netanyahou

Bibi ne veut pas la paix avec la Palestine. Plus encore, il ne peut même pas vouloir la paix avec la Palestine. Les partis d’extrême-droite nationalistes et religieux qu’il traine dans sa coalition empêchent tout espoir d’accord satisfaisant pour les Palestiniens. Pour ceux-là, le sionisme signifie une terre de la Méditerranée au Jourdain, et surtout pas d’arabe entre les deux.
Par Carl el-Cupel

En 2009, les élections israéliennes avaient propulsé le parti Kadima en tête à la Knesset. Fondé par Ariel Sharon, pas forcément un enfant de chœur envers les Palestiniens, Kadima est néanmoins un parti centriste. Il considère que “pour établir un Etat juif et démocratique, il faut abandonner une partie de la terre d’Israël”. Comprenez, la terre d’Israël, c’est de la mer au Jourdain, mais, nous gracieux Israéliens, nous en laissons magnanimement une part aux arabes. Et c’est un parti centriste au regard du spectre politique d’Israël. Cela laisse présager du pire avec des partis plus nationalistes.
Tzipi Livni, pas une enfant de chœur non plus – ancien agent du Mossad, apeurée par la “menace démographique palestinienne”, accusée de crimes de guerre lors de Plomb Durci – était à la tête de Kadima en 2009. Mais elle n’a pas voulu constituer un gouvernement : Kadima a fait le choix de demeurer dans l’opposition. Dès lors, il fallut se tourner vers le second parti à la Knesset : le Likud. Et à sa tête : Bibi.
Il était catapulté Premier ministre ; lui restait à former une coalition. Ce n’est pas une mince affaire en Israël, où la dissémination politique due au fameux système proportionnel pur, qui permet entre autres à Israël de s’autoproclamer “seule démocratie du Moyen-Orient”, oblige le chef du gouvernement à rassembler des partis aux objectifs différents et parfois incompatibles.
Depuis, Kadima a rejoint la coalition gouvernementale, avant de s’écraser aux élections de 2013 (2 misérables sièges), Livni est devenue ministre de la justice. Le Likud a ratissé 31 sièges. Mais des partis plus à droite ont eu des députés en nombre : 11 pour le Shas, 12 pour Habeit Hayehudi, 7 pour Yahadut Hatorah. Habeit Hayehudi, “la maison juive”, ultra-nationaliste orthodoxe, est entrée dans la coalition de Netanyahou, et dispose donc de membres au gouvernement.
Ce parti prône l’inflexibilité la plus totale quant à la Judée-Samarie et à Gaza. Il soutient de tout son poids la colonisation. Une aubaine pour Bibi : il donne à Habeit Hayehudi le portefeuille du logement. Autrement dit, vous avez carte blanche pour bâtir en Cisjordanie, mes amis. Alors, certes Netanyahou n’a-t’il pas intégré par plaisir Habeit Hayehudi à son gouvernement : il n’avait guère le choix, la date limite approchant. Mais le fait de placer la branche la plus durement sioniste du régime au ministère du logement montre qu’il ne cherche pas franchement à calmer les ardeurs palestiniennes et à arriver à la paix.
On pourra arguer que Bibi a placé Livni à la justice avant tout pour la mettre en charge, elle la centriste “modérée”, des négociations avec la Palestine. Mais que dire quand Naftali Bennett, ministre de l’industrie, s’enorgueillit d’avoir “tué beaucoup d’arabes dans [sa] vie” ? Que penser de l’entêtement dans le Grand Israël ? Qu’espérer quand Netanyahou refuse de faire le “geste” du gel des colonisations, quand bien même cela n’aurait rien d’un geste, mais simplement d’un peu plus de respect envers le droit international ?
Bibi s’amuse à déclarer, tous les mois, que les Palestiniens ne veulent pas la paix. Une telle mauvaise foi est si incroyable qu’elle mériterait presque un trophée. Il se donne le beau rôle en proposant des plans à l’OLP, et argue par la suite que tout est réfuté. Mais les termes de ce que propose Netanyahou sont inacceptables. On peut considérer que Bibi cherche une paix, mais certainement pas une paix satisfaisante, en termes de territoires et d’indépendance, pour les Palestiniens. Dans ces domaines, les Israéliens, eux, ont été assez largement satisfaits au cours des soixante-dix dernières années.
Bibi est intelligent. Il sait que ce qu’il propose n’aboutira jamais sur la paix. Il ne la veut pas. Il ne veut que le statu quo, pour pouvoir gratter, semaine après semaine, colonie après colonie, toute la terre de la Palestine mandataire.

The Separation Wall. Jerusalem, 2011. BY Clara FIgueras

The Separation Wall. Jerusalem, 2011. BY Clara FIgueras

John Kerry n’y changera rien, les négociations en cours ne mèneront nulle part – je le reconnais, c’est enfoncer une porte ouverte que de le dire. Reste deux solutions : une intervention un peu plus poussée que d’habitude de l’ONU (on peut rêver), ou, et c’est là que peut-être il demeure une bribe d’espoir, un rejet par l’opinion publique israélienne du gouvernement d’extrême-droite, et un basculement politique d’Israël vers l’aile gauche.
La paix extérieure israélienne sera conditionnée par sa politique intérieure. Vivement les prochaines élections. Avec Bibi et ses amis, rien n’est possible.

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