Choisissons l’Union Européenne

Une tribune d’Arthur des Garets.

L’année 2017 et ses échéances électorales furent l’occasion d’épuiser un certain nombre de débats, d’en oublier certains et d’en actualiser d’autres. Le constat lucide qui suit l’élection présidentielle est sans appel : sur 11 candidats, 8 étaient euro-sceptiques ou anti-UE, regroupant 50% des suffrages exprimés. Les postures n’étaient évidemment pas les mêmes entre un discours frontiste refusant l’Union Européenne par frénésie identitaire et le discours insoumis, dénonçant les dérives de son libéralisme. Le diagnostic est pourtant clair : les Français doutent des bienfaits d’une Union Européenne qui leur apparaît hors-sol et que certains discours caricaturent en mère de tous les maux. C’est pour engager le débat en vue des élections européennes de mai 2019, que nous étudiants de tendances et d’âges différents, nous nous permettons de prendre aujourd’hui la plume. Non pas pour convaincre ou persuader d’une position, mais pour que cette échéance soit pour nous étudiants un moment décisif pour un projet politique qui fêtera bientôt les 70 ans de la main tendue par Robert Schuman. Pour ne pas sombrer dans la caricature, la mythification ou l’indifférence.

A l’heure d’une mondialisation où la raison nous invite à être lucides sur ces forces internationales qui interfèrent et modifient le cadre national, où nous témoignons d’une concurrence féroce des grandes puissances américaine et chinoise sur le plan économique, il faut savoir être clairvoyant sur l’opportunité que représente l’Union Européenne pour la France et l’Europe. A titre de comparaison, la France exporte cinq fois moins que la Chine, à hauteur de 464 milliards de dollars en 2015 contre 2,342 milliards de dollars d’exportations pour la Chine. Aimer la France c’est aussi être lucide sur sa puissance économique : moyenne. Le PIB Français est aux coudes à coudes avec celui de l’État de Californie et ses 39 millions d’habitants.

La mentalité française a du mal à accepter cette idée. Peut-être est-ce d’ailleurs cela qu’être français: voir en notre richesse intellectuelle, littéraire et historique l’évidence d’une hégémonie totale, y compris économique. Vouloir que nos Lumières soient comptées dans notre PIB. Dommage. La fierté d’un passé glorieux avec ses parts d’ombre ne doit pas nous rendre amorphes lorsqu’il s’agit de construire notre futur. Et pour notre part, nous voyons en l’Union Européenne un tremplin et un outil pour l’avenir.

Aimer la France c’est aussi être lucide sur sa puissance économique : moyenne. Le PIB Français est aux coudes à coudes avec celui de l’État de Californie et ses 39 millions d’habitants.

Avec 500 millions de consommateurs, l’Union Européenne représente un formidable débouché pour les entreprises françaises. Les deux tiers des exportations françaises se font au sein de l’UE. De vastes programmes d’aide à la création, à l’accompagnement et au développement des PME — poumons de l’UE — ont été lancés : 2,3 milliards d’euros investis dans le cadre du programme COSME et surtout 9 milliards d’euros alloués pour la recherche et l’innovation d’ici à 2020, à l’heure de la révolution économique et industrielle.

Mais c’est être lucide sur l’Union Européenne que de considérer ses failles. L’incompréhension légitime de certains travailleurs face aux délocalisations au sein même de l’Union Européenne ne doit pas cacher le défi que pose la mondialisation à l’économie française. Mais c’est être léger sur la réalité que de ne voir que cela. La notion de destruction créatrice lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une sécurisation des conditions, est légitimement vécue comme une dépossession conduisant à une résonance des populismes, promettant tout et rien.

La véritable question est celle de l’accompagnement et de la formation des individus dans le marché du travail, pour que celui-ci soit toujours plus compétitif. Le vaste plan de formation du gouvernement à hauteur de 15 milliards d’euros avance dans ce sens. L’insupportable réalité de la formation en France, où seulement 10% des dépenses totales de l’État vont en faveur des chômeurs, représente un non-sens évident, et c’est une réflexion sur l’efficacité et la répartition des ressources qui doit être engagée, pour s’insérer et profiter au mieux de la mondialisation.

La surpuissance des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) doit nous inviter, nous Européens, à penser l’économie de demain et les transitions auxquelles nous assistons pour mettre sur pied des entreprises qui sont innovantes, puissantes et conscientes des nouvelles réalités du marché mondial. Le protectionnisme et le repli sur soi de la France n’est pas la solution, nous sommes bien plus dépendants de l’extérieur que ce que nous font croire certains politiques. Que ferons-nous si la Chine y répond par des barrières douanières ? Et ces entreprises étrangères qui créent des milliers d’emplois et investissent dans notre économie, que feront-elles ? L’Union Européenne doit choisir de faire front, de mettre sur pied des géants du numérique et de l’industrie, pour affronter cette mondialisation féroce. La force est dans l’unité et dans la synthèse des connaissances, moteurs de l’innovation et donc de la croissance, alors que 40% des emplois disparaîtront d’ici vingt ans du fait de la révolution technologique (Chiffres: OCDE). L’heure est à l’Union pour peser en tout, et principalement dans les échanges commerciaux.

Vouloir que nos Lumières soient comptées dans notre PIB. Dommage. La fierté d’un passé glorieux avec ses parts d’ombre ne doit pas nous rendre amorphes lorsqu’il s’agit de construire notre futur.

Vouloir une Union Européenne qui réussit c’est enfin lancer cette nécessaire harmonisation fiscale et sociale que propose, entre autres, le programme présidentiel. Et cela doit passer par la création d’un budget à l’échelle de la zone euro visant à investir, assister les pays de la zone dans le besoin, et lancer les mesures contra-cycliques nécessaires pour faire de l’économie européenne une économie stable et résistante face aux crises — gage de réussite. Cela passe aussi en engageant un rapprochement des droits sociaux et des niveaux minimaux de rémunération tout en tenant compte des disparités, afin de lutter contre un dumping parfois fréquent dans l’UE, et permettre de redonner de l’emprise du projet européen sur le quotidien des peuples. La lutte contre la fraude fiscale peut aussi être un pilier du projet européen, en créant par exemple à l’échelle européenne une taxe sur les transactions financières, comme le fait la France depuis 2012. Cela ouvrirait une nouvelle page de l’Union Européenne qui unie, peut rompre avec un néo-libéralisme sauvage qui prend en otage le capitalisme.

En ce qui concerne la diplomatie, à l’heure de dirigeants étrangers — voire d’individus — qui voient dans les droits de l’homme un concept désuet, l’UE peut être le fer de lance de la démocratie et du respect des droits individuels. La situation internationale exceptionnelle où les démonstrations de force et les bornes idéologiques ont le vent en poupe, laisse un champ diplomatique dans lequel l’UE doit s’engager.

Montrer la voie, peser dans la négociation internationale en défendant les valeurs qu’elle porte, voilà ce que peut et doit faire l’Europe. Face aux nouvelles menaces qui font peu cas des frontières, comme le terrorisme islamiste, la réponse européenne est la mieux à même de protéger les individus. La création d’un parquet anti-terroriste européen, comme la création d’un parquet contre la fraude fiscale, est une solution pour apporter une réponse globale à un problème global. Pas d’angélisme, ni populisme. Pour reprendre la formule de Jurgen Habermas, “la population mondiale forme depuis longtemps une communauté involontaire de risques partagés”, et c’est en étant partenaire des pays où naissent les menaces que l’Union Européenne pourra renouer avec son projet de paix, achevé en son sein, pour mieux défendre un projet de paix à l’international. Cela est possible grâce à la situation exceptionnelle de l’UE qui peut parler à tous et qui ne sombre pas dans ces concours de virilité puérile que l’on nous offre ailleurs, symboles d’égoïsme et synonymes trop souvent de souffrances.

La population mondiale forme depuis longtemps une communauté involontaire de risques partagés.

Enfin c’est par la culture que peut se relancer le projet européen et que coexistent les Européens. En soutenant l’industrie cinématographique et en subventionnant les projets artistiques et les musées, l’UE fait vivre la culture européenne. Les programmes d’échanges Erasmus que financent l’UE sont ces exemples de réussites européennes que nous devons encourager, avec près de 9 millions d’étudiants en échange aux quatre coins de l’Europe depuis 1987, lisant du Kundera à Prague, se déhanchant sur de la techno dans ces discothèques sombres de la capitale berlinoise, déambulant dans les rues de Florence et célébrant sans même s’en rendre compte l’unité du Vieux Continent.

Les élections européennes de 2019 seront une échéance importante pour le projet européen, à l’arrêt depuis le référendum de 2005 et depuis cette indignation légitime provoquée par le balayement du président Sarkozy. Mais c’est dans la somme des volontés qu’auront les peuples et les dirigeants à s’épanouir que le projet européen pourra se concrétiser. Ou se démanteler à petit feu, en faisant le choix de la facilité et du retour au cadre national, alors que la mondialisation fait fi des distances, des États, des nations. Il nous faut inscrire pleinement la France dans ce projet, face à l’instabilité politique allemande et à la conjoncture politique européenne. La France peut être ce fer de lance et engager pleinement ce débat à avoir sur notre avenir, en étant lucides sur les défis qu’il nous reste à surmonter et les réussites déjà acquises. En tant que membre fondateur et pilier du projet, les résultats français des élections européennes seront décisifs quant à l’avenir à donner à l’Union Européenne.

Pas d’angélisme, ni populisme.

C’est parce que nous souhaitons, en tant qu’étudiants aux quatre coins du monde, que se tienne ce grand débat sur l’orientation, que doit prendre le projet européen que nous vous écrivons. Parce que l’Union Européenne doit faire l’objet d’une concertation et de débats à tous les niveaux, dans tous les milieux et partout. Pour que l’Union Européenne renoue avec les aspirations nationales et soit appréciée, critiquée et débattue à sa juste valeur, faisons de ces élections européennes le temps des controverses et des engagements. L’année 2019 sur le campus peut être ce temps fort et prenant qu’offre une année électorale dans une vie d’étudiants d’ici et d’ailleurs. L’année dernière fut extraordinaire par la richesse des discussions, des combats et des opinions des uns et des autres. L’année 2019 peut l’être tout autant. Peu importe ce que vous pensez : engagez-vous. Profitez du subtil mélange entre la fougue, les emportements et la tempérance qui font la beauté de la politique. Vous ne le regretterez pas.

Une tribune signée par Antoine Michon, Thomas Bos, Hannes Jaffre, Hugo Petit-Jean, Ismail El Ayoubi, Jérémy Pezout, Walid Ben Hamadi, Romane Di Nacera, Wael Abdallah, Augustin Gagny, Nour Ismail, Lilou Monaco, et Louis-Marie Hedge, élèves ou anciens élèves du Campus Moyen-Orient et Méditerranée de Sciences Po.

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