Say yes to le verre à moitié plein !

Par Nesrine Mestiri

La chance. Ce mot ne peut raisonner que comme une immense vague d’ironie dans ma tête. De la chance, pour moi ? De la sortie du ventre de ma mère jusqu’au moment où vous lisez cette phrase, la chance a été aussi présente pour moi que le niveau d’anglais des profs en deuxième année.

J’aimerais donc vous raconter quelques anecdotes “sympathiques”, dans lesquelles j’aurais plutôt tendance à parler de malchance. Toutefois, vous comprendrez que malgré toutes les petites pépites qui m’arrivent, la chance ne m’a quand même pas toujours abandonnée.

Au lieu de passer 9 mois dans le ventre de ma mère, j’en ai passé quasiment 10 et j’ai bu jusqu’à la lie le liquide pourri de son placenta. En bref j’aurais pu avoir des problèmes de santé ou même “mourir” à ma naissance parce que le gynécologue de ma mère jugeait que je voulais encore passer du temps dans le chaleureux placenta de cette dernière. But here I am, après que ce soit un manque ou un excès de chance je ne peux pas en juger.

 

        Un peu plus récemment, il y a quelques années, vivant alors à Rome, j’étais rentrée à Sousse, ma ville natale, avec ma famille. Je vous pose le cadre. C’était l’été, mon grand frère était en déplacement pour son travail et il n’y avait donc à la maison que mon père, ma mère et moi. Le chien de mon frère, un rottweiler, se promenait tranquillement dans la maison avec nous. Ce chien ne nous voyait que d’été en été, n’était donc pas très habitué à notre présence mais avait tout de même l’air de nous apprécier. La pauvre bête se sentait un peu seule du fait que mon frère était absent de la maison 2 semaines par mois. Mon cousin passait donc tous les jours à la maison pour le nourrir, le détacher afin qu’il se dégourdisse les pattes et puis le rattacher. Je ne suis pas du tout partisane de cette méthode d’éducation des chiens mais cela n’était pas de mon ressort ni de celui de mon frère. Bref. Nous avons dîné ce soir là avec mes parents, le chien à nos côtés. Plus tard dans la soirée, j’allais sortir faire un tour avec ma cousine et ma tante. Je me suis changée, je suis sortie dans la cour pour appeler ma cousine afin de confirmer l’horaire et je suis ensuite revenue dans la maison. Mes parents étaient dans la cuisine, de l’autre côté de la cour (maison arabe). Je rentre, je prends l’ordinateur posé sur une table dans le coin de la pièce et là tout s’arrête. Le chien m’a attaquée, prise par les jambes et a commencé à me mordre violemment. Je crie de toutes mes forces à l’aide, je pleure avant même de sentir la douleur. Je continue à crier mais au bout de trente secondes ou une minute je tombe par terre, et je me laisse faire, pétrifiée et impuissante . Mes parents accourent, affolés et perdus, essayent de m’extirper du chien. Mon père tape violemment la pauvre bête sur la tête mais cette dernière s’accroche d’autant plus violemment à moi, comme si j’étais sa proie et qu’elle avait peur qu’on la lui prenne avant qu’elle n’en ait fini. Bref, mon père met ses mains dans la gueule du chien et m’arrache de son emprise. J’ai encore cette image du chien se retournant vers moi et tentant de revenir pour finir ce qu’il avait commencé. Je vous passe le reste des détails, mais en gros, j’enlève mon pantalon et je vois ma chair déchiquetée, des plaies profondes comme je n’en avais jamais vues.

Qu’est ce que j’ai pu retenir de cela ? En ce début d’été, j’étais prête à aller à la plage, à sortir avec mes cousines et à m’amuser. Au lieu de ça, je me suis retrouvée à faire une opération avec anesthésie générale, à passer un mois sans pouvoir marcher correctement et 3 mois à désinfecter une plaie qui refusait de se fermer.

Est ce que j’ai eu de la chance ? En apparence, très peu. Mais si on y pense avec un peu plus de recul, de la chance je n’ai eu que ça ce jour là. Le chien aurait pu m’arracher une main, m’attaquer au visage ou encore au ventre et laisser des séquelles irrécupérables ou me tuer. Alors oui j’ai eu de la chance puisque le déroulement des événements aurait pu être pire.

        Promis, cette anecdote était la plus longue. Si vous êtes encore présents à ce moment de la lecture, accrochez vous puisque les prochaines anecdotes sont plus courtes et moins dramatiques.

        La dernière semaine de nos belles vacances d’hiver, nous avons fait un voyage en Europe avec trois amies à Prague, Vienne et Budapest. Fraichement arrivées à l’aéroport de Prague, nous avions hâte d’arriver à notre airbnb et de commencer cette petite aventure. Nous prenons donc des billets de transport, pour un bus jusqu’au métro et un métro jusqu’à notre destination. Après le trajet en bus, nous arrivons logiquement dans la station de métro, avec nos valises et notre excitation. Les filles plus loin derrière moi, je m’apprête à descendre dans l’escalator quand un homme légèrement louche me laisse passer devant lui. Quelques secondes plus tard, je regarde mes pieds et je remarque que cet homme est au même niveau que moi sur l’escalator et non pas derrière moi. Attachée à mon espace personnel, je descend d’une marche puis de deux. L’homme me suit dans cette entreprise et je sens que sa présence est  trop proche. Ne pouvant pas avancer plus à cause des personnes devant moi et l’homme ne m’ayant pas touchée physiquement ou dérangée verbalement, je ne voyais pas ce que je pouvais lui reprocher à part le fait d’être bizarrement trop proche de moi. Quelle naïveté. Le voyage en escalator prend fin et nous montons dans le métro, toutes excitées et pleine de curiosité. Des contrôleurs entrent dans le métro et nous demandent nos tickets qui se sont révélés être des tickets pour des enfants et non des étudiants. Nous leur expliquons que cela n’était pas mentionné dans le distributeur à l’aéroport mais ils nous demandent malgré tout de descendre à la prochaine station avec eux. Ils nous expliquent alors que nous devons payer une amende d’un montant assez élevé. D’abord irritée puis résignée, j’ouvre mon sac pour prendre mon portefeuille. SURPRISE. Pas de portefeuille. Comme dans les films, les pièces du puzzle s’assemblent et je comprends que l’homme qui était bien trop proche de moi était un charmant pickpocket.

Conclusion : On vient d’arriver à notre première destination, mon portefeuille avec mes cartes de crédit et d’identité, ainsi que 220 euros que j’avais retiré le matin même pour tout le voyage, n’est plus là. Comment garder l’envie de faire ce voyage quand je subis tout ça avant même qu’il n’ait commencé ?

        Encore une fois c’est là qu’une forme de chance vient compenser l’absence d’une autre. J’avais encore mon passeport sur moi, indispensable pour me rendre aux deux autres destinations et pour rentrer en France. Et surtout j’avais à mes côtés trois amies formidables sur qui je pouvais compter pour passer le voyage sereinement. Ainsi, malgré ce début fracassant, ce voyage m’a tout de même permis de construire des souvenirs qui ne peuvent s’oublier.

        Je pourrais encore vous en raconter des plus drôles et des plus étonnantes comme anecdotes chaotiques. Mais je n’ai pas besoin de le faire pour vous affirmer qu’il faut toujours se forcer à relativiser les situations dans lesquelles on se retrouve. Ça pourrait toujours être pire. Toujours.  Il faut également toujours se rappeler d’être reconnaissant de notre situation personnelle, des lieux et des personnes qui nous entourent. Même si on manque parfois de chance et que des choses plus ou moins terribles et plus ou moins comiques nous arrivent, elles n’auraient pas eu lieu d’être si nous n’avions pas eu la chance d’étudier dans telle ville, de connaitre telles personnes ou d’avoir l’opportunité de voyager…

Il faut dire al hamdoulilah mes amis, même lorsqu’à la veille des vacances, après le dernier final et le bal d’hiver,  votre sac Mc Do à emporter se déchire et que les frites prennent une autre destination que votre estomac… Always always say hamdoullah.

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