Soutenir les néo-nazis ukrainiens

Et non, cher lecteur, je te rassure tout de suite : je n’ai pas tourné nazillon à force de fréquenter les Arabes de Menton. Non, ce titre est un simple attrape-client. Un moyen d’attirer ton attention parmis les brilliants articles de ce Zadig. Un vil stratagème donc, mais qui à marché puisque te voilà en train de me lire ! Nous pouvons donc passer aux choses sérieuses.
Diego Filiu

L’Ukraine. La révolution a une fois de plus supris tout le monde. Qui aurait pu s’attendre à ce que quelque part, au fin fond de cette Europe de l’Est si peu connue, un peuple s’éveille et ejecte son dictateur à la force des barricades ?

C’est pourtant ce qui s’est passé en Ukraine. Depuis le 21 Novembre, les manifestations n’ont fait que s’intensifier. C’est finalement un véritable camp, installé sur la place centrale du Maïdan, qui a éjecté le Président Ianoukovitch la semaine dernière.

Le sortant, réfugié en Russie, s’épuise maintenant à détruire la légitimité des autorités de transition. Mais à ma grande surprise, il n’est pas seul à adopter une attitude des plus reservées face à la révolution d’Ukraine. Loin de là ! Les médias occidentaux se sont en effect fait le relais des critiques russes : le gouvernement Yatsenyuk, pourtant approuvé par un parlement élu démocratiquement le 27 Février, serait composé d’un ramassis étrange de néo-nazis, anti-communistes, pro-américains corrompus et nationalistes chauvins.

Bon. Essayons de revenir aux faits. Le gouvernement intérimaire à non seulement été choisi par des instances légales et légitimes, mais sa composition est également bien moins extrême que l’ont laissé entendre nos médias. En effet, le poste de Premier Ministre revient à Arseniy Yatsenyuk, membre du parti Batkivshchyna (qui se traduirait par « Patrie »). Proche de Iulia Timoshenko, qui dirige le parti depuis sa prison, il s’est distingué par ses positions pro-européennes et libérales (il a notamment pleinement soutenu la Révolution Orange de 2004 qui, je vous le rappelle, avait abouti à annuler l’élection plus que contesté de Ianoukovicth ; par des moyens pacifiques qui plus est).

En ce qui concerne le gouvernement lui-même, il s’avère bien difficile de retrouver les extrèmistes nazillons dont nos médias nous rebattent les oreilles. En effet, sur 20 membres, on compte 7 non-alignés (les technocrates dont le pays a tant besoin), 6 Batkivshchyna (les européens de Timoshenko) et 3 personalités médiatiques de la place Maïdan.

Mais le problème réside finalement dans l’appartenance partisane des 4 membres restants. En effet, le vice Premier ministre, le ministre de la défense, ainsi que les ministres de l’agriculture et de l’écologie, font tous partie du parti Svoboda (« Liberté »).

Ce parti est décrié en France, comme dans l’ensemble du monde occidental, comme ultra-nationaliste, réactionnaire, néo-nazi. Il serait donc insupportable de voir un gouvernement démocratiquement élu (celui de Ianoukovitch) remplacé par cet ensemble de dangereux réactionnaires.

Kiew, August 8 2009, Marco Fieber, http://ostblog.org/

Kiew, August 8 2009, Marco Fieber, http://ostblog.org/

Bon (bis). Tout d’abord, il convient de préciser que le gouvernement Yatsenyuk n’est rien de plus qu’un gouvernement intérimaire. Son rôle se réduit simplement à assurer le maintien de l’ordre jusqu’aux élections présidentielles du 25 Mai 2014. Et en ce qui concerne les menaces à la stabilité de l’Ukraine, il convient plutôt de se tourner vers Sébastopol et la Russie que vers le nouveau pouvoir de Kiev.

Par ailleurs, inclure les membres de Svoboda dans le gouvernement revient à décrédibiliser leurs actions de trouble à l’ordre public, opérées de façon systématiques avant la nomination du nouveau gouvernement. En effet, comment justifier la poursuite d’actions violentes à l’encontre des autorités officielles, si celles-ci incluent les pontes du parti ?

Enfin, la dénomination de néo-nazis pour désigner les membres de Svoboda paraît bien exagérée. En effet, si l’on désire vraiment dépasser le bruit de fond médiatique pour dessiner les véritables contours du parti Liberté, la situation change du tout au tout. Svoboda a mis en ligne son programme (dans un anglais parfait d’ailleurs, à faire mentir les accusations de chauvinisme arriéré). A travers ses différents chapitres, nul référence à un quelconque néo-nazisme, nul antisémitisme, nul appel à la haine. C’est en effet un programme extrême (comités de purifications contre les élements communistes, droit de porter des armes, interdiction de l’avortement..). Mais finalement, Svoboda apparaît bien plus proche idéologiquement des partis néo-conservateurs, du type Tea Party, que de la mouvance néo-nazie.

Mais restons modestes. Je ne peut prétendre à délivrer parole d’évangile sur un sujet si lointain, si complexe et si actuel. Toute opinion divergente est donc invitée à s’exprimer à travers les pages de ce Zadig. Mais je me permet de le réaffirmer, en terme de transition politique, l’Ukraine a fait le bon choix en incluant les groupes les plus extrêmes au sein du processus. Afin que le maïdan ukrainien ne dégénère pas en meydaan égyptien, il paraît en effet essentiel de coopérer avec un groupe que l’on pourrait rapprocher, en terme de violence militante et de structure partisane avec les Frères Musulmans ukrainiens.  N’excluons surtout pas les Svoboda de la transition politique, ne leur donnons pas cette chance de se radicaliser et de s’entourer d’une aura de martyr comme l’on fait les partisans de Muhammad Mursi.

Diego Filiu

Diego is a French nationalist at heart who also happens to have the American citizenship, therefore he is caught between the two worlds of socialism - and swagness. He has an acute sense of spirit when it comes to supporting... “valeurs de la Republique”
Diego Filiu

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